TESTELIN, Henry ( 1616-1695 )

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Premierement, la passion est un mouvement de l’Ame, qui reside en la partie sensitive, lequel se fait pour suivre ce que l’Ame pense lui être bon, ou pour fuir ce qu’elle pense lui être mauvais ; & d’ordinaire tout ce qui cause à l’Ame de la passion, fait faire au corps quelque action. 
Comme il est donc vrai que la plus grande partie des passions de l’Ame produisent des actions corporelles, il est necessaire que nous sçachions quelles sont les actions du corps qui expriment les passions, & ce que c’est qu’action. 
L’action n’est autre chose que le mouvement de quelque partie, & le changement ne se fait que par le changement des muscles, les muscles n’ont de mouvement que par l’extremité des nerfs qui passent au travers, les nerfs n’agissent que par les esprits qui sont contenus par les cavités du cerveau, & le cerveau ne reçoit les esprits que du sang, qui passe continuellement par le cœur, qui l’échauffe & le rarefie de telle sorte qu’il produit un certain air subtil qui se porte au cerveau, & qui le remplit. 
[…]

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Il faut aussi remarquer que les figures qui sont d’une belle proportion font ordinairement des actions grandes & majestueuses, par la relation qu’il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent ; que la noblesse & la majesté des actions consistent dans la grandeur & dans la liberté des parties ; que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d’agilité ; que la force d’un homme paroît à avoir la poitrine large, les épaules grosses & pleines, les bras puissans, dont les muscles soient ressentis & les articles bien noüés ; que l’agilité se remarque par les hanches étroittes, les genoüils & les chevilles des pieds resserrées, le gras de la jambe troussé & un peu charnu, ce que l’on peut voir sur le naturel par les mouvemens que l’on lui peut faire prendre, & sur les figures antiques de l’APOLLON, du BACCHUS, des LUTTEURS & du GLADIATEUR.

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Que ce que l’on appelloit ACTION, n’est autre chose que le mouvement de quelque partie, & que ce mouvement ne se fait que par le changement des muscles, lesquels ne se meuvent que par l’entremise des nerfs qui les lient, & qui passent au travers d’eux. Que les nerfs n’agissent que par les esprits qui sont contenus dans les cavitez du cerveau, & que le cerveau ne reçoit ces esprits que du sang, qui passant continuellement par le cœur, fait qu’il se rechauffe, & se rarefie de telle sorte, que le plus subtil monte, & porte au cerveau certains petits airs ou vapeurs, lesquels passant par une infinité de petits vaisseaux, dont le cerveau est rempli, s’y spiritualisent, d’où ils se répandent aux autres parties, par le moyen des nerfs qui sont comme autant de filets, ou tuyaus qui portent ces esprits dans les muscles, selon qu’ils en ont besoin, plus ou moins, pour faire l’action à laquelle ils sont appellez : ainsi le muscle qui agit le plus, reçoit le plus d’esprits, & par consequent devient plus enflé que les autres.

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Il faut considerer les ACTIONS, observant qu’on doit éviter l’affectation des attitudes contraintes, & extravagantes, tenant un milieu entre ce qui s’appelle exageré, ou insipide, que dans les figures foibles & maigres, l’on ne doit point étendre les membres, cherchant quelque occasion de les couvrir.
QU’il faut observer generalement dans toutes les figures du corps humain de bien poser la tête entre les deux épaules, le tronc sur les hanches, & le tout sur les pieds en une juste ponderation, & un contraste d’un dessein varié dans ses attitudes, sans quoy le naturel même se voit sans mouvement, ou contraint dans ses actions.
TROISIEMEMENT ; Il faut considerer les VETEMENS, observant que l’on doit ajuster les draperies sur les figures comme de veritables vétemens, & non comme des étoffes jettées au hazard.
Disposer les plis noblement, dans lesquels le nud paroisse juste.
Qu’en ajustant les plis, il faut soulever l’étoffe, pour que l’air en soutienne les plis, les faisant couler doucement & mouëlleusement.
Le CONTRASTE que l’on peut considerer à l’égard,
Des actions, dont la varieté peut être infinie, selon la diversité qui se rencontre dans les sujets insidens, & la constitution particuliere de chaque figure.

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Il faut reflechir sur la force, & le degré des couleurs, lesquelles on doit coucher tres-fortes au premier coup, parce qu’il est plus facile d’affoiblir celles qu’on veut éloigner, & de rehausser sur les autres.

