DESSIN (n. m.)

AFTEKENING (nld.) · BEWERP (nld.) · CARTON (fra.) · DESIGN (eng.) · DESIGNER-LIKE (eng.) · DESIGNING (eng.) · DIAGRAPHICE (eng.) · DISEGNO (ita.) · DRAUGHT (eng.) · DRAWING (eng.) · GEWASSEN TEKENING (nld.) · GRAPHICE (eng.) · GRAPHIDIS CONSTEN (nld.) · KONZEPT (deu.) · LINEAL PICTURE (eng.) · ONTWERP (nld.) · REIßKUNST (deu.) · SINN-MUSTER (deu.) · TEKENING (nld.) · TEKENKUNST (nld.) · VOOR-BEWORP (nld.) · ZEICHENKUNST (deu.) · ZEICHEN-WERCK (deu.) · ZEICHNUNG (deu.)
TERM USED AS TRANSLATIONS IN QUOTATION
DESIGN (eng.) · DESIGNING (eng.) · DRAWING (eng.) · INVENTION (eng.)
TERM USED IN EARLY TRANSLATIONS
DELINEARE (ita.) · DESIGN (eng.) · DESIGN (TO) (eng.) · DESSEIN (nld.) · DISEGNO (ita.) · TEKENING (nld.)
BOUBLI, Lizzie, « DESSIN », dans HECK, Michèle-Caroline (éd.), LexArt. Les mots de la peinture (France, Allemagne, Angleterre, Pays-Bas, 1600-1750) [édition anglaise, 2018], Montpellier, Presses Universitaires de la Méditerranée, 2018, p. 167-172.
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35 sources
97 quotations

Quotation

Je vous ai dit cy-devant, la methode d’appliquer & arrester fermement sur vostre planche, le dessein que vous y voulez graver ; & voicy la maniere de le contretirer ou calquer. 
Ayant vostre dessein arresté bien fixe sur la planche, vous prendrez une pointe à calquer, & la passerez sur tous les contours des figures qui le composent, en l’appuyant assez fort & esgalement, sur tout quand il y a deux papiers […] : Cela fait vous devez sçavoir que tous les contours de vostre dessein sur lesquels vous aurez passé comme cela vostre pointe, seront marquez empraints ou calquez au verny de la planche.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la gravure

Quotation

Il est certain que Socrate apprit de son pere l’art de tailler des Statuës, qui fait partie de celuy dont nous parlons [ndr : la peinture], selon que les Grecs ont consideré la Plastique, & la Zographie, dependantes d’un mesme dessein.

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

Quotation

Toutes ces representation & demonstrations que la peinture fait, c’est par des lignes proportionnées : où l’on doit prendre garde que le Peintre desseignant ne tire pas les lignes sans Raison, Proportion, & Art, comme ont voulu dire quelques-uns, voyant les ignorans de l’Art proceder sans raison.

Terme traduit par DELINEARE dans Lomazzo, 1585, p. 21.

term translated by DELINEARE

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique du dessin
L’ARTISTE → règles et préceptes

Quotation

Mais lors que mon Pinceau eut representé sur la Toile, ce que ma Plume n’avoit que legerement tracé sur le papier, il y en eut quelques-uns qui s'imaginans que mon dessein devoit estre conforme à celuy qu’ils s'estoient figuré, crurent que j’avois failly et en tout ce que mon Tableau n'avoit pas de conforme à leur imagination, & trouverent à redire en ce que des personnes de ma vacation, ou autres éclairez dans l’Art de la Peinture trouveront plus achevé.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin
L’ARTISTE → qualités

Pader fait la disctinction entre le dessein de l'artiste, c'est-à-dire l'invention ou l'intention de celui-ci et le dessein qu'il trace sur le papier qui peut être une esquisse ou un dessin préparatoire.

