MARSY, François-Marie de, Dictionnaire abrégé de peinture et d'architecture où l'on trouvera les principaux termes de ces deux arts avec leur explication, la vie abrégée des grands peintres & des architectes célèbres, & une description succinte des plus beaux ouvrages de peinture, d'architecture & de sculpture, soit antiques, soit modernes, Paris - Nevers, Nyon fils - Barrois, 1746, 2 vol., vol. II.

Bibliothèque Nationale de France Arsenal 8-S-14719 (2) Frontispice Images in-texte 97 quotations 96 terms
François-Marie de Marsy (Paris 1710-1763) est entré au Noviciat des Jésuites en 1729. Il enseigne la grammaire, les humanités et la rhétorique au Collège Louis Le Grand à Paris, mais s'intéresse également à l'art. Il publie alors Pictura, Carmen (Paris, Le Mercier, 1736) qui est une reprise adaptée du De Arte Graphica de Charles-Alphonse Dufresnoy. Ce poème est traduit en 1740 par Anne-Gabriel Meusnier de Querlon, La Peinture, Poème traduit du Latin du P. Marsy (Paris, Morel, 1740). Meusnier de Querlon définit ainsi le poème de Marsy : "Dufresnoy renonçant à plaire voulut sacrifier l'agréable à l'utile et certainement son ouvrage l'emporte pour la solidité ; Le P. Marsy en ne prenant que la fleur de son sujet a su répandre dans son poème tout l'enjouement, toute l'aménité dont la matière était susceptible ; Le poème du premier, fruit de l'expérience d'un grand maître, contient dans sa brièveté toute la théorie de son art, un cours de peinture complet. Celui du P. Marsy n'est proprement qu'une peinture continuelle, une suite de tableaux riants dont l'aimable variété étend, nourrit, élève l'imagination" (préface p. 3-4).
Après avoir quitté l'ordre jésuite en 1738, de Marsy oriente complètement son activité vers la compilation, la traduction et l'édition dans des domaines très divers.
En 1746, il publie en deux volumes un Dictionnaire abrégé de peinture et d'architecture. Cet ouvrage devient ainsi le premier véritable dictionnaire du XVIIIe siècle, consacré exclusivement aux arts, avant ceux de Jacques Lacombe (Dictionnaire portatif des beaux-arts ou abrégé de ce qui concerne l’architecture, la sculpture, la peinture, la gravure, la poésie et la musique, avec La définition de ces Arts, l'explication des Termes & des choses qui leur appartiennent, Paris, Estienne, Herissant, 1752), d'Antoine-Joseph Pernety (Dictionnaire portatif de peinture, sculpture, gravure, avec un Traité pratique des différentes manières de peindre, Paris, Bauche, 1757) et bien sûr l'encyclopédie de Claude-Henri Watelet et Pierre-Charles Levesque (Encyclopédie méthodique des Beaux-Arts, Paris, Panckoucke, 1788-1791).
Le Dictionnaire de Marsy (en deux volumes) fait ainsi directement suite au dictionnaire que Félibien publie dans ses Principes de l'Architecture, de la Sculpture et la Peinture (Paris, Coignard, 1676), mais en développant considérablement le nombre de termes. De Marsy prend d'ailleurs de la distance par rapport à ce premier dictionnaire, dont il souligne les erreurs à de nombreuses reprises. En revanche, comme on pouvait s'y attendre, il fait très fréquemment référence à Dufresnoy et à son De Arte graphica, à De Piles (sans citer sa source avec précision) et à son poème, le Pictura Carmen, rédigé peu d'années auparavant.
Son éloge est publiée en 1768 par Guillaume Nicolas Desprez (1713-1795).

Michèle-Caroline Heck
in-12 french
Structure
Approbation at n.p.
Privilèges at n.p.

