COULEURS (DE LA PEINTURE À HUILE) (n.)

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Quotation

Lors qu’en Flandre un Peintre [ndr : Van Eyck] qui estoit en assez grande reputation en ce païs-là, & qui se plaisoit dans les secrets de la Chymie, reconnoissant aussi bien que les autres l’incommodité qu’il y avoit de travailler à détrempe, s’apperceut aprés plusieurs essais & diverses experiences, qu’en broyant les couleurs avec de l’huile de noix ou de lin, il s’en faisoit une Peinture solide, qui non seulement resistoit à l’eau, mais encore qui conservoit une vivacité & un lustre qui n’avoit pas besoin de vernix. Il vit de plus, que le mélange & les teintes des couleurs se faisant bien mieux avec de l’huile qu’autrement, les Tableaux avoient beaucoup plus d’union, plus de force & plus de douceur.
Comme il fut extrémement joyeux d’avoir fait une découverte si utile & si avantageuse, il acheva plusieurs Ouvrages dans cette nouvelle maniere ; entre lesquels il y eut un Tableau qu’il jugea digne d’être présenté à Alfonce I. Roy de Naples. Il estoit composé de plusieurs Figures assez bien travaillées. Mais son coloris tout extraordinaire fut ce qui agrea le plus au Roy, et qui surprit tous les sçavants de ces quartiers-là.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs
MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la peinture

Quotation

on representa, que les anciens au sortir de la pratique de peindre à détrempe tomberent en quelque sorte de dureté par la grande force des ombres, comme on le peut remarquer en quelques ouvrages de Jule Romain, de Raphael, & autres, tant de l’École des Romains, que celles des Lombards qui ont travaille dans ces premiers tems là, où l’usage des reflexs, n’étoit point encore connu, que les reflexs sont d’une grande utilité pour produire l’union dans les couleurs, portants quelque chose des couleurs voisines dans l’ombre des corps, sur lesquels ils rejalissent, ce qui est l’avantage des siecles suivants où les habilles hommes se sont étudiés à la belle oeconomie & dispensation des couleurs, qui est le plus bel effet que peut produire leur raisonnable mariage ; Il faut de plus considerer leur valeur pour les ranger en sorte qu’elles puissent mutuellement s’entre-aider & se faire valoir par un judicieux contraste, leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancés ou reculées, & leur union pour les associer en une agreable correspondance ; mais on considera aussi qu’en s’attachant à ce menagement harmonieux des couleurs, on ne devoit pas negliger le bon choix des matieres & leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures, & l’avoisinement de celles qui peuvent causer quelque aigreur ou dureté à la vuë & sur tout dans leur Emploi, les appliquer proprement, chaque teinte en sa place ne les brouillant & tourmentant que le moins qu’il est possible, sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage, & l’éclat, en n’y approchant que des couleurs sales pour les faire paroître d’autant plus vives & plus fraiches ; enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.

Comme de nombreuses autres parties de texte, ce passage de Testelin est repris par Florent Le Comte dans son Cabinet des singularitez (...), plus précisément aux pages 69-71 de son édition de 1699-1700 (Paris, Etienne Picart & Nicolas Le Clerc). Le Comte reprend également la Table des Préceptes sur la Couleur aux pages 50-53.

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la peinture
CONCEPTION DE LA PEINTURE → couleur
EFFET PICTURAL → qualité des couleurs

Quotation

les COULEURS se doivent considerer à l’égard de leur employ, soit à huile, ou à l’eau.
A l’huile, remarquant premierement leur PREPARATION, observant qu’il les faut broyer le plus fin & le plus proprement qu’il est possible, choisissant toûjours les plus belles.
Qu’en les mettant sur la palete, il faut allier d’huile ou autres choses siccatives celles qui ne sechent point d’elles-mêmes.
Qu’il faut détremper les teintes dont l’on aura besoin, en moindre nombre qu’il sera possible, étant plus facile de les trouver avec le pinceau.

Ne doit-on pas considerer leur APPLICATION à l’égard des diverses manieres de peindre dans les ouvrages coloriez, pour les grands morceaux où l’on travaille de deux manieres ? PREMIEREMENT, en couchant les couleurs pleinement, pour les empâter & incorporer mouëlleusement ce qui les fait subsister davantage.
SECONDEMENT, ne faisant que froter avec un peu de couleur & clair d’huile, ce qui est plus prompt & paroît agreable, mais qui se passe tôt, devenant dur & sec.

term translated by COLEUR in LE COMTE, Florent, Het konst-cabinet der bouw- schilder- beeldhouw- en graveerkunde, of inleiding tot de kennis dier fraaije weetenschappen, vervat in der schilderyen, stand-beelden en prenten, trad. par LOBEDANIUS, Arnoldus, Utrecht, Arnoldus Lobedanius - 1745, 2 vol., p. 38

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MATERIALITE DE L’ŒUVRE → couleurs
MATERIALITE DE L’ŒUVRE → technique de la peinture