BINET, Étienne, Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices, piece tres-necessaire à tous ceux qui font profession d'éloquence. Seconde édition revuë, corrigée, & augmentée par l'Autheur, Rouen, Romain de Beauvais - Jean Osmont, 1622.

Bibliothèque Nationale de France Paris Z-3997 Frontispice Images in-texte 113 quotations 80 terms
Traité destiné à ceux qui veulent faire preuve d'éloquence, l'Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices aborde, en soixante et un chapitres, des domaines extrêmement divers, voire hétéroclites, dont le but est de donner au lecteur les connaissances nécessaires pour bien parler, ou selon les termes de Binet, pour « parler en oracle » de tous les sujets. S'inscrivant dans la tradition pédagogique humaniste, ce recueil encyclopédique aborde ainsi : la vènerie, la fauconnerie, les oiseaux, le miel, l'eau, la tempête, la guerre, les pierreries, l'orfèvrerie, les métaux, les fleurs, le jardinage, les fruits, le vin, l'imprimerie, la musique, les mathématiques, l'architecture, la médecine, la sculpture, le feu, le ciel…
Le chapitre XXXIX est consacré à la peinture (La platte peinture). Des références aux anecdotes antiques se mêlent à des indications succinctes sur les techniques et à des considérations plus générales. Dans sa définition de la peinture, Binet insiste surtout sur la rivalité avec la nature, et définit le but de cet art, qui est de tromper les yeux. Si les lieux communs sont nombreux, ce texte publié une première fois en 1621, puis à de nombreuses reprises jusqu'en 1654 (1622, 1631, 1646) éclaire néanmoins de manière tout à fait intéressante le regard porté sur la peinture dans la première moitié du XVIIe siècle. 
Le chapitre associe adroitement un discours sur la matérialité des couleurs et sur leur mélange, et un discours descriptif destiné à évoquer, sous forme d'ekphrasis, les effets picturaux d'œuvres fictives. 
Binet ne fait référence qu'à Philostrate. Il ne cite pas la traduction de Blaise de Vigenère (1523-1596) dont la traduction paraît en 1578, est rééditée en 1597 avec des rajouts, puis republiée sous le titre: les Images ou Tableaux de platte-peinture des deux Philostrates, sophistes grecs et les statues de Callistrate en 1614 (GRAZIANI, Françoise, PHILOSTRATE, Les images ou tableaux de plate peinture, édition de la traduction de Blaise de Vigenère (1578), introduction et notes, Paris, Champion, 1995 ;  CRESCENZO Richard, Peintures d'instruction : la postérité littéraire des Images de Philostrate en France, de Blaise de Vigenère à l'époque classique, Genève, Droz, 1993, p. 202-210). Cependant, Binet s'inspire largement de la forme d'ekphrasis, et de la conception même du texte de Vigenère. En effet de même qu'à côté de ses descriptions, ce dernier avait fait une place importante à la technique, précisant qu'il faut apprendre auprès des artistes eux-mêmes. De même, Binet considère que : « Pour sçavoir donc parler de ce noble mestier, il faut certes avoir esté à la boutique, disputé avec les maistres, veu le train du pinceau » p. 302). En revanche, à la différence de Philostrate/Vigenère, Binet élimine toute référence mythologique ou symbolique, voire religieuse. Et, si les œuvres d'Apelle sont souvent citées, aucune œuvre de l'Antiquité n'est évoquée avec précision. Au contraire la prose s'attache à décrire des paysages, des merveilles du monde telles celles qui se trouvent dans les natures mortes ou dans les scènes de genre. Dans un langage poétique et vivant, l'accent est mis sur l'effet visuel, presque sensuel des tableaux fictifs, et sur leur interaction avec le spectateur, dans la perspective d'une rivalité entre la nature et la peinture, autour de la notion d'artifice, d'illusion et de tromperie. 

Michèle-Caroline Heck
in-4 french

Dedication
A Monsigneur de Verdun and Au Lecteur judicieux

Structure
Table des chapitres at n.p.
Épître(s) at n.p.
Épître(s) at n.p.

BINET, Étienne, Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices. Piece tres necessaire a tous ceux qui font profession d'Eloquence, par René Francois, Predicateur du Roy, Rouen, chez Romain de Beauvais, 1621., Rouen, Romain de Beauvais, 1621.

BINET, Étienne, Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices. Piece tres necessaire a tous ceux qui font profession d'éloquence,, Rouen, Jean Osmont, 1631.

BINET, Étienne, Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices. Piece tres necessaire a tous ceux qui font profession d'éloquence, Paris, J. Dugast, 1646.

BINET, Étienne, Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices. Piece tres necessaire a tous ceux qui font profession d'éloquence,, Forgotten Books Classic, 2018.