MARSY, François-Marie de, Dictionnaire abregé de peinture et d'architecture où l'on trouvera les principaux termes de ces deux arts avec leur explication, la vie abrégée des grands peintres & des architectes célèbres, & une description succinte des plus beaux ouvrages de peinture, d'architecture & de sculpture, soit antiques, soit modernes, Genève, Minkoff Reprint, 1972, 2 vol., vol. I.

FILTERS

QUOTATIONS

NATURE, NATUREL. On dit peindre sur le naturel, dessiner sur le naturel, figures grandes comme le naturel, plus grandes que le naturel, peindre d’après nature.

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CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

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CONCEPTS ESTHETIQUES → nature, imitation et vrai

NOIR, couleur pésante, terrestre & fort sensible. Les noirs dispensés à propos, font un bel effet sur le devant du tableau, & donnent beaucoup de relief aux figures.
Le
noir de fumée est le plus beau noir que les Peintres puissent employer.
On en fait avec de la térebentine, de la poix résine, du charbon de terre, & d’autres matieres semblables, que l’on brûle sur un fourneau, au-dessus duquel il y a un vaisseau en forme d’entonnoir renversé & sans tuyau, dont les parois, qui sont tapissés d’une peau de mouton, reçoivent la fumée. 
Le
noir est une couleur artificielle. Les Peintres & les Teinturiers n’en ont point encore trouvé de naturel.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

NUANCE, NUANCER, NUER. 
On appelle
nuances ces dégrés presqu’imperceptibles d’augmentation ou de diminution qu’a une couleur, ces passages du clair à l’obscur, & de l’obsur au clair. 
Nuancer ou nuer, c’est imiter avec la laine ou avec la soie ces degrés & ces passages. 
Nuance signifie encore mêlange & assortiment de couleurs. 
Nuancer & nuer signifient aussi quelquefois mêler & assortir. Ils ne se disent que des tapisseries & des autres ouvrages de laine ou de soie. Le mot de nuance est même assez peu usité chez les Peintres. On ne dit guéres les nuances d’un tableau, les nuances des couleurs. Il est beaucoup plus pittoresque de dire, le ton des couleurs.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → couleur

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → couleur

NUD, NUDITÉ, le premier est substantif comme le second, dessiner sur le nud
Le
nud des figures : les draperies doivent suivre le nud ; on entend par ce mot les parties nües qui representent la forme & les contours du corps humain. 
On appelle
nudités la representation de certaines parties que la modestie doit tenir cachées. 
Les
nudités de l’Albane.

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L’HISTOIRE ET LA FIGURE → figure et corps

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L’HISTOIRE ET LA FIGURE → figure et corps

OCRE. Terre jaune qu’on tire des mines de cuivre & de plomb.
L’
ocre jaune calcinée au feu devient rouge. On trouve aussi dans certaines mines une ocre rouge naturelle : on en apporte d’Angleterre, & on l’appelle rouge brun ou rouge d’Angleterre
L’
ocre  de rut est d’un jaune plus foncé que l’ocre ordinaire : on la tire des mines de fer. C’est une couleur fort terrestre & fort pesantes ; elle rougit aussi au feu.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

OMBRES, parties obscures d’un tableau ; de grandes ombres, des ombres fortes, des masses d’ombres, une belle entente d’ombre ; il ne se dit gueres qu’au plurier : on dit aussi ombrer.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → lumière

OMBRE, (Terre d’) c’est le nom d’une couleur fort brune dont les Peintres se servent principalement pour faire des ombres.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

OR-COULEUR, c’est de l’or réduit en feuilles, qu’on applique sur plusieurs couches de couleur, & dont on enrichit les dedans & les dehors d’un tableau, [...].

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

ORDONNANCE, se dit en Architecture comme en Peinture, de la disposition des parties. Une belle ordonnance ; une mauvaise ordonnance
Raphaël & le Poussin, avoient dans leurs tableaux la plus belle
ordonnance.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → composition

ORIGINAL, son opposé est copie. 
Tableau
original ; un original : il peut y avoir deux ou trois originaux sur un même sujet. Les Peintres ont souvent répété leurs ouvrages : le Titien a répété jusqu’à huit fois le méme tableau.
Mr de Piles s’est servi du mot d’
originalité dans cette phrase : il y a des choses qui semblent favoriser l’originalité d’un ouvrage.