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Il faut aussi remarquer que les figures qui sont d’une belle proportion font ordinairement des actions grandes & majestueuses, par la relation qu’il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent ; que la noblesse & la majesté des actions consistent dans la grandeur & dans la liberté des parties ; que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d’agilité ; que la force d’un homme paroît à avoir la poitrine large, les épaules grosses & pleines, les bras puissans, dont les muscles soient ressentis & les articles bien noüés ; que l’agilité se remarque par les hanches étroittes, les genoüils & les chevilles des pieds resserrées, le gras de la jambe troussé & un peu charnu, ce que l’on peut voir sur le naturel par les mouvemens que l’on lui peut faire prendre, & sur les figures antiques de l’APOLLON, du BACCHUS, des LUTTEURS & du GLADIATEUR.

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Quant à l’Allegorie, il faut considerer la difference qu’il y a entre des figures de Divinitez fabuleuses, & des figures Allegoriques ; que souvent la Fable est incompatible avec la verité, ; mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d’un excellent genie, de l’empêcher de joindre l’Allegorie à l’Histoire, pour en exprimer les mysteres, lorsqu’il le peut faire sans nuire à l’intelligence du sujet, & qu’il sçait caracteriser ses expressions par des touches d’autant plus spirituelles, qu’elles sont speciales à son sujet. […] C’est ce qui a fait dire que la Peinture est une Poësie muette, & la Rhetorique des Peintres.

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En l’attitude du GLADIATEUR, il faut remarquer la position de la figure & le contraste de ses parties ; en l’une l’on trouvera parfaitement bien observée la ponderation, qui est la regle de la bien poser sur son plan, & que le creux du col porte à plomb sur la cheville du pied qui soutient tout le corps, & dans l’autre l’on observera cette maxime à l’égard des actions agissantes, à sçavoir que quand un bras se leve & se hausse, la jambe du même côté doit baisser & reculer, ainsi du reste.

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D. Mais comment connoître ce BEAU NATUREL ?
R. Je vous diray que dans la Peinture l’on doit tenir pour beau, ce qui imite le mieux le naturel dans un choix raisonnable ; que dans les choses naturelles, il faut distinguer le naturel simple d’avec le naturel composé, & dans ce dernier, faire distinction du regulier, ou de celuy qui peut être rustique ; parce que dans le regulier, la beauté consiste en la symetrie & la belle ordonnance de l’Art, & quant au rustique sa beauté consiste dans l’irrégularité champêtre.
Dans les objets naturellement simples à l’égard des choses inanimées, la beauté se rencontre dans les bizarres productions d’une terre inculte, qui forme toutes choses irrégulièrement, dont les aspects se rencontrent plaisans, selon les accidens de lumiere & autres choses qui y surviennent, & qui sont des effets admirables & charmans.
Mais la veritable beauté d’un Tableau consiste en la conformité de toutes les parties qui entrent en la composition & ordonnance, avec une judicieuse expression.
Quant à ce qui est du corps humain, chacun sçait que sa beauté n’est que dans la régularité de ses parties, & dans la précision de ses proportions, selon l’expression & le caractere des vertus & des fonctions qui luy sont appropriées. Il faut dire aussi que l’on trouve ordinairement les choses belles & estimables en quatre manieres ; PREMIEREMENT à cause de la commodité, SECONDEMENT de l’utilité, TROISIEMEMENT de la nouveauté ; & en dernier lieu à cause de leur rareté.
Or comme l’utilité de la Peinture est de plaire aux yeux, & de satisfaire à l’esprit par la representation des choses absentes ; le Peintre ne peut avoir trop de soin d’imiter le naturel dans sa verité, & de choisir les plus agréables aspects.

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Mais la veritable beauté d’un Tableau consiste en la conformité de toutes les parties qui entrent en la composition & ordonnance, avec une judicieuse expression.

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Quant aux Tableaux d’une seule couleur qu’on appelle CAMAYEUX, l’on observe la dégradation des couleurs pour les choses éloignées par le clair & l’obscur, comme avec le crayon.

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dans la DISPOSITION ou ORDONNANCE, il y a trois parties à considerer. PREMIEREMENT, la COMPOSITION DU LIEU [...] La DISPOSITION DES FIGURES selon les grouppes, lesquels font liaison du sujet & arrêtent la vûë ; où il faut considerer quatre choses. La conjonction des figures, ce que l’on appelle GROUPPE, (mot Italien qui veut dire assemblage de plusieurs corps).
La proximité des figures, qu’on peut nommer LA CHAINE.

