PATHÉTIQUE (adj.)

HARTMANN, Pierre, Du sublime : de Boileau à Schiller, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1997.

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Chap. VI, Des cinq Sources du Grand.
Il y a, pour ainsi dire, cinq Sources principales du Sublime : mais ces cinq Sources présupposent, comme pour fondement commun,
une Faculté de bien parler ; sans quoi tout le reste n’est rien.
Cela posé, la premiere & la plus considerable est
une certaine Elevation d’esprit qui nous fait penser heureusement les choses […].
La seconde consiste dans le
Pathetique : j’entens par Pathetique, cet Enthousiasme, & cette vehemence naturelle qui touche & qui émeut. Au reste à l’égard de ces deux premieres, elles doivent presque tout à la Nature, & il faut qu’elles naissent en nous : au lieu que les autres dépendent de l’Art en partie.
La troisiéme n’est autre chose que
les Figures tournées d’une certaine maniere. Or les Fgures sont de deux sortes les Figures de Pensée, & les Figures de Diction.
Nous mettons pour la quatriesme,
la Noblesse de l’expression, qui a deux parties, le choix des mots, & la diction elegante & figurée.
Pour la cinquiéme qui est celle, à proprement parler, qui produit le Grand & qui renferme en soi toutes les autres,
c’est la Composition & l’arrangement des paroles dans toute leur magnificence & leur dignité.
[…]. Et certainement […] pour avoir creu que le Sublime & le Pathetique
naturellement n’alloient jamais l’un sans l’autre, & ne faisoient qu’un, il [ndr : Cecilius] se trompe : puis qu’il y a des Passions qui n’ont rien de Grand ; & et qui ont mesme quelque chose de bas comme l’Affliction, la Peur, la Tristesse : & qu’au contraire il se rencontre quantité de choses grandes & sublimes, où il n’entre point de passion.

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[…]  si les Figures naturellement soûtiennnent le Sublime, le Sublime de son costé soûtient merveilleusement les Figures. […] il n’y a point de Figure plus excellente que celle qui est tout-à-fait cachée, & lorsqu’on ne reconnoist point que c’est une Figure. Or il n’y a point de secours ni de remede plus merveilleux pour l’empescher de paroître, que le Sublime & le Pathetique, par ce que l’Art ainsi renfermé au milieu de quelque chose de Grand & d’éclatant, a tout ce qui lui manquoit, & n’est plus suspect d’aucune tromperie. [….] Comment est-ce que l’Orateur a caché la figure dont il se sert ? N’est-il pas aisé de reconnoistre que c’est par l’éclat mesme de sa pensée ? Car comme les moindres lumieres s’évanoüissent, quand le Soleil vient à les éclairer ; de mesme, toutes ces subtilitez de Rhetorique disparoissent à la veüe de cette grandeur qui les environne de tous costés. La mesme chose à peu prés arrive dans la peinture. En effet qu’on tire plusieurs lignes paralleles sur un mesme plan, avec les jours & les ombres : il est certain que ce qui se presentera d’abord à la veuë, ce sera le lumineux, à cause de son grand éclat qui fait qu’il semble sortir hors du tableau, & s’approcher en quelque façon de nous. Ainsi le Sublime & le Pathetique, soit par une affinité naturelle qu’ils ont avec les mouvemens de nostre ame, soit à cause de leur brillant, paroissent davantage, & semblent toucher de plus prés notre esprit que les Figures, dont ils cachent l’art, & qu’ils mettent comme à couvert.

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