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → statut de l'oeuvre : copie, original...

ORNEMENT. En Peinture on appelle ornemens, tout ce qui sert à donner du relief à un tableau, à l’embellir, à le faire valoir. 
Les
ornemens doivent être semés avec discrétion, & avec une sorte d’économie ; sans cela un Peintre mériteroit le reproche qu’Apelle fit un jour à un de ses disciples, qui ayant fait un tableau d’Helene, l’avoit chargée d’or & de pierreries ; n’ayant pû la faire belle, lui dit Apelle, vous l’avez fait fait riche.

ZEUXIS, Portrait d'Hélène

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L’HISTOIRE ET LA FIGURE → ornement

ORPIMENT ou ORPIN, en latin auripigmentum, est un minéral qui donne un très-beau jaune ; il se trouve dans les mines d’or ou d’argent : c’est un poison très subtil. 
L’
orpiment rougit au feu, & se change en sandaraque. 
Le plus bel
orpiment est celui dont la couleur tire sur l’or, [...]
L’
orpiment rouge ou sandaraque est onctueux, & est de la moindre espéce : on croit qu’il y a des parties d’or dans l’orpin, & qu’il y a des parties d’or dans l’orpin, & qu’il y a des mines d’or dans les lieux où il se trouve : il y aussi de l’orpin blanc, qu’on appelle autrement arsenic. 
On fait de l’
orpin blanc artificiel, en mêlant du sel dans l’orpin naturel, & en le cuisant & le sublimant.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

sandaraque

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

OUTREMER, bleu d’azur, qu’on fait avec le lapis lazuli, infusé dans du vinaigre blanc, & mêlé avec de l’huile de lin, de la cire blanche vierge, de la poix grecque, du mastic pulvérisé, & de la térébentine : on fait bouillir le tout. Il y a plusieurs autres façons de faire l’outremer
L’
outremer est une couleur très douce & très fuyante, & par cette raison très propre pour la mignature. Elle est très nécessaire pour toute sorte de Peinture : l’outremer est for cher. Dans le Salon d’Hercule, peint à Versailles par le Moine, il est entré pour le plafond seul, pour dix mille livres d’outremer.
Entre plusieurs manieres de faire l’
outremer, voici une des meilleures recettes. [...]

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs

PAISAGE, PAISAGISTE. Le païsage  est un des principaux genres de Peinture, & renferme en racourci tous les autres. 
On appelle
païsages, le tableau qui représente un païsage
L’art de faire ces représentations s’appelle encore
païsage, & celui qui les fait se nomme Païsagiste.
Dans le
païsage on distingue deux sortes de genres : le genre héroïque, & le genre pastoral. 
Le
païsage du genre heroïque est une composition formée sur ce que l’art & la nature offrent de plus majestueux, de plus rare & de plus frappant. Les sites en sont recherchés & surprenans, les fabriques grandes & magnifiques : ce ne sont que Temples, que Pyramides, & Obélisques, &c. 
Le beau
païsage du Poussin, connu sous le nom d’Arcadie, est un modéle en ce genre. 
Le
païsage du genre pastoral, est une représentation de la simple nature, telle qu’elle se montre sans fard, sans artifice, abandonnée pour ainsi dire à elle même ; on n’y voit que des objets communs, des troupeaux, des bergers, des arbres, des rochers, &c. 

Pingit oves alius sata læta, virentia musco, 
Gramina, pendentes summâ de rupe capellas, 
Saltantes Dryadas, redeuntem ex urbe Nexram
Et vacuam Læta referenten vertice testam. 
Pictura. 
Les
païsages ordinaires sont dans le genre pastoral.