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je veux donc expliquer ce que c’est que LA PEINTURE. C’est un ART qui par le moyen de la forme & des couleurs imite tous les objets qui tombent sous le sens de la vûë, & c’est ce qui la distingue de tous les autres Arts. Elle est composée du DESSEIN & du COLORIS, l’un est le genre, & l’autre est la difference : Le genre se communique à plusieurs Arts, & c’est aussi ce qui le rend moins noble que la difference, qui est un bien propre à sa seule espece : or ces deux parties sont tellement necessaires qu’elles ne peuvent subsister parfaitement l’une sans l’autre ; car le Dessein tout seul est quelque chose d’imparfait à l’égard de la Peinture, n’étant le fondement du Coloris, & ne subsistant avant luy, que pour en recevoir toute sa perfection […] la nature commence toujours par les choses les moins parfaites, & par consequent l’Art aussi qui en est l’imitateur. A l’égard d’être plus ou moins necessaires pour faire un tout, ces deux parties le sont également ; […] n’y a-t-il point de Peinture si le Coloris n’est joint au Dessein : or comme LE DESSEIN est le plus necessaire, puisqu’il faut qu’il paroisse le premier, il est juste de se donner des regles pour s’y perfectionner

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dans la DISPOSITION ou ORDONNANCE, il y a trois parties à considerer. PREMIEREMENT, la COMPOSITION DU LIEU, à l’égard de la disposition des choses qui doivent servir de fond, qui sont Païsages inhabitez ou habitez.
Des BATIMENS, qui sont champetres ou reguliers, comme Architecture, dont la difference se connoît par ses Ordres, & par ses Aspectes. L’assemblage des deux, où il faut tenir pour maxime generale ; 1°. De composer de grandes parties. 2°. De negliger de certains endroits, pour faire valoir les autres. 3°. Faire paroître de l’agitation à toutes les choses mobiles ; prendre garde au plan, & à la position des corps, qui sont solides & fermes naturellement, comme les montagnes, ou par artifice, comme les bâtimens.
Ou MOBILES, soit par un mouvement volontaire comme les animaux ; ou par quelque puissance étrangere, comme les plantes & machines artificielles.
Ou ELOIGNES en toutes les differences qui se peuvent rencontrer, tant par ceux qui sont élevez, qu’abaissez.
La DISPOSITION DES FIGURES selon les grouppes, lesquels font liaison du sujet & arrêtent la vûë ; où il faut considerer quatre choses. La conjonction des figures, ce que l’on appelle GROUPPE, (mot Italien qui veut dire assemblage de plusieurs corps).
La proximité des figures, qu’on peut nommer LA CHAINE.

Que le grouppe soit soutenu de quelque chose qui lui serve d’arboutant, c’est ce que l’on peut nommer aussi LE SOUTIEN, & qui le joint avec tous les grouppes, bien que détachez les uns des autres.

Et l’application du clair & de l’obscur.

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Au sujet de la figure du Laocoon & de ses deux enfans qu’Agesander, Polidorus & Athenodorus jadis si celebres Sculpteurs ont rendu comme un miracle de l’Art, je pourrois entrer en déduction du mouvement des MUSCLES, leurs situations, leurs formes, leurs principes, leur étenduë & leurs offices, […] cela fait remarquer que tous les mouvemens se font de la vertu qui leur est envoyée par la volonté ; que c’est la raison pour laquelle ils sont définis des instrumens immediats du mouvement volontaire ; qu’il y en a de quatre sortes. Le premier, la contraction, qui se fait lors que le muscle se retire à son principe ; le second, la conservation de l’action ; le troisième, la relaxation, & le quatrième, la decadence ou abatemens des parties lors que l’action cesse. De là il sera facile de conclure, que lors qu’un muscle fait son action, il se grossit en se retirant vers son principe, cependant qu’il diminuë & défaut à la fin ; c’est ce qui cause l’inégalité & la beauté des contours : d’où l’on jugera aisément que la connoissance du mouvement des muscles est d’autant plus necessaire aux étudians, qu’elle sera à apprendre la juste proportion du corps humain, & ses veritables contours