GENETTE, Gérard, « Mots et merveilles », Figures I, Paris, Éd. du Seuil, 1966, p. 171-183.

LAURENS P. , « Au tournant du siècle, une synthèse fragile : L’essay des merveilles du P. Binet », dans LAFOND, Jean et STEGMANN André (éd.), L’automne de la Renaissance : 1580-1630, Actes de colloque de Tours, Paris, Vrin Éditions, 1981, p. 65-80.

CRESCENZO, Richard, Peintures d'instruction : la postérité littéraire des Images de Philostrate en France, de Blaise de Vigenère à l'époque classique, Genève, Droz, 1993, p. 202-210.

FUMAROLI, Marc, L’âge de l’éloquence. Rhétorique et res litteraria de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Paris, Albin Michel, 1994, p. 265-271.

ZINGUER, Ilana, « D'une vanité à l'autre, du Palais des Curieux à l'Essay des Merveilles de la nature », Littératures classiques, 56/1, 2005, p. 219-231.

FUMAROLI, Marc, « Éloquence sacrée et littérature. L’Essay des merveilles d’Étienne Binet », Exercices de lecture, de Rabelais à Paul Valéry, Paris, Gallimard, 2006, p. 62-110.

FILTERS

QUOTATIONS

Preface au Lecteur de la Peinture, p. 301
Quand le grand Alexandre visitant Apelles, le Grand voulut parler des couleurs & des Peintures ; les apprentis eclatterent si fort de rire que le maistre en eut peur & honte. Sire (dit-il tout bas) ne parlez point de ce mestier, car ces garçons qui broyent les couleurs crevent de rire vous oyant ainsi begayer : vous estes bon pour conquerir des Mondes, & nous pour les coucher sur nos Tableaux ; vostre espée  & nos pinceaux ne s'accordent pas bien en une mesme main, & pour bien faire chacun doit parler de son mestier, […] 

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Preface au Lecteur de la Peinture, p. 301
Je désire, Lecteur mon grand Amy, vous délivrer […] de la peur qu'on ne se gausse de votre niaiserie, quand vous voudrez parlez de la platte-peinture l'un des nobles artifices du monde. Le plus grand trompeur du monde c'est le meilleur Peintre de l'univers, & le plus excellent ouvrier; car à vray dire l'eminence de ce mestier ne consiste qu'en une tromperie innocente, & toute pleine d'enthouisiasme & de divin esprit.

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
L’ARTISTE → qualités

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
L’ARTISTE → qualités

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

Preface au Lecteur de la Peinture, p. 301
Les Poëtes ont leurs inspirations dans la teste où est la verue poëtique, & les Peintres au fin bout des doigts, & à la pointe sçavante du pinceau. 

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → comparaison entre les arts

Preface au Lecteur de la Peinture, p. 301
Mais il save [ndr. le peintre] tromper l'œil ou tout n'y vaut rien ; il faut qu'on croye que cela est creux & enfoncé, cela enflé & boursoufflé, cecy hors d'œuvre, & qui se jette entierement hors du Tableau
, cecy esloigné d'une bonne lieuë, cela d'une haute extréme, cela percé à jour, cecy tout vif & plein de mouvement, que ce cheval court & escume à force de souffler, que ce chien jappe voirement, que ce sang coule de la playe, que les nuées tonnent en effet, & que les nuages sont tous decousus à force d'esclairs qu'on void sortir coup sur coup, que cet homme rend l'esprit & que l'on void l'ame sur ses levres, que les oyseaux bequettent ces raisins & se cassent le bec, qu'on crie haut qu'il faut oster le rideau afin de voir ce qui est caché, cependant il n'y a rien de tout cela, car tout cela est plat, pres, bas, mort & contrefait si artistement qu'il semble que la nature se soit couché là dessus pour aider le peintre à nous tromper finement, & se moquer de nostre bestise. 
De là vient qu'un d'eux [ndr. les peintres] escrit en ses ouvrages,
Res ipsa, c'est la chose mesme, non pas la Peinture; & l'autre, Fecit Apelles, ce qu'il mit en trois pieces où il surmonta l'art, la nature, & soy-mesme. Aux autres il mettoit Faciebat, c'est à dire, il faisait, & à dessein n'a point voulu achever de peur de faire rougir la nature qui se fut confessée vaincue par l'esprit  & par l'art. 

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

Preface au Lecteur de la Peinture, p. 302
Pour sçavoir donc parler de ce noble mestier, il faut certes avoir esté à la boutique, disputé avec les maistres, veu le train du pinceau. 

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La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 304
1. Il faut que la moulette (c'est-à-dire la pierre à broyer), de gré ou de queux afin de mieux broyer les couleurs et les incorporer avec l'huyle. […]

Conceptual field(s)

MATERIALITE DE L’ŒUVRE → outils

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 304
2. pour travailler en destrampe, et sans huyle, il faut broyer les couleurs avec de l'eau, ou de la colle. 

Conceptual field(s)

MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la peinture

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 304
La gomme sert pour illuminer, & donner l'esclat & le rayon aux couleurs qui s'esveillent, & se rendent gayes à la faveur de la gomme ; 

Conceptual field(s)

MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs
MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la peinture

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 304
 […] comme aussi le vernix donne un beau jour aux ouvrages en huyle, leur servant de crespe & de talc pour les guarantir de poussiere, & de cristal pour donner le lustre, & tirer au jour ce qui semble morne, sombre, & eclipsé.

Conceptual field(s)

MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs
MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la peinture

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 304
3. La Palette du Peintre est la mere de toutes les couleurs, car du meslange de trois ou quatre maistresses couleurs, son pinceau fait naistre  & comme fleurir toute sorte de couleurs. On dit preparer une pallette de carnation (c'est-à-dire pour faire la charnure) de verd  de &c. […].

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 305
Les Meres couleurs sont. Premierment le blanc de plomb (à cause qu'il se trouve és mines de plomb) 2. Le fin azur & l'outre-marin. 3. La Laque de Venise qui a un incarnat & une escarlatte fort vive. 4. Le vermillon d'Espagne. 5. La cendrée. 6. Le noir de charbon. 7. Le Massicot qui est le fin jaune. Le verd de terre. 9. Le sang de Dragon. 10. La rosette. Voilà les couleurs gayes, les autres sont plus rudes.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 305
4. Peindre en païsage, à fond plat, en architecture ; en l'air & comme parmy les nuées. […] Faire les personnages ; le fruitage ; les fleurs, les fantaisies, les rivieres ; dresser des montagnes ; souslever des tempêtes, &

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GENRES PICTURAUX → paysage

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 305
5. Faire la drapperie, & drapper l'Image, c'est l'habiller ; or en drappant jamais on ne met une seule couleur, mais il faut du meslange. Il y a simple drapperie, il y a celle qui est damassée ; historiée ; à bordure. […]

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L’HISTOIRE ET LA FIGURE → vêtements et plis

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 305
6. Faire le pourtrait au naturel ; laisser l'ouvrage à la discretion du pinceau, & au hazard de la main. Rehausser les couleurs, & relever l'ouvrage, c'est donner le lustre
& le jour aux couleurs ; Item vernisser la peinture, & coucher du vernix pour faire esclatter.  

Conceptual field(s)

L’ARTISTE → qualités
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 305
7. Ombrer, ou ombrager les ouvrages ; faire des nuits, des ombrages pour faire eclatter les autres ; reculer les païsages bien loing, & en petit volume. L'ombragement & le jour s'entremeslent, afin que la diversité des couleurs face rehausser & arrondir l'une & l'autre.

Conceptual field(s)

CONCEPTION DE LA PEINTURE → lumière
CONCEPTION DE LA PEINTURE → couleur

Conceptual field(s)

CONCEPTION DE LA PEINTURE → couleur
CONCEPTION DE LA PEINTURE → composition

7. Ombrer, ou ombrager les ouvrages ; faire des nuits, des ombrages pour faire eclatter les autres ; reculer les païsages bien loing, & en petit volume. L'ombragement & le jour s'entremeslent, afin que la diversité des couleurs face rehausser & arrondir l'une & l'autre.

Conceptual field(s)

CONCEPTION DE LA PEINTURE → couleur
CONCEPTION DE LA PEINTURE → composition

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 306
8. La pinceliere est un vase où l'on nettoye les pinceaux avec l'huyle, & ce meslange on fait un gris bigarré, & bon à certains ouvrages, comme à faire les premieres couches, ou imprimer la toile. 

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 306
9. Pourtraire & enlever au vif une personne ; du commencement on ne faisoit que pourfiler, puis apres on couvrit le pourfil d'une seule couleur. Donner contenances aux Images, & bonne mine, ouvrant la bouche, l'œil, le ris, &c. peindre l'esprit, les mœurs, les passions, &c. 

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
L’HISTOIRE ET LA FIGURE → figure et corps
CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

Conceptual field(s)

PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
L’HISTOIRE ET LA FIGURE → figure et corps

La Platte Peinture. Chapitre XXXIX, p. 306
10. Outre le jour & l'ombragement, il y a encore le faux-jour, qui tient du jour & de l'ombre, & est un lustre composé des deux, ce qui separe les couleurs, il s'appelle le deittement, & en Grec Armogé.