AUDRAN, Gérard ( 1640-1703 )

AUDRAN, Gérard ( 1640-1703 )

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Un effet remarquable de la Perspective, c’est que plus les objets paroissent éloignés, moins ils doivent être finis : c’est ce qui arrive dans la Nature quand on regarde un objet éloigné, par exemple une figure vêtüe : on n’y distingue plus que les masses générales, & l’on perd tous les détails, soit des têtes, soit des plis de vêtemens, & même leurs différentes couleurs ; la Gravûre qui n’est qu’une imitation de la Nature doit la suivre dans tous ses effets, & rendre les objets qu’elle représente de plus en plus informes à proportion de leur éloignement. C’est pourquoi l’on évitera en gravant les figures éloignées d’en dessiner les formes avec des contours bien marqués & ressentis en beaucoup d’endroits qui les détermineroient trop ; mais il faut les tracer par grandes parties & comme un croquis, & les ombrer par couches plates à peu près de la même façon qu’un Sculpteur ébauche une figure de terre. Le fameux Gerard Audran en a donné des exemples inimitables dans tous ses ouvrages, comme on le peut voir entr’autres dans l’Estampe de Pyrrhus sauvé, qu’il a gravé d’après le Poussin, où il a rendu d’une manière digne d’admiration la touche large & plate du pinceau [p. 80 134] dans les lointains & dans les fonds.

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Estienne La Belle, qu’on peut regarder comme un modèle de perfection pour la Gravûre en petit, infiniment préférable à Callot pour la gentillesse de son travail, en un mot qui est dans son genre ce que Gerard Audran est dans le grand, ne s’est pas non plus piqué de cette roideur & de cet arrangement de belles tailles que M. Bosse recommande avec tant de soin. Au contraire sa maniere est un composé de petites tailles courtes & mêlées les unes avec les autres avec un goût & un esprit inexprimable, & il est étonnant que se servant du vernis dur, il ait pû graver d’une façon si souple, & éviter l’infléxibilité que l’on aperçoit dans les ouvrages de ses prédécesseurs.

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Estienne La Belle, qu’on peut regarder comme un modèle de perfection pour la Gravûre en petit, infiniment préférable à Callot pour la gentillesse de son travail, en un mot qui est dans son genre ce que Gerard Audran est dans le grand, ne s’est pas non plus piqué de cette roideur & de cet arrangement de belles tailles que M. Bosse recommande avec tant de soin. Au contraire sa maniere est un composé de petites tailles courtes & mêlées les unes avec les autres avec un goût & un esprit inexprimable, & il est étonnant que se servant du vernis dur, il ait pû graver d’une façon si souple, & éviter l’infléxibilité que l’on aperçoit dans les ouvrages de ses prédécesseurs.

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On ne voit en effet que M. Gerard Audran qui peut à juste titre passer pour le plus excellent Graveur d’Histoire qui ait jamais parû, ait recherché cette extrême propreté ni ce servile arrangement de tailles qui est essentiel à la Gravûre au Burin. Au contraire par un mêlange de hachûres libres & de points mis en apparence sans ordre, mais avec un goût inimitable, il a laissé à la postérité des exemples admirables du véritable caractere dans lequel la Gravûre d’Histoire doit être traitée. Ses ouvrages malgré la grossierté du travail qui paroît dans quelqu’uns & qui peut déplaire aux ignorans, font l’admiration des Connoisseurs & des personnes de bon goût.