Poussin, Les Bergers d'Arcadie

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GENRES PICTURAUX → paysage

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GENRES PICTURAUX → paysage

PALETTE. Instrument de bois, de forme ovale avec une ouverture par le haut, pour y passer le pouce. Les Peintres mettent sur cet instrument les couleurs toutes préparées. 
On dit de certains tableaux, qu’ils sentent la
palette c’est-à-dire, que les couleurs n’en sont point assez vraies, que la nature y est mal caracterisée, & que l’on n’y trouve point cette parfaite imitation, seule capable de séduire & tromper les yeux, Ce qui doit être le premier but des Peintres. 
Mr de Piles a dit en parlant de le Brun, « ses couleurs locales sont mauvaises, & il n’a point fait assez d’attention à donner par cette partie le véritable caractère à chaque objet : ce qui est la seule cause pour laquelle ses tableaux
sentent toujours comme on dit la palette, & ne font point cette fidele sensation de la nature. »

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → outils
MANIÈRE ET STYLE → le faire et la main

PASSAGE. Les dégrés par lesquels on passe d’une teinte, d’une couleur à l’autre, s’appellent passages en terme de Peinture. 
Les
passages douvent être imperceptibles, & ménagés avec tant d’adresse, que les couleurs se perdent insensiblement l’une dans l’autre, & qu’il y ait entr’elles une espéce de milieu, qui participe également des deux couleurs. 

Transitus umbrarum ad lucem, vel lucis ad umbras. 
Dissimilandus erit, quiddam connectat utrumque
Participans ab utroque : diem noctem que tabellæ
Commissuræ habiles, & amæna crepuscula jungant. 
Pictura Carmen. 

Mr du Fresnoy a dit la même chose en des vers fort durs.

Non prœcipiti labentur in umbram
Clara gradu : nec adumbrata in clara alta repentè
Prorumpant : sed erit sensim hinc atque inde meatus
Lucis & umbrarum ...................

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EFFET PICTURAL → qualité des couleurs
CONCEPTION DE LA PEINTURE → couleur

PASSION. Passion en Peinture se dit d’un mouvement du corps, accompagné de certains traits sur le visage qui marquent une agitation de l’ame. Il est des passions dont les mouvemens sont tendres, il en est d’autres dont les mouvemens sont violens.
Le Brun qui a excellé dans cette partie, a fait un traité des
passions, avec des démonstrations des principaux traits qui servent à les caracteriser. 
Chaque
passion a ses caracteres : c’est au Peintre à choisir parmi ces divers caracteres, ceux qui sont les plus propres à toucher & à émouvoir les Spectateurs. Dans une même passion, il faut observer des différences ; la douleur d’un Roi, ne doit pas être la même que celle d’un homme de la lie du peuple, ni la fierté d’un soldat la même que celle d’un Général : c’est dans ces différences que consiste le vrai discernement des passions.

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L’HISTOIRE ET LA FIGURE → expression des passions

PASTEL, c’est une pâte qui se fait avec des couleurs broyées : on en compose des crayons de toute espéce, dont on se sert pour peindre sur de gros papier. Il ne faut pas confondre les crayons de pastel, avec les crayons ordinaires. Peindre en pastel ; portrait de pastel.
On appelle
pastel l’ouvrage même qui est peint en pastel
Un beau
pastel ; un pastel de la Tour
Comme les tableaux ont plus de sécheresse que les Peintures ordinaires, on les couvre ordinairement d’un verre pour attendrir les parties. 
Il est une autre espéce de
pastel dont les Teinturiers se servent.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique du dessin
MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la peinture

PASTICHE. On appelle pastiches certains tableaux d’imitation dans lesquels l’Auteur a contrefait la maniere de quelque Peintre, ses touches, son goût de dessein, son coloris. 
Les Italiens appellent ces ouvrages
pastici, d’où nous avons fait pastiches : ces tableaux ne sont proprement ni originaux ni copies. 
Lucas Jordans, & David Teniers, excelloient si parfaitement dans ce genre de peinture, que leurs ouvrages en ont imposé aux plus habiles connoisseurs. Charle II. Roi d’Espagne, qui avoit attiré Jordans à la Cour, lui montrant un jour un tableau de Jâque Bassan, parut être fâché de n’en avoir pas le pendant : Jordans en fit un, où il imita si parfaitement la maniere de ce Peintre, qu’on le prit pour un ouvrage du Bassan.

