CONNAISSEUR (n. m.)

CHE SA (ita.) · CONNOISSEUR (eng.) · KENNER (nld.) · KENNER (deu.) · KNOWING (eng.) · KNOWING MEN (eng.) · KUNSTKENNER (deu.) · KUNSTKENNER (nld.) · KUNSTVERSTÄNDIGER (deu.)
TERM USED AS TRANSLATIONS IN QUOTATION
CONNOISSEUR (eng.)
TERM USED IN EARLY TRANSLATIONS
CHE SA (ita.) · JUDGE (eng.)
CÉSAR, Flore, « AMATEUR, CONNAISSEUR, CURIEUX », dans HECK, Michèle-Caroline (éd.), LexArt. Les mots de la peinture (France, Allemagne, Angleterre, Pays-Bas, 1600-1750) [édition anglaise, 2018], Montpellier, Presses Universitaires de la Méditerranée, 2018, p. 40-48.
GIBSON-WOOD, Carol, Studies in the Theory of Connoisseurship from Vasari to Morelli, New York, Garland, 1988.
GRIENER, Pascal, La République de l'œil. L'Expérience de l'art au siècle des Lumières, Paris, Odile Jacob, 2010.
GUICHARD, Charlotte, « Connoisseurship and Artistic Expertise, London and Paris, 1600-1800 », dans RABIER, Christelle (éd.), Fields of Expertise. A Comparative History of Expert Procedures in Paris and London, 1600 to present, Newcastle, Cambridge scholars publishing, 2007, p. 173-191.
GUICHARD, Charlotte, « Du “nouveau connoisseurship“ à l’histoire de l’art. Original et autographie en peinture », Annales. Histoire, Sciences sociales, 6, 2010, p. 1387-1402 [En ligne : www.cairn.info/revue-annales-2010-6-page-1387.htm consulté le 24/11/2015].
MAËS, Gaëtane, « De la tradition antiquaire à l’histoire de l’art : les "vies" d‘artistes vers 1750 selon Dezallier d‘Argenville et Descamps », dans MICHEL, Christian et MAGNUSSON, Carl (éd.), Penser l’art dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : théorie, critique, philosophie, histoire, Actes du colloque de Lausanne, Paris et Rome, Paris, Somogy, 2013, p. 509-526.
MICHEL, Christian et MAGNUSSON, Carl (éd.), Penser l’art dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : théorie, critique, philosophie, histoire, Actes du colloque de Lausanne, Paris et Rome, Paris, Somogy, 2013.
MICHEL, Patrick (éd.), Connoisseurship. L'œil, la raison et l'instrument, Actes du colloque de Paris, Paris, École du Louvre, 2014.
MOUNT, Harry, « The Monkey with the Magnifying Glass: Construction of the Connoisseur in Eighteenth-Century Britain », Oxford Art Journal, 29/2, 2006, p. 169-184 [En ligne : http://www.jstor.org/stable/3841010 consulté le 23/06/2015].
RABIER, Christelle (éd.), Fields of expertise. A comparative history of expert procedure in Paris and London, 1600 to present, Newcastle, Cambridge scholars publishing, 2007 [En ligne : http://www.ihmc.ens.fr/IMG/file/Rabier/FieldsExpertise_TM.pdf consulté le 30/03/2018].
WARNER, Pamela J., « Connoisseur vs Amateur: A Debate over Taste and Authority in Late Eighteenth-Century Paris », dans MICHEL, Christian et MAGNUSSON, Carl (éd.), Penser l’art dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : théorie, critique, philosophie, histoire, Actes du colloque de Lausanne, Paris, Somogy, 2013, p. 175-200.