Quotation

Contours, Ce sont les lineaments (que les Peintres appellent par fois simple traict) par le moyen desquels l'œil distingue toutes les choses que l'ouvrier veut representer, et qui sans ombre & sans couleurs font paroistre sur une plate superficie, la troisiéme dimention, qui n'y est point, a sçavoir la profondeur, ce qu'ils font à l'aide des racourciments, & de la perspective. De sorte que les Contours sont le premier élement de la Peinture, & du reste des Arts qui dependent du Dessein. C'est par eux qu'on discerne non seulement les choses tant naturelles qu'artificielles, mais de surcroit la différence des phisionomies, & les passions de l'âme ; à la faveur des mouvements exterieurs. Or si les susdits Contours doivent estre marquez ou non, quand on peint, c'est un poinct tres delicat : puis que les Venitiens, & la plus part des Lombards les confondent dans le champ, & que les Romains Sectateurs du dessein les affectent. C'est pourquoy je renvoye le curieux aux riches Traicté de la peinture du Lomasse. Et neanmoint je diray en passant, que si la lumiere esclaire le corps opaque terminé, plus par derriere que par devant, il faut que le Contour soit net du costé que la lumiere frape ; ce qui doit estre entendu des corps Spheriques, & non de la plus part de ceux de l'Architecture qui ont leurs bornes (quelque disposition qu'ait la lumiere) nettes & sans cette confusion, ou pour mieux dire, savant mélangé que les italiens appellent Abagliamento.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique du dessin
PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition du dessin

Quotation

Dessein, Le mien en cet endroit est de faire connoistre qu'il y en a de deux façons, dont les premiers sont universels, veu que personne n'agit sans dessein, & les seconds sont particuliers, & appartiennent proprement aux Peintres. […] le second qui appartient purement aux Peintres, ne peut estre executé que par ceux qui sçavent portraire. Voicy le rapport que je trouve avec le premier. C'est qu'auparavant que le Peintre mette la main au Crayon, il faut que le premier Dessein ait precedé, qui est l'intention de ce qu’il veut representer, & en suite que le Dessein idéal de la mesme histoire qu'il veut faire soit tracé au blanc de son esprit avant qu'il le couche sur le papier : si c'est une fuite en Egypte & que l'Ouvrier ait l'intention de la representer à la descente d'une Montaigne, au passage d'une Riviere, ou qu’ils se reposent. Chacune de ces intentions fait un Dessein en blot [sic], qu'il faut enfanter par le moyen des parties qui le composent. Si c'est la descente par la representation de la Vierge qui porte avec grande précaution, le petit Jesus entre ses bras, tandis que Joseph conduit la Mule, & que les Anges leur rendent de bons offices, & les escortent en ce voyage. Les beaux esprits des hommes seulement litterez peuvent mesmes arriver jusqu’icy, touchant les Desseins ideals ; Mais ce qui suit appartient purement au Peintre (quoy qu'il soit sous la mesme Cathegorie des Idées). Et c'est l'arrangement historique des figures qu’on a arresté de representer, c’est-à-dire l’Assiette, & Ies gestes qu'on leur veut donner. Apres il faut exprimer sur le papier promptement, (afin qu'en recherchant les parties, la belle disposition du total n'eschape,) ce qui a esté imaginé. Et ces premiers Desseins s'appellent Esquis, ou Broüillards, apres lesquels on fait un autre dessein, qu’on acheve jusqu’à ses moindres parties, et ou nous espreuvons la verité de ce Proverbe Italien, qui dit del dir al fatto ch’é grand tratto, Veu que le plus souvent il ne nous reussit pas comme nous nous l’estions proposé, ou les estropiements & autres deffauts, sont les fourvoyements & autres mauvais accidents qui arrivent à ceux qui ont entrepris un voyage, ou autre affaire, sous la premiere sorte de desseins que j'ay nommés universels, & desquels je n'ay pas entendu parler en mes vers, ains [sic] de ceux qui sont faits avec du Crayon, sur le papier.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique du dessin
PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition du dessin

Quotation

Cartons, ce sont des Desseins aussi grands que l’ouvrage qu'on veut peindre à Frais, & pour l'ordinaire, on n'y fait que les seuls Traits ou Contours, fort corrects pourtant, ce qu'on fait sur de grandes feuilles de papier, proprement jointes ensemble, jusqu’à ce qu’elles fassent la juste grandeur de la piece qu'on veut peindre, & de la vient leur nom.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique du dessin