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

PASTEUX, nourri, moëleux ; un pinceau, ferme & pâteux. Voyez EMPASTÉ.

nourri · moelleux

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MANIÈRE ET STYLE → le faire et la main

PEINDRE, PEINTRE, PEINTURE. Peindre, c’est representer une chose avec des couleurs ; la Peinture est cette représentation ; le Peintre est celui qui la fait. Peindre en huile ; peindre en détrempe ; peindre à fraisque ; peindre en pastel ; peindre en miniature ; peindre en émail ; peindre sur verre, sur bois, sur cuivre, &c. Peindre l’Histoire, le Païsage, le Portrait, les Animaux, les Fleurs, les Grotesques, &c. 
M. de Piles définit ainsi la peinture. 
C’est un Art, dit-il, qui par le moyen du dessein & la couleur, imite sur une superficie plate tous les objets visibles
La
Peinture, suivant la division commune, renferme trois parties, la composition, le dessein & le coloris. 
On peut, comme je l’ai remarqué, y ajouter l’
expression. Voyez EXPRESSION. 
Il est naturel de penser que l’ombre de l’homme a fait naître la premiere idée de la Peinture. [...]
Felibien ne nous apprend rien de nouveau lorsqu’il dit dans son
Vocabulaire [car c’est tout le nom que mérite son dictionnaire imparfait, où il a obmis les trois quarts des termes de l’Art] qu’il faut dire peindre, & non pas peinturer
Peinturer est un mot barbare que Menage a essayé en vain de soutenir, & que l’usage, l’arbitre souverain des langues a proscrit. On est surpris de le trouver dans les Dictionnaires estimés, & de n’y point trouver d’autres termes qui sont dans la bouche de tous les Peintres. 
Les meilleurs Auteurs qui ayent écrit sur la Peinture, sont Leonard de Vinci, M. de Chambrai, Vazari, Felibien, de Piles, & M. Coypel. 
Nous avons deux Poëmes latins sur la Peinture, l’un d’Alphonse du Fresnoy, intitulé,
de Arte Graphica l’autre de Mr l’Abbé de M. qui a pour titre Pictura : l’un & l’autre ont été traduits en François, & imprimés plusieurs fois. 
Nous avons aussi deux Poëmes François sur le même sujet, l’un de Perrault & l’autre de Moliere. Celui de Perrault n’a pas fait plus de fortune que ses paralleles.

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture

PENSÉE, terme de Peinture, se dit de la premiere idée que le Peintre jette sur le papier, pour l’exécution de l’ouvrage qu’il se propose. On dit dans le même sens esquisse, croquis. « Ces desseins, dit un Auteur moderne, heurtés & faits avec beaucoup de vitesse, ne sont souvent pas extrêmement corrects, & peuvent manquer pour la perspective & les autres parties de l’art ; mais ce ne sont point des défauts dans une esquisse, dont tout le but est de representer une pensée executée avec beaucoup d’esprit, ou bien des figures détachées & imparfaites, qui doivent entrer dans quelque composition dont elles font parties. » Abregé de la vie des plus fameux Peintres.