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Mais pour venir à ce que vous demandez, cela est bien assez expliqué dans ce qui est rendu public à la Haye par le Sieur Tetelin, & si ce n’étoit qu’on le trouve imprimé, & que par consequent il est facile de le voir ; je dirois bien que toutes les differences à remarquer dans les « PROPORTIONS, se doivent aussi observer à l’égard des CONTOURS, puisque c’est par leur moyen que l’on peut former leur diversité, & qu’il y a quatre sortes de sujets qui forment autant de differences de proportions.
Les sujets vulgaires, Pastorales, & Champêtres doivent avoir leurs contours GROSSIERS, ONDOYANS, & INCERTAINS ; j’apelle ondoyans, la manière de dessiner où l’on ne voit aucun muscle qui commande à l’autre, mais qu’ils s’entresuivent également : Que les grossiers & incertains, sont tels que les muscles paroissent confondus avec les tendons & les arteres, & où rien n’est articulé ; ce qui sera à des sujets simples, & à des gens grossiers.
En des sujets serieux, où la nature doit être representée belle & agreable, les contours doivent être NOBLES & CERTAINS, passant doucement de l’un à l’autre, en formant les parties grandes & précises, comme il paroît aux figures des jeunes hommes & des filles, où l’on ne voit rien d’aigu, mais au contraire, les contours bien coulans.

Quant aux contours qu’on peut nommer GRANDS, FORTS, RESOLUS & ARRETES, ce sont ceux ausquels il ne se trouve rien de douteux, les principaux muscles commandant souverainement aux moindres, où il n’y a rien que de choisi & de bien ordonné : & cette manière de contours artistes excedant la naturel, qu’on appelle PUISSANS, AUSTERES, & TERRIBLES : Puissans, parce qu’ils font paroître les figures grandes & majestueuses, & qu’ils forment de grandes parties ; Austères, n’ayant rien que de solide & de necessaire, laissant à part toute la délicatesse des veines, arteres, & tendons qui se rencontre dans les autres contours : cette manière n’est propre qu’à representer des Divinitez.
Les contours terribles, sont pour des ouvrages éloignés de la vûë, & pour representer des Geans. Ne m’avoüerez-vous pas que sans beaucoup de raisonnement, il est aisé de conclure qu’un Peintre doit éviter autant qu’il sera possible, les contours petits & chetifs, à moins d’y être obligé par la necessité des sujets, & la varieté du contraste, & que le Tableau du Saint Michel, peint par Raphaël, est un illustre Exemple pour appuyer les beaux sentimens que je viens de vous déduire, en considerant la noblesse & la précision des proportions & des contours dans la figure du Saint Michel, & la pesanteur de ceux du Demon, qui fait un si agreable contraste & qui represente si bien la nature des sujets, qu’ils peuvent passer pour regle par leur autorité. »

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Le CONTRASTE que l’on peut considerer à l’égard,
Des actions, dont la varieté peut être infinie, selon la diversité qui se rencontre dans les sujets insidens, & la constitution particuliere de chaque figure.

De la situation des differens aspects qui forment un contraste agreable.
De l’usage qui s’étend universellement sur toutes les parties de la Peinture.

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comme des regles sur l’Ordonnance ne se peuvent donner, & qu’il faut que chacun y agisse selon la disposition & la force de son genie ; aussi cette partie dépendant d’un talent surnaturel, le conseil que peuvent donnez les plus sçavans, se reduit à trois chefs, sçavoir
DE BIEN ETUDIER les Histoires dans les meilleurs Auteurs, afin d’en bien comprendre l’idée principale, & les circonstances essentielles, pour se distinguer des Peintres d’un mediocre merite, & qui ne sont pas moins Peintres sans sçavoir à fond ce qui regarde l’Histoire, de même qu’un homme n’est pas moins homme quelque dépourvû qu’il soit de la vertu qui le doit émouvoir à acquerir les sçiences : ne voyons-nous pas que les Peintres du premier ordre agissans en Maîtres se sont donné des licences d’autant plus imperceptibles qu’elles sont judicieusement raisonnées, avantageusement executées, & que les Histoires autorisent.
DE BIEN MENAGER avec discretion, le contraste en toutes les parties de son dessein, pour en faire comme une agreable harmonie à la vûë ; & enfin
DE S’ATTACHER aux Exemples des plus excellens ouvrages, afin de se remplir l’esprit de belles idées pour s’en servir dans la construction des ordonnances ; &
comme vous pouvez avoir eu la curiosité d’apprendre de quelque habile Peintre, ce que c’est que LA COULEUR, & la manière de l’employer, ce ne sera rien de nouveau pour vous, quand je vous diray que les COULEURS se doivent considerer à l’égard de leur employ, soit à huile, ou à l’eau.