Si le premier Entretien se concentre davantage sur les notions de beauté et de grâce, la notion de dessin s’impose peu à peu dans le propos de Félibien, pour devenir centrale tout au long du deuxième Entretien. Le dessin (ou dessein) désigne d'une part la capacité d'invention du peintre, l'Idée qui préside à son oeuvre et précède l'exécution. En ce sens il se rapproche de la notion de composition par ailleurs expliquée par Félibien et définie comme l’une des trois parties de la peinture. Dans la perspective des parties de la peinture justement, le dessin recouvre alors un sens plus circonscrit et se limite essentiellement à ce qui regarde l’exécution. À travers ces deux nuances de sens, le dessin demeure fondamental dans la théorie de Félibien : de lui dépend la distribution du tableau, par lui s’exprime le génie du peintre, grâce à lui les proportions et l’équilibre des figures se donnent à voir, tout comme leurs expressions. Il mène ainsi aux concepts de beauté et de grâce.

Quotation

Mais si nous ne pouvons jamais bien exprimer les Idées des choses comme nous les concevons, parce que la plus grande partie des especes s’en perd avant que nous puissions les representer ; Il ne faut pas douter que celuy qui invente & qui produit ses pensées, ne doive luy-mesme les executer, puis qu’il est bien difficile que ceux qui voudroient travailler aprés luy peussent connoistre ses intentions & suivre les mouvemens de son esprit.
Car s’il a beaucoup de peine luy-mesme à mettre au jour ses conceptions, & si ce qu’il fait approche si peu de l’excellence de ce qu’il a imaginé, comment ceux qui pretendroient de l’imiter ne diminuroient-ils point encore de la grandeur & de la beauté de son dessein ?

conception · idée · intention · pensée

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin
CONCEPTION DE LA PEINTURE → composition
L’ARTISTE → qualités

Quotation

Car pour bien expliquer toutes les choses que j’ay apprises des plus sçavants Peintres, il faudroit faire un Ouvrage dont le corps fust divisé en trois principales parties. La premiere qui traiteroit de la COMPOSITION comprendroit presque toute la theorie de l’Art, à cause que l’operation s’en fait dans l’imagination du Peintre, qui doit avoir disposé tout son Ouvrage dans son esprit & le posseder parfaitement avant que d’en venir à l’execution. Les deux autres parties, qui parleroient du DESSEIN et du COLORIS, ne regardent que la Pratique, & appartiennent à l’Ouvrier ; ce qui les rend moins nobles que la premiere qui est toute libre, & que l’on peut sçavoir sans estre Peintre. Pour bien composer un Tableau le Peintre doit donc avoir une science & generale & particuliere de toutes les parties qui y entrent.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin

Quotation

Il [ndr : le peintre] expliqueroit comme le Dessein ayant pour partage la proportion, il la doit garder dans toutes les parties de son ouvrage ; que c’est à luy à juger de leur convenance, & de la juste égalité qui doit estre entre elles ; & que de luy dépend la position des Figures pour estre mises sur leur plan, ou pour mieux dire sur leur centre, avec la ponderation ou équilibre qui les peut tenir en estat : Taschant de faire concevoir autant qu’il est possible de quelle sorte se forme cette Beauté & cette Grace si excellentes, dont nous venons de parler, ce Je ne sçay quoy qui ne se peut exprimer, & qui consiste entierement dans le Dessein.

Conceptual field(s)

CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin

Quotation

Quant au Corege sa maniere est differente de celle du Titien, en ce qu’il n’a pas sceu cette harmonie de couleurs, cette belle conduite de lumieres, & cette fraischeur de teintes si admirable qu’on remarque dans les Tableaux du Titien, où il semble qu’on voye du sang dans ses carnations, tant il les represente naturelles. Mais en recompense le Corege a eu l’imagination plus forte, & a desseigné d’un goust beaucoup plus grand & plus exquis ; Et quoy qu’il ne fust pas tout-à-fait correcte dans son dessein, il y a neanmoins de la force & de la noblesse dans tout ce qu’il a fait. S’il [ndr : Le Corrège] fust sorti de son pays et qu’il eust esté à Rome, dont l’Ecole estoit beaucoup plus excellente pour le dessein que celle de Lombardie, on ne doute pas qu’il ne se fust formé une maniere qui l’auroit rendu égal à tous les plus grands Peintres de ces temps-là, puis que sans avoir veu ces belles Antiques de Rome, ny profité des exemples que les autres Peintres ont eus, il s’est tellement perfectionné dans son Art, que personne depuis luy n’a si bien peint, ny donné à ses figures tant de rondeur, tant de force, & tant de cette beauté que les Italiens appellent morbidezza, qu’il y en a dans les Peintures qu’il a faites.