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CONCEPTION DE LA PEINTURE → dessin

PERSPECTIVE. C’est l’Art de réprésenter les objets selon les diférences qu’y cause l’éloignement, soit par la couleur, soit pour la figure. [...]
On appelle encore
perspective une Peinture qui représente des objets dans l’éloignement, comme des forêts, des bâtimens, des mers. 
[...]
La
Perspective Aërienne est celui qui represente les objets selon les diférences qu’y cause l’interposition de l’air plus ou moins épais.
A mesure que les objets s’enfoncent dans l’air, ils s’éloignent de nos yeux, & paroissent moins colorés. De même que dans l’eau les poissons qui nagent le plus près de la superficie se voient plus distinctement, ceux qui nagent plus bas paroissent moins, & disparoissent enfin à mesure qu’ils s’enfoncent : ainsi quand les images des objets passent par le milieu de l’air, ils diminuent, ils s’affoiblissent, ils se perdent, ils se confondent avec l’air même.
Félibien. 
Ainsi la
Perspective Aërienne, est la diminution des teintes & des couleurs, selon que l’air est plus ou moins chargé. 
La
Perspective lineale est la diminution des lignes, suivant les distances. 
On distingue dans la
perspective ordinaire trois lignes principales : la premiere est la ligne de terre, la seconde est la ligne horisontale, la troisiéme est la ligne de distance qui est toujours parallele à la ligne horisontale
La
perspective Aërienne est d’une grande pratique dans les Paysages. 
Le Poussin avoit une profonde connoissance de cette
perspective.

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EFFET PICTURAL → perspective

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EFFET PICTURAL → perspective

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EFFET PICTURAL → perspective

PINCEAU, instrument garni de poils qui vont en diminuant par l’extrêmité, & qui se terminent en pointe : les Peintres s’en servent pour appliquer les couleurs. 
Pinceau se prend au figuré pour la manière de peindre.
Un
pinceau hardi, délicat, moëleux, sec.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → outils
MANIÈRE ET STYLE → le faire et la main

PINCELIER, c’est un bassin oblong de fer blanc, où l’on met de l’huile, & dont on se sert pour nétoyer les pinceaux.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → outils

[...]
PITTORESQUE, propre de la Peinture. 
On entend plus ordinairement par le mot de
pittoresque, certaines expressions singulieres & originales qu’on remarque dans un tableau. On dit, cela est beau, cela est pittoresque : attitude pittoresque.

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EFFET PICTURAL → qualité de la composition
L’HISTOIRE ET LA FIGURE → action et attitude

[...] 
PLANCHE de Graveur, c’est une feuille de cuivre, ou une table de bois sur laquelle on grave.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la gravure
MATERIALITE DE L’ŒUVRE → outils

[...]
POINTILLER, terme de Peinture.
Les ouvrages de Mignature se font en
pointillant, c’est-à-dire en travaillant avec la pointe du pinceau : mais il y a differentes manieres de pointiller
Les uns font des points tout ronds, d’autres un peu plus longs, & d’autres hachent par petits traits, en croisant plusieurs fois dans tous sens, jusqu’à ce que tout cela paroisse, comme si l’on avoit
pointillé ou travaillé par points ; cette derniere méthode est la meilleure, la plus hardie & la plus courte : c’est pourquoi l’on conseille à ceux qui voudront peindre en miniature de s’en servir, & de s’accoutumer d’abord à faire gras, moëleux & doux, c’est-à-dire que les points se perdent dans le fond sur lequel on travaille, & qu’ils ne paroissent qu’autant qu’il faut pour l’on voie que l’ouvrage est pointillé
Dur & sec est tout le contraire, & dont il faut bien se garder : cela se fait en
pointillant d’une couleur beaucoup plus brune que n’est le fond, & lorsque le pinceau n’est pas assez humecté de couleur, ce qui fait paroître l’ouvrage rude.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la gravure

[...] 
PONCER, c’est passer sur un dessein piqué, de la poudre de charbon enveloppée dans un linge, pour contretirer le dessein sur du papier, ou sur quelqu’autre matiere. 
Poncer un dessein ; poncer sur la toile, sur le bois, sur le vélin. 
Le dessein piqué, & qui sert de modèle, s’appelle
poncis.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique du dessin