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dans les divers sujets qu’un Peintre peut avoir à traitter, il doit.
Déterminer la situation du lieu, & à l’égard des actions des figures, se proposer la diversité des mouvemens qui peuvent convenir à son sujet, leur ponderation ou soutien en équilibre, leur position sur un plan perspectif, le contraste, les jours & les ombres ; & enfin les couleurs, puisqu’on doit avoir égard également à toutes ces choses dans le projet qu’on fait de l’ordonnance pour le disposer, de sorte que toutes concourent ensemble à l’expression de la principale idée du sujet.

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comme vous pouvez avoir eu la curiosité d’apprendre de quelque habile Peintre, ce que c’est que LA COULEUR, & la manière de l’employer, ce ne sera rien de nouveau pour vous, quand je vous diray que les COULEURS se doivent considerer à l’égard de leur employ, soit à huile, ou à l’eau.
A l’huile, remarquant premierement leur PREPARATION, observant qu’il les faut broyer le plus fin & le plus proprement qu’il est possible, choisissant toûjours les plus belles.
Qu’en les mettant sur la palete, il faut allier d’huile ou autres choses siccatives celles qui ne sechent point d’elles-mêmes.
Qu’il faut détremper les teintes dont l’on aura besoin, en moindre nombre qu’il sera possible, étant plus facile de les trouver avec le pinceau.

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On pourroit parler ensuite de la dégradation des couleurs ou perspectives aëriennes, & qu’il importe beaucoup d’observer la position du Tableau, de quelle lumiere il doit être éclairé pour approprier la douceur ou la force des couleurs.

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je veux donc expliquer ce que c’est que LA PEINTURE. C’est un ART qui par le moyen de la forme & des couleurs imite tous les objets qui tombent sous le sens de la vûë, & c’est ce qui la distingue de tous les autres Arts. Elle est composée du DESSEIN & du COLORIS, l’un est le genre, & l’autre est la difference : Le genre se communique à plusieurs Arts, & c’est aussi ce qui le rend moins noble que la difference, qui est un bien propre à sa seule espece : or ces deux parties sont tellement necessaires qu’elles ne peuvent subsister parfaitement l’une sans l’autre ; car le Dessein tout seul est quelque chose d’imparfait à l’égard de la Peinture, n’étant le fondement du Coloris, & ne subsistant avant luy, que pour en recevoir toute sa perfection […] la nature commence toujours par les choses les moins parfaites, & par consequent l’Art aussi qui en est l’imitateur. A l’égard d’être plus ou moins necessaires pour faire un tout, ces deux parties le sont également ; […] n’y a-t-il point de Peinture si le Coloris n’est joint au Dessein : or comme LE DESSEIN est le plus necessaire, puisqu’il faut qu’il paroisse le premier, il est juste de se donner des regles pour s’y perfectionner

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Il faut ajoûter que LA COULEUR dépend tellement du Dessein qu’il luy est impossible de representer quoy que ce soit, sans son ordonnance & sans sa conduite : qu’ainsi il est très-constant que le merite de la Peinture consiste plutôt dans le Dessein que dans la couleur, & puisque ce qui releve le merite des choses est de dépendre moins d’une cause étrangere, il faut donc conclure que celuy du Dessein est infiniment au-dessus de la Couleur.
C’est pourquoy on ne doit pas juger d’un ouvrage de Peinture, par ce que qui s’y trouve de brillant, mais suivant que la correction, & la précision des parties se trouve conforme aux regles & aux bons raisonnemens, puisqu’à parler proprement, la Peinture comprend tout ce qui se peut representer par le Dessein en quelque manière que ce soit, & que le Coloris n’en est qu’une partie, ce qu’on peut prouver par differens exemples, & particulierement par la Musique, dont les Compositeurs sont appelés Musiciens, encore qu’ils n’ayent ni voix ni instrumens [...] de même le Peintre bon Dessinateur & correct, qui colorie mediocrement, est plus estimable que celuy qui dessine mal avec un beau Coloris : enfin la belle voix peut charmer les ignorans, bien qu’elle ne soit pas soûtenuë de la justesse ; de même le bel éclat de la Couleur peut faire la même chose, encore que le Dessein soit mauvais.