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& il est certain qu’avant l’invention de l’eau forte il manquoit quelque chose à la Gravûre, surtout pour bien rendre les tableaux d’histoire lorsqu’ils sont peints avec facilité & hardiesse.
Les Portraits demandent à être faits au Burin & l’on voit peu d’exemples que ceux que l’on a avancés à l’au forte [sic] ayent bien réussi. L’expérience fait voir que quoiqu’il y en ait quelqu’uns qui soient estimés comme ceux de Morin, Suyderhoof & autres, néanmoins ceux de Nanteuil, Edelinck, [p. Xxiv 28] & Drevet, sont les chefs-d’oeuvre les plus estimés en ce genre ; la raison de cette préférence vient de la façon différente dont on peint l’histoire & le portrait. Dans l’histoire on supprime toutes les petites parties pour s’attacher aux grandes, & l’on peint sans s’arrêter à des détails peu importans, comme seroient les cristallins & paupieres ou petits plis qui environnent ordinairement les yeux : l’on néglige de marquer sensiblement les différentes petites demi-teintes qi se trouvent entre les ombres & les jours, ou si on le fait, c’est de maniere qui ne paroît point recherchée, & qui est toûjours subordonnée à l’effet général du Tableau. Le Peintre entierement maître de son sujet, & n’ayant point d’objet particulier en vûë qui puisse l’attacher servilement, n’est occupé que du soin de former des traits grands & hardis qui puissent concourir à l’intelligence générale du sujet.

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C’est ce fini & cette exécution précise qui est parfaitement rendue par la propreté du Burin ; au lieu que le pinceau libre de l’histoire est mieux rendu par la hardiesse & la facilité de la pointe à l’eau forte. 
On peut en donner pour exemple les morceaux d’histoire gravés par
P. Drevet le fils, qui sont admirables pour la finesse [p. XXV 29] & la beauté du travail, mais beaucoup trop finis pour le caractere de l’histoire, ce qui fait dire aux gens de goût que c’est un fort beau travail mais très-déplacé, & qui ne sert qu’à faire paroître les figures comme si elles étoient de bronze. On peut voir aussi la famille de Darius gravée par Edelinck dont la gravûre quoique parfaite pour le Burin, est beaucoup moins convenable dans un pareil morceau, que celle de Gerard Audran. On remarquera à cette occasion que plusieurs Graveurs au burin très-habiles, entr’autres Bolswert, ayant à graver des sujets d’histoire, ont imité autant que le burin le peut faire, ce désordre pittoresque & ce mélange de travail que l’eau forte produit avec tant de succès. 

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Laissons donc la Gravûre au Burin briller dans l’exécution des portraits où l’eau forte n’est pas si heureuse, & réservons-la pour les morceaux d’histoire où elle répand plus de goût & de facilité, & pour le petit à qui elle donne un esprit & un caractere de dessein que le Burin auroit bien de la peine à imiter.

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Un effet remarquable de la Perspective, c’est que plus les objets paroissent éloignés, moins ils doivent être finis : c’est ce qui arrive dans la Nature quand on regarde un objet éloigné, par exemple une figure vêtüe : on n’y distingue plus que les masses générales, & l’on perd tous les détails, soit des têtes, soit des plis de vêtemens, & même leurs différentes couleurs ; la Gravûre qui n’est qu’une imitation de la Nature doit la suivre dans tous ses effets, & rendre les objets qu’elle représente de plus en plus informes à proportion de leur éloignement. C’est pourquoi l’on évitera en gravant les figures éloignées d’en dessiner les formes avec des contours bien marqués & ressentis en beaucoup d’endroits qui les détermineroient trop ; mais il faut les tracer par grandes parties & comme un croquis, & les ombrer par couches plates à peu près de la même façon qu’un Sculpteur ébauche une figure de terre. Le fameux Gerard Audran en a donné des exemples inimitables dans tous ses ouvrages, comme on le peut voir entr’autres dans l’Estampe de Pyrrhus sauvé, qu’il a gravé d’après le Poussin, où il a rendu d’une manière digne d’admiration la touche large & plate du pinceau [p. 80 134] dans les lointains & dans les fonds. Cela semble assez facile, & ne se trouve cependant bien rendu que dans les ouvrages de ceux qui sont consommés dans cet Art ; c’est que la plus grande difficulté des Arts dont le Dessein est la base, n’est pas de finir & détailler beaucoup, mais de sçavoir supprimer à propos le travail superflu pour ne laisser que le nécessaire. Il arrive que trop souvent que le Graveur séduit par le plaisir de faire un morceau qui paroisse fort soigné, s’amuse à finir la tête d’une figure éloignée avec des beaux petits points arrangés avec beaucoup de propreté ; mais il prodigue sa peine bien mal-à-propos, car cet ouvrage qui placé ailleurs pourroit avoir son mérite, lui fait commettre une lourde faute contre le sens commun & le bon goût du dessein.