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13 sources
15 quotations

Quotation

[...] Et requérant aussi des négocians un peu intéressez, qu’ils fassent leur trafic avec plus de droiture, tant pour leur bien que pour banir ce mot de manie, qu’on donne souvent à tort à plusieurs Curieux et connoissants desdits ouvrages à leur occasion : Car c’est a tort qu’on répute à folie et foiblesse d’être amateur & connaisseur de ce qui est beau & bon ; Mais c’en est bien une tres-grande, de juger de l’intention & pensée d’autruy, autant que d’en estre bien informé.
Mais pour revenir à mon dessein, je dis qu’une personne qui ignore la pratique de la Pourtraiture & Peinture, & ce qui est des particularitez cy-devant deduites en gros, quand il entend dire qu’un Peintre ou autre tel Connoissant qui n’aura jamais veu qu’un ou deux Tableaux d’un autre Peintre, supposé qu’il n’eust point changé de manière, discernera ceux qu’il sera en suitte pour en estre, quoy que differents ; Et de plus s’il y a des Coppies faites sur iceux, sans avoir veu lesdits Originaux, il les reconnoistra tels, & aussi fera la distinction s’ils sont bien ou mal coppiez, ou s’ils sont retouchez par endroits de celui qui a fait l’original ; A grand subjet de s’estonner, & de se persuader qu’il est comme impossible de connoistre ces choses, & encore plus qu’une personne comme luy qui n’est pas dans la pratique de cét Art, puisse parvenir à quelque point de cette mesme Connoissance

Selon Marianne Le Blanc (2004, p. 153), si la double question des manières et de la distinction de l’original et de la copie n’est pas entièrement neuve, Bosse l’utilise d’une manière inédite, forgeant un discours sur l’art qui répond aux attentes des amateurs, mais aussi – et peut-être surtout –, à ses ambitions concernant les peintres et la peinture. Bosse vise en effet, par ce texte, à faire entrer la peinture dans le champ de la connaissance.

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SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → connaissance

Quotation

61. [Veu que les plus belles choses ne se peuvent souvent exprimer faute de termes.] J’ay [ndr : Roger de Piles] appris de la bouche de Monsieur du Fresnoy, qu’il avoit plusieurs fois oüi dire au Guide, Qu’on ne pouvoit donner de Preceptes des plus belles choses, & que les connoissances en estoient si cachées, qu’il n’y avoit point de maniere de parler qui les pût découvrir. Cela revient assez à ce que dit Quint. {Declam. 19.} Les choses incroyables n'ont point de paroles pour estre exprimées, il y en a quelques-unes qui sont trop grandes & trop relevées, pour pouvoir estre comprises dans les discours des hommes. D'où vient que les Connoisseurs, quand ils admirent un beau Tableau, semblent y estre collez ; & quand ils en reviennent, vous diriez qu'ils auroient perdu l'usage de la parole. {Liv. 2. Sat. 7.} Pausiaca torpes insane Tabella. Dit Horace. {L. 10. Ep. 22} Et Symmachus dit, Que la grandeur de l'étonnement ne permet pas que l'on donne des loüanges & des applaudissemens. Les Italiens disent Opera da stupire, pour dire qu'une chose est fort belle. 

term translated by JUDGE in DE PILES, Roger, De l'art de peinture de Charles Alphonse Dufresnoy, Paris, Nicolas Langlois, 1668., p.101

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SPECTATEUR → connaissance
SPECTATEUR → jugement

Quotation

[…] Quant aux faux Connoisseurs, que j’ay aussi bien voulu épargner, qu’ils sçachent aussi, que c’est la marque d’une arrogance intolérable, ou d’une stupidité presque brutale, de se mesler de parler & juger d’une chose que l’on ne connoist pas […]

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SPECTATEUR → jugement

Quotation

LE PRESIDENT. Cependant, ce n'est pas là le sentiment commun ; & si l'on en croit les Connoisseurs, les moindres tableaux des Anciens vont devant les plus beaux des Modernes.
L'ABBE. Vous croyez sans doute que cela vient du peu d'habileté de nos Peintres & de la grande capacité de ceux qui en jugent, je vous declare que c'est tout le contraire.
Si nos Peintres vouloient bien prendre moins de peine a leurs tableaux, en faire la composition plus simple & sans Art, marquer le proche & le loin presque également, & ne s'attacher qu'à la belle couleur ; en un mot faire des especes d'enlumineures plûtost que de vrais tableaux, nos pretendus Connoisseurs en seroient mille fois plus contens ; mais les Peintres aiment mieux ne plaire qu’à un petit nombre de gens qui s'y connoissent, qu'à une multitude peu éclairée. Un seul homme du métier qu'ils estiment ou qu'ils craignent, les anime plus & les fait plus suer que tout le reste du monde ensemble.
LE CHEVALIER. Je trouve qu'ils ont raison, & qu'il seroit plus à propos de nous instruire dans la Peinture pour en bien juger, que de vouloir qu'ils peignent mal pour nous satisfaire.
LE PRESIDENT. Est-ce que tant de gens d'esprit, dont le siecle est rempli ne se connoissent pas en peinture ?
L'ABBE. Il y en a beaucoup qui s'y connoissent, mais il y en a encore davantage qui n'estant point nez pour les Arts, & n'en ayant fait aucune étude n'y entendent rien du tout.