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Quant à la Peinture à L’EAU, l’on y travaille de diverses manieres que l’on nomme, sçavoir :
A DETREMPE, où l’on prepare les couleurs avec de la colle, l’on en travaille sur toute sorte de matiere.

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Or, pour bien pratiquer l’usage des couleurs l’on doit soigneusement observer deux choses. La PREMIERE, d’étudier quelles en sont les proprietez naturelles, reconnoître bien leur valeur, & leurs effets, pour les pouvoir appliquer avec œconomie, associant celles qui se peuvent marier ensemble pour produire une agreable union, & opposer celles qui sont propres à se relever l‘une l’autre par un doux contraste. La SECONDE, de bien menager leur diminution, pour faire enfoncer les objets dans le Tableau, & imiter le plus qu’il est possible les beaux effets du naturel.

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dans la DISPOSITION ou ORDONNANCE, il y a trois parties à considerer. PREMIEREMENT, la COMPOSITION DU LIEU, à l’égard de la disposition des choses [...] La DISPOSITION DES FIGURES selon les grouppes, lesquels font liaison du sujet & arrêtent la vûë ; où il faut considerer quatre choses. La conjonction des figures, ce que l’on appelle GROUPPE, (mot Italien qui veut dire assemblage de plusieurs corps).
La proximité des figures, qu’on peut nommer LA CHAINE.

Que le grouppe soit soutenu de quelque chose qui lui serve d’arboutant, c’est ce que l’on peut nommer aussi LE SOUTIEN, & qui le joint avec tous les grouppes, bien que détachez les uns des autres.

Et l’application du clair & de l’obscur.

SECONDEMENT, Il faut considerer les ACTIONS, [...] TROISIEMEMENT ; Il faut considerer les VETEMENS [...] Le CONTRASTE [...] Après tout cela, vous devez vous imaginer qu’il est marqué que L’ORDONNANCE étant comme l’assemblage & la disposition de toutes les parties de la Peinture, sa composition dépend entierement de la qualité & de la liberté des genies qui conduisent à leur fin les sujets par des moyens faciles, que les lumieres de l’esprit leur font découvrir, & qui rejettant tout ce qui peut partir d’un genie froid, ne sont paroître dans ce qu’ils inventent, que du bon goût dans l’élection des sujets extraordinairement vraysemblable dans leur gravité.

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Il faut considerer les VETEMENS, observant que l’on doit ajuster les draperies sur les figures comme de veritables vétemens, & non comme des étoffes jettées au hazard.
Disposer les plis noblement, dans lesquels le nud paroisse juste.
Qu’en ajustant les plis, il faut soulever l’étoffe, pour que l’air en soutienne les plis, les faisant couler doucement & mouëlleusement.

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Or, pour bien pratiquer l’usage des couleurs l’on doit soigneusement observer deux choses. La PREMIERE, d’étudier quelles en sont les proprietez naturelles, reconnoître bien leur valeur, & leurs effets, pour les pouvoir appliquer avec œconomie, associant celles qui se peuvent marier ensemble pour produire une agreable union, & opposer celles qui sont propres à se relever l‘une l’autre par un doux contraste. La SECONDE, de bien menager leur diminution, pour faire enfoncer les objets dans le Tableau, & imiter le plus qu’il est possible les beaux effets du naturel.

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comme des regles sur l’Ordonnance ne se peuvent donner, & qu’il faut que chacun y agisse selon la disposition & la force de son genie ; aussi cette partie dépendant d’un talent surnaturel, le conseil que peuvent donnez les plus sçavans, se reduit à trois chefs, sçavoir
DE BIEN ETUDIER les Histoires dans les meilleurs Auteurs, afin d’en bien comprendre l’idée principale, & les circonstances essentielles, pour se distinguer des Peintres d’un mediocre merite, & qui ne sont pas moins Peintres sans sçavoir à fond ce qui regarde l’Histoire, de même qu’un homme n’est pas moins homme quelque dépourvû qu’il soit de la vertu qui le doit émouvoir à acquerir les sçiences : ne voyons-nous pas que les Peintres du premier ordre agissans en Maîtres se sont donné des licences d’autant plus imperceptibles qu’elles sont judicieusement raisonnées, avantageusement executées, & que les Histoires autorisent.
DE BIEN MENAGER avec discretion, le contraste en toutes les parties de son dessein, pour en faire comme une agreable harmonie à la vûë ; & enfin
DE S’ATTACHER aux Exemples des plus excellens ouvrages, afin de se remplir l’esprit de belles idées pour s’en servir dans la construction des ordonnances ; &
comme vous pouvez avoir eu la curiosité d’apprendre de quelque habile Peintre, ce que c’est que LA COULEUR, & la manière de l’employer, ce ne sera rien de nouveau pour vous, quand je vous diray que les COULEURS se doivent considerer à l’égard de leur employ, soit à huile, ou à l’eau.

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dans un endroit où il [ndr : Testelin] traite de L’EXPRESSION, vous verrez que le sens de ce qui est dit à ce sujet, est que « le Peintre se doit attacher aux caracteres qui conviennent à l’idée du sujet, & négliger les circonstances qui n’y sont pas absolument necessaires ; qu’il doit être aussi fidèle en ses representations, que l’Historien dans ce qu’il expose ; il faut que leurs expressions soient sublimes par la noblesse du genie qui les y éleve, & tous deux doivent être tres-jalous de la pureté, & verité des Histoires sacrées, puisque la Peinture doit instruire l’esprit aussi-bien que le divertir dans le même moment.

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Les Anciens n’ont-ils pas attribué deux appetits à la partie sensitive de l’ame, rangeant dans le CONCUPISCIBLE, les passions simples & dans l’IRASCIBLE les plus farouches, celles qui sont composées, pretendant que l’amour, la haine, le desir, la joye & la tristesse sont renfermées dans le premier, & que la crainte, la hardiesse, l’esperance, le desespoir, la colere, & la peur resident dans l’autre ; cela peut être expliqué plus au long. On conclut qu’il est impossible de prescrire precisément toutes les marques des differentes passions, à cause de la diversité de la forme, & du temperamment ; qu’un visage plein ne forme pas les mêmes plis, que celui qui sera maigre & desseiché […]. Qu’ainsi le Peintre doit avoir égard à toutes ces differences, pour conformer les expressions des passions au caractere des figures, à la proportion & aux contours.

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Les Anciens n’ont-ils pas attribué deux appetits à la partie sensitive de l’ame, rangeant dans le CONCUPISCIBLE, les passions simples & dans l’IRASCIBLE les plus farouches, celles qui sont composées, pretendant que l’amour, la haine, le desir, la joye & la tristesse sont renfermées dans le premier, & que la crainte, la hardiesse, l’esperance, le desespoir, la colere, & la peur resident dans l’autre ; cela peut être expliqué plus au long. On conclut qu’il est impossible de prescrire precisément toutes les marques des differentes passions, à cause de la diversité de la forme, & du temperamment ; qu’un visage plein ne forme pas les mêmes plis, que celui qui sera maigre & desseiché […]. Qu’ainsi le Peintre doit avoir égard à toutes ces differences, pour conformer les expressions des passions au caractere des figures, à la proportion & aux contours.

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Il faut encore vous dire comme on en doit considerer la valeur, & comme elles [ndr : les couleurs] se peuvent mutuellement entr’aider & se faire valoir par un judicieux contraste ; leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancez & reculez ; & leur union pour les associer en une agreable correspondance. Pour y parvenir, l’on ne doit negliger ni le bon choix des matieres ni leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures. Il faut appliquer proprement chaque teinte en sa place, ne les broüillant & tourmentant que le moins qu’il est possible sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage & l’éclat

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Quant à la Peinture à L’EAU, l’on y travaille de diverses manieres que l’on nomme, sçavoir : [...] A FRESQUE, laquelle est une manière de peindre, à mesure qu’on enduit d’un mortier composé exprés : c’est là, qu’il faut travailler promtement & proprement, pour ne point laisser secher la matiere, appliquant chaque couleur precisément en sa place, les entremêlant par des hachures.

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GEOMETRALEMENT, qui a trois figures, le plan, le profil, & l’élevation.