École lombarde
École romaine
IL CORREGGIO (Antonio Allegri)

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin
EFFET PICTURAL → qualité du dessin

Quotation

282. [Que vous fassiez paroistre les Corps éclairez par des Ombres qui arrestent vostre veuë, &c.] C’est à dire proprement, qu’apres de grands Clairs il faut de grandes Ombres, qu’on appelle des Repos ; parce que effectivement la veuë seroit fatiguée, si elle estoit attirée par une continuité d’objets petillans. Les Clairs peuvent servir de repos aux Bruns, comme les Bruns en servent aux Clairs. […]
Ces Repos se font de deux manieres, dont l’une est Naturelle, & l’autre Artificielle : La Naturelle se fait par une étenduë de Clairs ou d’Ombres, qui suivent naturellement & necessairement les Corps solides, ou les Masses de plusieurs Figures agrouppées lors que le jour vient à frapper dessus : Et l’Artificielle consiste dans les Corps des Couleurs que le Peintre donne à de certaines choses telles qu’il luy plaist, & les compose de telle sorte, qu’elles ne fassent point de tort aux Objets qui sont auprés d’elles. Une Draperie par exemple que l’on aura fait jaune ou rouge en certain endroit, pourra estre dans un autre de Couleur brune, & y conviendra mieux pour produire l’effet que l’on demande. L’on doit prendre occasion autant qu’il est possible de se servir de la premiere Maniere, & de trouver les Repos dont nous parlons par le Clair ou par l’Ombre, qui accompagnent naturellement les Corps solides […] 
Ainsi le Peintre qui a de l'intelligence prendra ses avantages de l'une & de l'autre Maniere ; & s'il fait un Dessein qui doive estre gravé, il se souviendra que les Graveurs ne disposent pas des Couleurs, comme font les Peintres, & que par consequent il doit prendre occasion de trouver les Repos de son Dessein dans les Ombres naturelles des Figures, qu'il aura disposées à cet effet. Rubens en donne une parfaite connoissance dans les Estampes qu'il a fait graver ; & je ne croy pas que l'on puisse rien voir de plus beau en ce genre : Toute l'intelligence des Grouppes, du Clair-Obscur & de ces Masses que le Titien appelloit
la Grappe de Raisin, y est si nettement exposée, que la veüe de ces Estampes & l'attention que l'on y apporterait contribueraient beaucoup à faire un Habile-homme. […]
Ce n'est pas que les Graveurs ne puissent & ne doivent imiter les Corps des Couleurs par les degrez du Clair-Obscur, autant qu'ils jugeront que cela doit produire un bel effet ; au contraire il est à mon avis, impossible de donner beaucoup de force à tout ce que l'on gravera d'après les Ouvrages de l'Ecole de Venise, & de tous ceux qui ont eu l'intelligence des Couleurs & du Contraste du Clair-Obscur, sans imiter en quelque façon la Couleur des Objets selon le rapport qu'elle a aux degrez du Blanc & du Noir. […]

term translated by DESIGN in DE PILES, Roger et DU FRESNOY, Charles-Alphonse, The Art of Painting by C.A. DU FRESNOY with Remarks, trad. par DRYDEN, John, London, W. Rogers, 1695., p.161

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin

Quotation

509. [Pour bien faire, &c.] Nostre Autheur [ndr : Charles-Alphonse Dufresnoy] ne parle point icy des premiers commencemens du Dessein, comme du maniement du crayon, du juste rapport que doit avoir la Copie avec son Original, &c. Il suppose, avant que de commencer ses études, que l'on doit avoir une facilité dans la main, pour imiter les beaux Desseins, les beaux Tableaux, & la Ronde bosse ; que l'on doit enfin s'estre fait un Clef du Dessein, pour entrer chez Minerve, où toutes les belles choses se trouvent en abondance, & s'offrent à nous, pour en profiter selon nos soins & nostre Genie.
509.
[Vous commencerez par la Geometrie.] Parce que c’est le fondement de la Perspective, sans laquelle vous ne pouvez rien faire en Peinture. La Geometrie est encore tres-utile pour l’Architecture & pour tout ce qui en dépend. Elle est specialement necessaire aux Sculpteurs.

term translated by DESIGN in DE PILES, Roger et DU FRESNOY, Charles-Alphonse, The Art of Painting by C.A. DU FRESNOY with Remarks, trad. par DRYDEN, John, London, W. Rogers, 1695., p. 207

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L’ARTISTE → apprentissage

Quotation

Il y a grande difference entre designer d’après un desseing ou une estampe, & entre designer un homme nud. C’est pourquoy le Disciple aura soin de consulter son Maître sur ses manieres différentes auparavant de rien entreprendre, de meme que pour esquisser, & pour faire les contours d’aprés le naturel. La plus aisée selon moy, est d’estomper, adjoustant trois ou quatre coups de crayon pour finir la figure, parce que cette maniere semble mieux imiter la Chair, que de manier & de finir avec le seul crayon.
Le Disciple qui va à l’Academie, y remarquera diligemment ceux qui dessignent le mieux, et avec plus de promptitude & de sçavoir, parce qu’il arrive souvent que le modelle qui est exposé, venant à se lasser, la pluspart en demeurent à la moitié de leur desseing, pour n’avoir pas cette facilité de designer vite, laquelle on ne peut acquerir qu’en observant exactement ceux qui l’ont déjà acquise.

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L’ARTISTE → apprentissage

Quotation

Il se trouve à l’Academie de plusieurs sortes de papier, le plus commun est le blanc, le bleû, & le gris. Il faut estre extremement propre pour dessigner sur le blanc, parce que les plus petits deffauts y sont remarquables. C’est pourquoy, il faut s’acoustumer à bien finir son ouvrage, & reserver le plus banc pour exprimer les plus grands jours sur la Figure, et faire beaucoup de demy-teintes tant claires que brunes. Quand on dessigne sur le bleû, on se sert de Ceruze, de Tripoly ou de Craye de Champagne pour rehausser les clairs. Le papier gris tient du bleû et du blanc, n’estant pas si clair que cellui-cy, ny si brun que celuy-là. Sa propre couleur sert pour les demy-teintes. On y employe fort peu de blanc pour les clairs, & quelques coups de crayon pour les ombres.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique du dessin

Quotation

L'on ne peut pas soustenir qu'il [ndr : Michel-Ange] n'ait eû aucun talent de la Peinture, puis qu'il est certain que jamais homme n'en a mieux possédé les principes, personne n'ayant mieux desseigné que luy, & le dessein estant le fondement de cét Art. Que pensez-vous [ndr : Pymandre] que soient en comparaison du dessein toutes les autres parties, dont vous avez parlé avec tant d’éclat ; comme la bienséance, c’est à dire, la maniére de traitter l’Histoire avec toute la vraysemblance qu’elle demande ; la Perspective mesme, si vous voulez ; & j’y ajousteray encore les couleurs, & la maniere de traitter les jours et les ombres que j’estime beaucoup ? Toutes ces choses ne sont rien au prix du dessein, parce qu’elles ne subsistent que sur cette premiére partie, sans laquelle un Ouvrage ne peut estre plein que de grands défauts. [...] Le grand effort de cét Art est lors que la main exécute heureusement, & par des traits bien formez, ce que l’esprit a conceû, en sorte que ces traits & ces figures exposent à la veüe les vraies images des choses qu’on veut representer ; mais de telle sorte, qu’il y ait une belle proportion dans les corps, & une vive expression dans leurs actions, & dans leurs mouvemens. Voilà en quoy consiste le dessein : c’est luy qui marque exactement toutes les parties du corps humain, qui découvre ce qu’un Peintre sçait dans la science des os, des muscles, & des veines ; c’est luy qui donne la ponderation aux corps pour les mettre en équilibre, & empescher qu’il ne semblent tomber, & ne pas se soustenir sur leur centre ; c’est luy qui fait paroistre dans les bras, dans les jambes, & dans les autres parties, plus ou moins d’effort, selon les actions plus fortes ou plus foibles qu’ils doivent faire ou souffrir ; c’est luy qui marque sur les traits du visage toutes ces differentes expressions qui découvrent les inclinations & les passions de l’ame ; c’est enfin luy qui sçait disposer les vestemens, & placer toutes les choses qui entrent dans une grande ordonnance, avec cette symmetrie, cette belle entente, & cét Art merveilleux, que l’on admire dans les travaux des plus grands hommes, sans que les couleurs mesmes soient necessaires pour faire comprendre ce qu’ils ont voulu representer.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin
PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition du dessin