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SPECTATEUR → connaissance

Quotation

Les Peintres demi-savans qui se sont engagés dans un mauvais chemin, & la plupart des Savans dans les Lettres, veulent ordinairement soutenir de fausses idées qu’ils ont formées d’abord, & sans connoître, ni Dessein, ni Coloris, ni Raphaël, ni Rubens, parlent de ces deux Peintres sur une ancienne tradition qui bien que beaucoup diminuée par les bonnes réfléxions, a encore laissé des racines dans l’esprit de plusieurs.

L’entrée « Connoisseur » dans la table des matières de l’ouvrage, qui précise ce que sont les demi-connoisseurs (« Les Demi-connoisseurs jugent ordinairement de la Peinture, sans connaissance de cause. »), renvoie le lecteur à ce passage. Roger de Piles considère donc les peintres demi-savants du même acabit que les demi-connaisseurs.

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L’ARTISTE → qualités

Quotation

Mon intention n’est pas de parler ici des Copies médiocres, qui sont d’abord connues de tous les Curieux, encore moins des mauvaises qui passent pour telles aux yeux de tout le monde. Je suppose une Copie faite par un bon Peintre, laquelle merite une serieuse reflexion, & mettre en suspend, au moins durant quelques tems, la décision des connoisseurs les plus habiles. Et de ces Copies, j’en trouve de trois sortes.
La première est faite fidèlement, mais servilement. La seconde est legere, facile, & non fidelle. Et la troisième est fidelle, & facile.

curieux

term translated by LIEFHEBBER

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Quotation

Il m’a paru que je devois commencer par lui démontrer que la Peinture n’aïant pour objet que la parfaite imitation de la nature, tout homme de bon sens & d’esprit, sans avoir étudié les misteres de cet art, est à portée de sentir les grandes beautez d’un tableau, & de faire souvent même d’excellentes critiques. Peut-être cette idée m’a-t-elle entrainée trop loin ; je n’ai pû m’empêcher de parler du danger que l’on court en écoutant, & en s’en rapportant à quantité de prétendus connoisseurs : mais après tout pouvois-je m’en dispenser ?  D’ailleurs les savants amateurs, tels que nous en connoissons plusieurs, ne m’en sçauront pas mauvais gré, & l’amour propre scaura bien empêcher les autres de se reconnoître dans les portraits generaux : car je declare hautement, que mon dessein n’a point été de peindre personne en particulier. Autant qu'il me paroît necessaire d’attaquer les ridicules, autant qu’il me paroit odieux de designer les personnes qui ont le malheur d’en être chargez ; elles ne sont déjà que trop dignes de pitié.

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Quotation

ALCIPE.  […] Ne croïez pas même qu’ils [ndr : les prétendus connoisseurs] aillent chercher les preuves de l’originalité dans les grandes parties ; non, c’est souvent un petit coin de tableau, la touche d’une plante, d’un nuage, ou le derriere de la toile qui les determinent. D’ailleurs ces gens là n’ignorent aucuns termes de l’art, sçavent exactement la vie des peintres, l’histoire de chaque tableau ; mais ils ne se servent de ces choses, que pour jetter plus d’obscurité dans leur raisonnemens, & donnent aux autres une idée si bizarre de la Peinture, que s’ils ne la regarde pas comme un art purement dépendant du caprice, du moins, ils n’osent plus s’en rapporter à leurs yeux ; ils n’osent enfin loüer la lumiere d’un tableau, parce qu’ils ne scavent pas le mot de clair-obscur ; la beauté des couleurs, parce que le grand terme d’harmonie des couleurs ne leur est pas familier. S’ils voïent par exemple, une belle tête de vieillard, dans laquelle d’heureuses épaisseurs de couleur leur representent des rides, ils n’ignorent pas qu’il y a pour les loüer un terme, dont ils ne peuvent se souvenir ; & faute de se rappeler le beau mot de patroüillis, ils croient devoir se taire.

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SPECTATEUR → connaissance
SPECTATEUR → jugement

Le terme "connoisseur" n'apparaît que deux fois. Il traduit les expressions italiennes : "che sanno" ou "che hanno giudicio".