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Un effet remarquable de la Perspective, c’est que plus les objets paroissent éloignés, moins ils doivent être finis : c’est ce qui arrive dans la Nature quand on regarde un objet éloigné, par exemple une figure vêtüe : on n’y distingue plus que les masses générales, & l’on perd tous les détails, soit des têtes, soit des plis de vêtemens, & même leurs différentes couleurs ; la Gravûre qui n’est qu’une imitation de la Nature doit la suivre dans tous ses effets, & rendre les objets qu’elle représente de plus en plus informes à proportion de leur éloignement.

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On ne voit en effet que M. Gerard Audran qui peut à juste titre passer pour le plus excellent Graveur d’Histoire qui ait jamais parû, ait recherché cette extrême propreté ni ce servile arrangement de tailles qui est essentiel à la Gravûre au Burin.

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On ne voit en effet que M. Gerard Audran qui peut à juste titre passer pour le plus excellent Graveur d’Histoire qui ait jamais parû, ait recherché cette extrême propreté ni ce servile arrangement de tailles qui est essentiel à la Gravûre au Burin. Au contraire par un mêlange de hachûres libres & de points mis en apparence sans ordre, mais avec un goût inimitable, il a laissé à la postérité des exemples admirables du véritable caractere dans lequel la Gravûre d’Histoire doit être traitée. Ses ouvrages malgré la grossierté du travail qui paroît dans quelqu’uns & qui peut déplaire aux ignorans, font l’admiration des Connoisseurs & des personnes de bon goût.

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Estienne La Belle, qu’on peut regarder comme un modèle de perfection pour la Gravûre en petit, infiniment préférable à Callot pour la gentillesse de son travail, en un mot qui est dans son genre ce que Gerard Audran est dans le grand, ne s’est pas non plus piqué de cette roideur & de cet arrangement de belles tailles que M. Bosse recommande avec tant de soin. Au contraire sa maniere est un composé de petites tailles courtes & mêlées les unes avec les autres avec un goût & un esprit inexprimable, & il est étonnant que se servant du vernis dur, il ait pû graver d’une façon si souple, & éviter l’infléxibilité que l’on aperçoit dans les ouvrages de ses prédécesseurs.

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& il est certain qu’avant l’invention de l’eau forte il manquoit quelque chose à la Gravûre, surtout pour bien rendre les tableaux d’histoire lorsqu’ils sont peints avec facilité & hardiesse.
Les Portraits demandent à être faits au Burin & l’on voit peu d’exemples que ceux que l’on a avancés à l’au forte [sic] ayent bien réussi. L’expérience fait voir que quoiqu’il y en ait quelqu’uns qui soient estimés comme ceux de Morin, Suyderhoof & autres, néanmoins ceux de Nanteuil, Edelinck, [p. Xxiv 28] & Drevet, sont les chefs-d’oeuvre les plus estimés en ce genre ; la raison de cette préférence vient de la façon différente dont on peint l’histoire & le portrait. Dans l’histoire on supprime toutes les petites parties pour s’attacher aux grandes, & l’on peint sans s’arrêter à des détails peu importans, comme seroient les cristallins & paupieres ou petits plis qui environnent ordinairement les yeux : l’on néglige de marquer sensiblement les différentes petites demi-teintes qi se trouvent entre les ombres & les jours, ou si on le fait, c’est de maniere qui ne paroît point recherchée, & qui est toûjours subordonnée à l’effet général du Tableau. Le Peintre entierement maître de son sujet, & n’ayant point d’objet particulier en vûë qui puisse l’attacher servilement, n’est occupé que du soin de former des traits grands & hardis qui puissent concourir à l’intelligence générale du sujet.