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L’on doit aussi s’instruire particulierement des regles de la Geometrie & de la Perspective, pour s’en servir facilement & avec sûreté à l’égard des corps solides & immuables, observant comme un moyen fort propre pour dessiner juste, de comparer & opposer les parties qui se rencontrent sur les lignes à plomb, pour se former une espece de Quarré intellectuel ; dessiner les Modelles tels qu’ils sont, sans charger leurs parties, soit qu’ils soient Antiques, ou naturels, qui peuvent être vûs, ou geometralement ou perspectivement, & où l’on doit user de la regle ou du compas.
GEOMETRALEMENT, qui a trois figures, le plan, le profil, & l’élevation.
PERSPECTIVEMENT, qui représente la surface d’un objet, où il faut observer que :
L’on voit l’objet d’une seule vûë, dont les rayons se rassemblent en un seul point.
Que l’œil & l’objet doivent être tous deux immobiles
Qu’
il faut concevoir une superficie comme transparente entre l’œil & l’objet, au travers de laquelle soient marquées toutes les apparences de l’objet : c’est ce que l’on appelle TABLEAU.
Que l’œil, le sujet, & le Tableau doivent être situez en distance convenable, laquelle on détermine ordinairement au double de la grandeur du sujet ou du Tableau. Cette situation ainsi déterminée, est le principe sur lequel on fonde le moyen de representer quelque chose que ce soit en perspective.

Que l’on doit amortir le trait après qu’il aura formé toutes les parties de l’ouvrage pour les Tableaux qui doivent être vûs de prés ; mais pour les éloignez, il doit être artistement prononcé, en sorte neanmoins qu’il ne paroisse point de trait du lieu d’où ils doivent être vûs.

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Quant à la Peinture à L’EAU, l’on y travaille de diverses manieres que l’on nomme, sçavoir : [...] A GOÜACHE, l’on détrempe les couleurs avec de la gomme, & l’on traine le pinceau, comme pour peindre ou laver.

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Il faut aussi remarquer que les figures qui sont d’une belle proportion font ordinairement des actions grandes & majestueuses, par la relation qu’il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent ; que la noblesse & la majesté des actions consistent dans la grandeur & dans la liberté des parties ; que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d’agilité

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dans la DISPOSITION ou ORDONNANCE, il y a trois parties à considerer. PREMIEREMENT, la COMPOSITION DU LIEU, [...] La DISPOSITION DES FIGURES selon les grouppes, lesquels font liaison du sujet & arrêtent la vûë ; où il faut considerer quatre choses. La conjonction des figures, ce que l’on appelle GROUPPE, (mot Italien qui veut dire assemblage de plusieurs corps).
La proximité des figures, qu’on peut nommer LA CHAINE.

Que le grouppe soit soutenu de quelque chose qui lui serve d’arboutant, c’est ce que l’on peut nommer aussi LE SOUTIEN, & qui le joint avec tous les grouppes, bien que détachez les uns des autres.

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comme des regles sur l’Ordonnance ne se peuvent donner, & qu’il faut que chacun y agisse selon la disposition & la force de son genie ; aussi cette partie dépendant d’un talent surnaturel, le conseil que peuvent donnez les plus sçavans, se reduit à trois chefs, sçavoir
DE BIEN ETUDIER les Histoires dans les meilleurs Auteurs, afin d’en bien comprendre l’idée principale, & les circonstances essentielles, pour se distinguer des Peintres d’un mediocre merite, & qui ne sont pas moins Peintres sans sçavoir à fond ce qui regarde l’Histoire, de même qu’un homme n’est pas moins homme quelque dépourvû qu’il soit de la vertu qui le doit émouvoir à acquerir les sçiences : ne voyons-nous pas que les Peintres du premier ordre agissans en Maîtres se sont donné des licences d’autant plus imperceptibles qu’elles sont judicieusement raisonnées, avantageusement executées, & que les Histoires autorisent.
DE BIEN MENAGER avec discretion, le contraste en toutes les parties de son dessein, pour en faire comme une agreable harmonie à la vûë ; & enfin
DE S’ATTACHER aux Exemples des plus excellens ouvrages, afin de se remplir l’esprit de belles idées pour s’en servir dans la construction des ordonnances ; &
comme vous pouvez avoir eu la curiosité d’apprendre de quelque habile Peintre, ce que c’est que LA COULEUR, & la manière de l’employer, ce ne sera rien de nouveau pour vous, quand je vous diray que les COULEURS se doivent considerer à l’égard de leur employ, soit à huile, ou à l’eau.

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Il faut aussi remarquer que les figures qui sont d’une belle proportion font ordinairement des actions grandes & majestueuses, par la relation qu’il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent ; que la noblesse & la majesté des actions consistent dans la grandeur & dans la liberté des parties ; que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d’agilité