Quotation

Are. Quant à l’agreable, quoi qu’on puisse facilement le comprendre par ce qu’on a exposé ci devant ; j’ajouterai qu’il n’y a rien, qui attire tant à soi, ni qui occupe les yeux si agreablement, que la peinture ; non pas meme les pierres precieuses, non pas meme l’or, qui devient bien plus precieux s’il renferme quelque pierre, ou quelque ouvrage de quelque celebre Artiste, soit figures, animaux, ou quelqu’autre chose, qui ait du dessein, & de l’agrement ; ce qui plait non seulement aux connoisseurs, mais encore au vulgaire ignorant, meme aux enfants, qui d’abord qu’ils voient quelque peinture, la montrent presque toujours avec le doigt, & il semble que leur cœur enfantin en soit tout pâmé de douceur.
[…]
Are. Eh qui est ce, qui ne connoit pas l’agrement de la peinture, laquelle enrichit toutes choses ? Les edifices publics, & particuliers ont beau etre ornés en dedans de superbes tapisseries, de tables couvertes de tapis magnifiques, s’il ne s’y trouve quelques excellents tableaux, il y manque l’accomplissement du plus bel ornement ; par dehors les faces des palais font plus de plaisir aux yeux, lorsqu’elles sont peintes par quelques bons maitres, que celles qui sont incrustées de marbres blanc, de porphire, ou de serpentin enrichi d’or.

term translated by CHE SA in DOLCE, Lodovico, Dialogo della pittura di M. Lodovico Dolce, Intitolato l’Aretino. Nel quale si ragiona della dignità di essa Pittura, e di tutte le parti necessarie, che a perfetto Pittore si acconvengono: con esempi di Pittori antichi, e moderni: e nel fine si fa menzione delle virtù, e delle opere del divin Tiziano / Dialogue sur la peinture de Louis Dolce, intitulé l’Aretin. Dans lequel on traitte de l’excellence de la peinture, de toutes les qualités necessaires au bon Peintre, avec les exemples des Peintres anciens et modernes, à la fin on y parle du merite et des ouvrages du divin Titien, trad. par VLEUGHELS, Nicolas, Firenze, Michel Nestenus et François Moucke, 1735., p. 144

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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la peinture
SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

En second lieu, comme le public n'est pas également éclairé dans tous les païs, il est des lieux où les gens du métier peuvent le tenir plus long-temps dans l'erreur qu'ils ne le peuvent tenir en d'autres contrées. Par exemple, les tableaux exposez dans Rome seront plutôt apprétiez à leur juste valeur, que s'ils étoient exposez dans Londres ou dans Paris. Les Romains naissent presque tous avec beaucoup de sensibilité pour la peinture, & leur goût naturel a encore des occasions fréquentes de se nourrir & de se perfectionner par les ouvrages excellens qu'on rencontre dans les églises, dans les palais, & presque dans toutes les maisons où l'on peut entrer. Les mœurs & les usages du païs y laissent encore un grand vuide dans les journées de tout le monde, même dans celles de ces Artisans condamnez ailleurs à un travail qui n'a gueres plus de relâche que le travail des Danaïdes. Cette inaction, l'occasion continuelle de voir de beaux tableaux, & peut-être aussi la sensibilité des organes plus grande dans ces contrées-là que dans des païs froids & humides, rendent le goût pour la peinture si géneral à Rome, qu'il est ordinaire d'y voir des tableaux de prix jusques dans des boutiques de Barbiers, & ces Messieurs en expliquent avec emphase les beautez à tous venans, pour satisfaire à la nécessité d'entretenir le monde, que leur profession leur imposoit dès le temps d'Horace. Enfin dans une nation industrieuse & capable de prendre toute sorte de peine pour gagner sa vie, sans être assujettie à un travail reglé, il s'est formé un peuple entier de gens qui cherchent à faire quelque profit par le moïen du commerce des tableaux. Ainsi le public de Rome est presque composé en entier de connoisseurs en peinture. Ils sont, si l'on veut, la plûpart des Connoisseurs médiocres, mais du moins ils ont un goût de comparaison qui empêche les gens du métier de leur en imposer aussi facilement qu'ils peuvent en imposer ailleurs. Si le public de Rome n'en sçait point assez pour réfuter méthodiquement leurs faux raisonnemens, il en sçait assez du moins pour en sentir l'erreur, & il s'informe après l'avoir sentie de ce qu'il faut dire pour la refuter. D'un autre côté les gens du métier deviennent plus circonspects lorsqu'ils sentent qu'ils ont affaire avec des hommes éclairez. Ce n'est point parmi les Théologiens que les Novateurs entreprennent de faire des Prosélites de bonne foi.