Quotation

Pymandre m’interrompant, Je voy bien, dit-il, qu’en termes de Peinture, le mot de dessein a diverses significations. C’est pourquoi, afin que je tire de nostre entretien toute l’utilité que je desire, souffrez que je vous demande ce que vous entendez particuliérement par le mot dessein, lors qu’il semble que vous en attribuez toute la perfection à Michel-Ange. Il est vray, répondis-je, que ce mot [ndr : dessein] est pris en divers sens parmi les Peintres ; car ils appellent dessein, l’esquisse d’un Tableau, ou le projet de quelque Ouvrage, representé seulement sur du papier avec le crayon, ou à la plume. On appelle encore dessein la pensée, ou la volonté qu’on a de faire quelque chose ; ainsi avant que d’arrester quelque histoire, un Peintre dit qu’il en a formé le dessein dans son esprit. Mais le mot de dessein, dans sa plus ordinaire signification, & comme je m’en suis servi en parlant de Michel-Ange, est proprement les traits avec lesquels le Peintre represente les choses qu’il doit imiter, indépendamment du coloris, des jours & des ombres, & cét assemblage de lignes diversement contournées, par le moyen desquelles on forme les figures. Or il ne faut pas douter que cette partie ne soit, comme je vous ay dit, la premiére & la plus essentielle de la Peinture, puis qu’en vain un Peintre auroit appris ce qui regarde l’histoire, la fable & les expressions, s’il ne sçavoit les representer dignement par le moyen du dessein. Il y a, comme je vous ay dit, plusieurs choses dans cét Art qui concernent la Theorie, & lesquelles, pour peu de jugement qu’un Peintre puisse avoir, il luy est aisé de s’en servir quand il sçait bien desseigner : Mais le dessein dépend de la pratique ; il faut que la main agisse avec l’esprit ; & c’est une chose tellement difficile, qu’il se trouve des personnes si malheureuses, qu’encore qu’elles ayent une passion tres-grande de bien faire, & qu’elles passent les jours & les nuits à étudier, elles ont néanmoins une main si lourde, & qui répond si peu à la volonté, qu’elles ne peuvent representer ce qui est devant leurs yeux ou dans leur esprit, de la maniére qu’elles le voient, ou qu’il doit estre.

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition du dessin
CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin

Quotation

Il faut, ce me semble, laisser agir son genie dans la production, & l’ordonnance de ses Figures, jusques à ce qu’on ait disposé tout son sujet ; & lors qu’on en a arresté la composition, on peut revoir ses desseins, & se servant de ses études, corriger ce qu’on a fait sur l’exemple des belles choses qu’on aura remarquées.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin

Quotation

Le Dessein a pour objet la figure des corps que l’on represente, & que l’on fait voir tels qu’ils paroissent simplement avec des lignes. Cette partie regarde les Peintres, les Sculpteurs, les Architectes, les Graveurs, & generalement tous les Artisans dont les Ouvrages ont besoin de grace, & de simmetrie. Elle demande la connoissance de l’Anatomie qui est la science des os, des muscles, & des nerfs, comme ils paroissent exterieurement dans le corps humain. C’est elle encore qui doit poser les Figures sur un centre & equilibre, soit par leur propre poids, ou par un autre qui leur soit accidentel, pour paroistre fermes dans toutes les actions qu’on veut représenter pour bien imiter les divers mouvemens que la nature peut faire.