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C’est ce fini & cette exécution précise qui est parfaitement rendue par la propreté du Burin ; au lieu que le pinceau libre de l’histoire est mieux rendu par la hardiesse & la facilité de la pointe à l’eau forte. 
On peut en donner pour exemple les morceaux d’histoire gravés par
P. Drevet le fils, qui sont admirables pour la finesse [p. XXV 29] & la beauté du travail, mais beaucoup trop finis pour le caractere de l’histoire, ce qui fait dire aux gens de goût que c’est un fort beau travail mais très-déplacé, & qui ne sert qu’à faire paroître les figures comme si elles étoient de bronze. On peut voir aussi la famille de Darius gravée par Edelinck dont la gravûre quoique parfaite pour le Burin, est beaucoup moins convenable dans un pareil morceau, que celle de Gerard Audran. On remarquera à cette occasion que plusieurs Graveurs au burin très-habiles, entr’autres Bolswert, ayant à graver des sujets d’histoire, ont imité autant que le burin le peut faire, ce désordre pittoresque & ce mélange de travail que l’eau forte produit avec tant de succès. 

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Un effet remarquable de la Perspective, c’est que plus les objets paroissent éloignés, moins ils doivent être finis : c’est ce qui arrive dans la Nature quand on regarde un objet éloigné, par exemple une figure vêtüe : on n’y distingue plus que les masses générales, & l’on perd tous les détails, soit des têtes, soit des plis de vêtemens, & même leurs différentes couleurs ; la Gravûre qui n’est qu’une imitation de la Nature doit la suivre dans tous ses effets, & rendre les objets qu’elle représente de plus en plus informes à proportion de leur éloignement. C’est pourquoi l’on évitera en gravant les figures éloignées d’en dessiner les formes avec des contours bien marqués & ressentis en beaucoup d’endroits qui les détermineroient trop ; mais il faut les tracer par grandes parties & comme un croquis, & les ombrer par couches plates à peu près de la même façon qu’un Sculpteur ébauche une figure de terre. Le fameux Gerard Audran en a donné des exemples inimitables dans tous ses ouvrages, comme on le peut voir entr’autres dans l’Estampe de Pyrrhus sauvé, qu’il a gravé d’après le Poussin, où il a rendu d’une manière digne d’admiration la touche large & plate du pinceau [p. 80 134] dans les lointains & dans les fonds.

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Un effet remarquable de la Perspective, c’est que plus les objets paroissent éloignés, moins ils doivent être finis : c’est ce qui arrive dans la Nature quand on regarde un objet éloigné, par exemple une figure vêtüe : on n’y distingue plus que les masses générales, & l’on perd tous les détails, soit des têtes, soit des plis de vêtemens, & même leurs différentes couleurs ; la Gravûre qui n’est qu’une imitation de la Nature doit la suivre dans tous ses effets, & rendre les objets qu’elle représente de plus en plus informes à proportion de leur éloignement. C’est pourquoi l’on évitera en gravant les figures éloignées d’en dessiner les formes avec des contours bien marqués & ressentis en beaucoup d’endroits qui les détermineroient trop ; mais il faut les tracer par grandes parties & comme un croquis, & les ombrer par couches plates à peu près de la même façon qu’un Sculpteur ébauche une figure de terre. Le fameux Gerard Audran en a donné des exemples inimitables dans tous ses ouvrages, comme on le peut voir entr’autres dans l’Estampe de Pyrrhus sauvé, qu’il a gravé d’après le Poussin, où il a rendu d’une manière digne d’admiration la touche large & plate du pinceau [p. 80 134] dans les lointains & dans les fonds. Cela semble assez facile, & ne se trouve cependant bien rendu que dans les ouvrages de ceux qui sont consommés dans cet Art ; c’est que la plus grande difficulté des Arts dont le Dessein est la base, n’est pas de finir & détailler beaucoup, mais de sçavoir supprimer à propos le travail superflu pour ne laisser que le nécessaire. Il arrive que trop souvent que le Graveur séduit par le plaisir de faire un morceau qui paroisse fort soigné, s’amuse à finir la tête d’une figure éloignée avec des beaux petits points arrangés avec beaucoup de propreté ; mais il prodigue sa peine bien mal-à-propos, car cet ouvrage qui placé ailleurs pourroit avoir son mérite, lui fait commettre une lourde faute contre le sens commun & le bon goût du dessein.