BINET, Étienne ( 1569-1639 )

BINET, Étienne ( 1569-1639 )

ISNI:0000000108911464
Jésuite et auteur français

Quotation

bien adoucie, & aussi bien faite, que si Nature l’avoit elle-même façonnée de ses mains.
A peine notre écrivain pouvoit suivre ce beau Hableur, tant il parloit avec chaleur & empressement, faisant remarquer dans ses ridicules barboüilleries, cent autres beautés chimériques, avec des termes si extravagans, & des postures si grotesques, que je creus qu’il devenoit fol ; je vous avouë que j’en eus peur, & que je m’en fuis aussitost, les laissant dire & écrire tout ce qu’ils voulurent.

Quotation

Après celui-cy, vint un certain grand discoureur, & malade du même mal d’écrire, {Il a écrit l’essay des merveilles de nature.} qui cherchoit un habile Maistre, avec lequel il pûst s’entretenir de la Peinture, afin d’apprendre la maniere de parler justement de ce bel Art, pour après faire part au Public de ce qu’il en auroit appris, comme il avoit déjà fait de plusieurs autres arts, métiers & exercices.
Il s’adressa donc à un, qui ravi d’avoir rencontré cette occasion de faire paroistre les beautés de ses Ouvrages, lui fist voir quelques Tableaux de sa façon, dans lesquels il lui fist admirer
les beaux gestes, mines & contenances des Images, les robes bien damassées, les belles pinceures, les rentrétemens & les feintes agreables : Aussitost l’autre prît des tablettes, & se mît à écrire tous ces beaux termes, & ces riches expressions avec soin, écoutant attentivement cet ignorant, qui continuoit à débiter les merveilles de ces Ouvrages.
Voyez, disoit-il, Monsieur, reculer ce Paysage peint en petit volume, voyez ces arbres remuer au gré du vent, écoutez cette eau gazoüiller, ces oyseaux fendre le vent ; ce coloris est vif, ces cheveux fins, ce drap est bien plissé, que cette verdure est gaye ! Voyez ces mains de neige, ce teint delicat, cette charneure mignonne, on pourroit conter les côtes de ce corps, tant il est naturel, la besongne est parfaitement

Quotation

Après celui-cy, vint un certain grand discoureur, & malade du même mal d’écrire, {Il a écrit l’essay des merveilles de nature.} qui cherchoit un habile Maistre, avec lequel il pûst s’entretenir de la Peinture, afin d’apprendre la maniere de parler justement de ce bel Art, pour après faire part au Public de ce qu’il en auroit appris, comme il avoit déjà fait de plusieurs autres arts, métiers & exercices.
Il s’adressa donc à un, qui ravi d’avoir rencontré cette occasion de faire paroistre les beautés de ses Ouvrages, lui fist voir quelques Tableaux de sa façon, dans lesquels il lui fist admirer
les beaux gestes, mines & contenances des Images, les robes bien damassées, les belles pinceures, les rentrétemens & les feintes agreables : Aussitost l’autre prît des tablettes, & se mît à écrire tous ces beaux termes, & ces riches expressions avec soin, écoutant attentivement cet ignorant, qui continuoit à débiter les merveilles de ces Ouvrages.
Voyez, disoit-il, Monsieur, reculer ce Paysage peint en petit volume, voyez ces arbres remuer au gré du vent, écoutez cette eau gazoüiller, ces oyseaux fendre le vent ; ce coloris est vif, ces cheveux fins, ce drap est bien plissé, que cette verdure est gaye ! Voyez ces mains de neige, ce teint delicat, cette charneure mignonne, on pourroit conter les côtes de ce corps, tant il est naturel, la besongne est parfaitement

Quotation

bien adoucie, & aussi bien faite, que si Nature l’avoit elle-même façonnée de ses mains.
A peine notre écrivain pouvoit suivre ce beau Hableur, tant il parloit avec chaleur & empressement, faisant remarquer dans ses ridicules barboüilleries, cent autres beautés chimériques, avec des termes si extravagans, & des postures si grotesques, que je creus qu’il devenoit fol ; je vous avouë que j’en eus peur, & que je m’en fuis aussitost, les laissant dire & écrire tout ce qu’ils voulurent.