PONDÉRATION, terme de Peinture. On entend par-là le juste équilibre des corps : cet équilibre étant nécessaire pour le mouvement, les Peintres ne peuvent donner d’attitudes, ni de mouvemens véritables à leurs figures, sans observer les régles prescrites par la nature. Leonard de Vinci, & quelques autres Peintres qui ont le plus réfléchi sur cette partie essentielle du dessein, ont fait les remarques suivantes, qui passent pour autant d’axiomes, reçus dans la Peinture. Ils ont observé que la tête doit être tournée du côté du pied qui soutient le corps : qu’en se tournant elle ne doit jamais passer les épaules : que les mains ne doivent pas s’élever plus haut que la tête, le poignet plus haut que l’épaule, le pied plus haut que le genou : qu’un pied ne doit être distant de l’autre que de sa longueur : que lorsque l’on représente une figure qui éléve un bras, toutes les parties de ce côté-là doivent suivre le même mouvement ; que la cuisse par exemple doit s’allonger, & le talon du pied s’élever ; que dans les actions violentes & forcées ces mouvemens à la vérité ne sont pas tout-à-fait si compassés, mais que l’équilibre ne doit se perdre jamais : qu’enfin sans cette juste pondération les corps ne peuvent agir comme il faut, ni même se mouvoir.
« Les mouvemens, dit Mr de Piles, ne sont jamais naturels, si les membres ne sont également balancés sur leur centre, & ils ne peuvent être balancés sur leur centre dans une égalité de poids, qu’ils ne se contrastent les uns les autres. Un homme qui danse sur la corde, fait voir clairement cette vérité. Le corps est un poids balancé sur ses pieds, comme sur deux pivots : s’il n’y a en a qu’un qui porte, comme il arrive le plus souvent, vous voyez que tout le poids est retiré dessus centralement, ensorte que si, par exemple, le bras avance, il faut de nécessité, ou que l’autre bras, ou que la jambe aille en arriere, ou que le corps soit tant soit peu courbé du côté contraire pour être dans son équilibre, & dans une situation hors de contrainte. Il se peut faire, mais rarement, si ce n’est dans les vieillards que les deux pieds portent également, & pour lors il n’y a qu’à distribuer la moitié du poids sur chaque pied. Vous userez de la même prudence si l’un des pieds portoit les trois quarts du fardeau, & que l’autre pied portât le reste. »
Personne n’a mieux écrit sur la
pondération des corps, que Leonard de Vinci dans son Traité de Peinture.

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L’HISTOIRE ET LA FIGURE → action et attitude

[...]
PORTRAIT. Tableau qui contient la représentation lineale du corps humain. 
Portrait en grand, en petit : portrait en pastel, en miniature : portrait à la plume, au crayon.
Portrait chargé, voyez CHARGE.
Peintre pour le
portrait
L’essence du
portrait, consiste moins à attraper une grossiere ressemblance, ce que font les Peintres les plus mediocres, qu’à exprimer le véritable temperament, le caractère, & l’air de Physionomie des personne qu’on représente. 
« Si la personne que vous peignez est naturellement triste, dit Mr. de Piles, il le faudra bien garder de lui donner de la gayeté, qui seroit toujours quelque chose d’étranger sur son visage : si elle est enjouée, il faut faire paroître cette belle humeur par l’expression des parties où elle agit, & où elle se montre, si elle est grave & majestueuse, les ris fort sensibles rendront cette majesté fade & niaise. »
Pline raconte d’après Appien le grammairien, qu’Apelle faisoit ses portraits si ressemblans, & marquoit avec tant de fidélité les traits des personnes qu’il peignoit, que sur l’inspection des tableaux les Astrologues tiroient l’horoscope de la vie & de la mort des personnes.
Dufresnoy conseille aux faiseurs de
portraits de travailler en même tems les parties doubles de la tête, comme les yeux, les oreilles, les narines, les jouës & les levres, c’est-à-dire de passer continuellement de l’une à l’autre, de les retoucher & de les finir ensemble, de peur que l’interruption ne fasse perdre l’idée de ces parties.