Conceptual field(s)

SPECTATEUR → jugement

Quotation

Les grands maîtres finissent peu leurs desseins, ils se contentent de faire des esquisses, ou griffonements faits de rien, (a) qui ne plaisent pas aux demi-connoisseurs, ils veulent quelque chose de terminé qui soit agréable aux yeux : un vrai connoisseur pense autrement ; il voit dans un croquis la manière de penser d’un grand maître pour caractériser chaque objet avec peu de traits ; son imagination animée par le beau feu qui régne dans le dessein perce à travers ce qui y manque, elle apperçoit souvent ce qui n’y est pas & ce qui y doit être. C’est ainsi qu’un beau génie secondé par ce qu’il voit, supplée & s’accomode à tout.

Conceptual field(s)

SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

On juge souvent d’un ouvrage par rapport à la partie de la peinture qui nous flatte le plus & celle que nous connoissons le mieux, supposé celle du coloris, c’est cependant mal en juger, il faut qu’un bon connoisseur ait l’esprit d’une grande étenduë pour embrasser toutes les parties de la peinture & les aimer toutes à la fois ; les esprits bornés dans cette matiere ne peuvent être des juges équitables, ceux qui sont prévenus en sont aussi peu capables.
Dans un pareil jugement, il faut presque autant de lumieres pour sentir le beau que pour le produire, on doit considerer la composition, la disposition, & l’invention comprises sous le terme général d’ordonnance. Le dessein est encore une des principales parties, il a pour baze la proportion, l’anatomie & la correction.

Conceptual field(s)

SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

CONNOISSEUR. Connoisseur n’est pas tout-à-fait la même chose qu’Amateur. Connoisseur en fait d’ouvrages de Peintures, renferme moins l’idée d’un goût décidé pour cet Art, que d’une connoissance fine, & d’un discernement exquis & délicat. On n’est guéres connoisseur, sans être Amateur, mais on peut être Amateur, sans être Connoisseur. Bon Connoisseur, fin Connoisseur. La connoissance des tableaux consiste à sçavoir distinguer ; 1°. si un tableau est bon ou mauvais ; 2°. s’il est original, ou non ; 3°. de quel maître il est.

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Quotation

C'est avec les égards les plus scrupuleux, & l'intention très réelle de ne désobliger personne, que l'on rapporte les jugemens des connoisseurs judicieux, éclairés par des principes, & encor plus par cette lumière naturelle que l'on appelle sentiment, parce qu'elle fait sentir au premier coup d'œil la dissonance ou l'harmonie d'un ouvrage, & c'est ce sentiment qui est la base du goût, j'entens de ce goût ferme & invariable du vrai beau qui ne s'acquiert presque jamais, dès qu'il n'est pas le don d'une heureuse naissance.

Conceptual field(s)

SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → connaissance

Quotation

Lorsque l’on termine les chairs au Burin, il est difficile de se servir avec succès de points longs, à moins qu’on ne les fasse extrêmement cours, autrement ils feroient une chair qui sembleroit couverte de poils. On ne se serts gueres que de points ronds en préparant l’eau Forte, si ce n’est dans les ombres des chairs qu’on peut graver par une taille ou deux de points longs. On peut aussi hazarder quelque-fois des troisiémes tailles dans des choses qui doivent être brouillées comme nuages, terreins & autres endroits que l’on tient très-sourds pour servir de fonds à d’autres, mais il faut les graver avec une pointe extrêmement fine, afin qu’ils mordent moins que les autres.
[...] Enfin on doit faire ensorte que la planche soit entierement faite à l’eau forte, s’il est possible, afin de conserver tout l’esprit du dessein : car plus on mettra d’ouvrage dès l’eau Forte, & plus on sera sûr de réussir, pourvû que cela soit fait à propos & avec goût, & qu’on ne le laisse point trop mordre. C’est le moyen de plaire aux habiles gens & aux vrais connoisseurs dont les suffrages sont seuls flatteurs & à désirer pour ceux qui veulent se perfectionner & acquérir une réputation solide.

Conceptual field(s)

SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard