LE COMTE, Florent ( v. 1655-v. 1712 )

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On fit remarquer que les figures qui sont d'une belle proportion, font ordinairement des actions grandes & majestueuses par la relation qu'il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent, que la Noblesse & la Majesté des actions consistent en la grandeur & en la liberté des parties, que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d'agilité, que la force d'un homme paroit à avoir la poitrine large, les épaules grosses & pleines, les bras puissants, dont les muscles soient ressentis & les articles bien noüez, que l'agilité se remarque par les hanches étroites, les genoux & les chevilles des pieds resserrés, le gras de la jambe troussé & peu charnu [...].

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A l'égard de l'expression des passions particulieres l'on remarqua, que la passion est un mouvement de l'ame, qui reside en la partie sensitive [...] ; que d'ordinaire tout ce qui cause à l'ame de la passion fait faire quelque action au Corps, & qu'ainsi de sçavoir quelles sont les actions du Corps qui expriment les passions de l'ame, L'on dit que ce que l'on appelloit action en cet endroit, n'étoit autre chose que le mouvement de quelque partie, & que ce mouvement ne se faisoit que par le changement des muscles, [...] ; ainsi le muscle qui agit le plus reçoit le plus d'esprits, & par consequent devient enflé plus que les autres.
[...] L'on remarqua qu'encore qu'on puisse representer les passions de l'ame par les actions de tout le Corps, neanmoins que c'étoit au visage où les marques s'y faisoient le plus connoître, & non seulement dans les yeux comme quelques-uns l'ont crû, mais principalement en la forme & aux mouvements des sourcils ; que comme il y a deux appetits dans la partie sensitive de l'ame, il y a aussi deux mouvemens qui y ont un parfait rapport, les uns s'élevent au cerveau & les autres inclinent vers le coeur.

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A l'égard de l'Allegorie, on dit, qu'il falloit considerer la difference qu'il y a entre des figures des divinités fabuleuses & des figures allegoriques, qu'à la verité, la fable est incompatible avec la verité : mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d'un excellent genie de l'empêcher de joindre l'Allegorie à l'histoire pour en exprimer les mysteres, lors qu'on le peut faire sans nuire à l'intelligence du sujet, qu'il seroit à souhaiter au contraire, que les Peintre en ne negligeant rien de ce qui est essentiel à leur profession, appliquassent leur esprit à bien connoître le sens mystique des histoires aussi bien que le litteral, leurs ouvrages en seroient beaucoup plus considerables & satisferoient d'avantage la curiosité des Amateurs sçavans ; [...] d'où l'on conclut qu'un Peintre peut bien accompagner l'expression de son sujet de quelques figures allegoriques pour marquer & citer le lieu, où il se rencontre, mais comme par des statuës qui n'ont nulle part aux mouvements des figures qui expriment le sujet, que n'ayant que cette sorte de langage pour exprimer ses belles conceptions, il ne seroit pas juste de lui en ôter la liberté, c'est ce qui a fait dire que la Peinture est une Poesie muette, & la Rhetorique des Peintres.

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A l'égard de l'Allegorie, on dit, qu'il falloit considerer la difference qu'il y a entre des figures des divinités fabuleuses & des figures allegoriques, qu'à la verité, la fable est incompatible avec la verité : mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d'un excellent genie de l'empêcher de joindre l'Allegorie à l'histoire pour en exprimer les mysteres, lors qu'on le peut faire sans nuire à l'intelligence du sujet, qu'il seroit à souhaiter au contraire, que les Peintre en ne negligeant rien de ce qui est essentiel à leur profession, appliquassent leur esprit à bien connoître le sens mystique des histoires aussi bien que le litteral, leurs ouvrages en seroient beaucoup plus considerables & satisferoient d'avantage la curiosité des Amateurs sçavans ; [...]

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En l'actitude l'on remarqua la position de la figure & le contraste de ses parties, en l'une on trouva parfaitement bien observée la Ponderation, qui est la regle de la bien poser sur son plan, & que le creux du col porte à plomb sur la cheville du pied, qui soûtient tout le corps : & dans l'autre on fit observer cette maxime à l'égard des actions agissantes, à sçavoir, que quand un bras avance & se hausse, la jambe du même côté doit baisser & reculer, ainsi du reste.

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enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.
Quelqu’un de l’Academie prit de là occasion de proposer une question de sçavoir, ce que l’on doit entendre par le beau naturel, & en quoi consiste cette beauté, laquelle le Peintre doit imiter, disant que si l’on en devoit croire le sens naturel & commun, (les choses étant ordonnées dans une reguliere Cimetrie,) un air serein, des arbres fort bien dressés, un terrain uni, & des objets plaisants, lui paroissoient d’une très agreable beauté, qu’il pensoit que l’on devoit du moins approprier les choses à la nature des sujets, pour former la beauté d’un Tableau, par une convenance raisonnable, & que neantmoins il avoit remarqué dans les ouvrages de tres-habilles hommes une affectation de faire paroître les choses dans l’irregularité, le désordre & l’obscurité, comme l’on voyoit en beaucoup d’endroits des Bacchanalles representées en des lieux sombres & mal plaisants, contre l’usage ordinairement pratiqué par tout de chercher des lieux agreables pour les rejouissances [...] que l’on ne devoit pas juger de la beauté des objets, par ce qu’ils ont de surprenant, n’y sur des opinions singulieres, mais suivant le sentiment universel des Esprits les plus éclairés & l’approbation la plus generale, qu’en la Peinture l’on devoit tenir pour beau ce qui imitoit le mieux le naturel dans un choix raisonnable, que dans les choses naturelles il falloit distinguer le naturel simple, d’avec un naturel composé, & entre ces derniers de reguliers & d’autres Rustiques ; dans le regulier, que la beauté consiste en la Cimetrië, & en la belle ordonnance de l’art & dans le rustique, l’irregularité champestre.

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A l'égard des plus avancés on les exorta de joindre la Theorie à la Pratique, d'examiner les raisons qu'ont observé les Autheurs des beaux ouvrages Antiques qui se sont servis de la Geometrie pour les proportions, l'Anathomie, pour apprendre l'Ostologie, la situation, la forme & le mouvement des muscles exterieurs seulement, la Perspective, la Physique & la Phisionomie pour connoître les divers caracteres des complections & des passions, car il faut bien sçavoir toutes ses choses pour donner bien à propos ses charges dagremens, en quoi consiste ce que l'on appelle le grand goût, l'on observa que la force des bras procede des muscles forts qui les attachent aux épaules, en laissant les joinctures bien nouées, en quoi les foibles Etudians se peuvent tromper mettant ces grosseurs affectées dans les emboëtemens des bras & des cuisses, au lieu de bien observer la naissance & la fin des plus grands muscles, ce qui fait la veritable beauté des contours, où l'on doit observer que les muscles exterieurs étant agitez par ses mouvemens differens, font un espece de Contraste qui cause une douce opposition dans la rencontre des contours, tellement qu'on ne voit point deux contours enflez ou enfonsés se rencontrer à l'opposite l'un de l'autre, mais ils se coulent comme en ondoyant doucement [...].

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Le Peintre doit en second lieu concevoir de grandes parties comme de puissantes, soit dans les groupes, soit dans les ombres, soit dans les couleurs, parce que c’est ce qui donne de la beauté & de la noblesse à l’Ouvrage, & qui par cette grandeur le distingue des manieres chifones & mesquines.

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Sur cela quelqu’un de la Compagnie prenant la parolle, dit qu’à parler universellement la veritable beauté consistoit en la perfection des choses, en leur juste proportion & en une convenance raisonnable ; que les choses naturelles doivent être reconnues plus belles selon quelles participent moins a la corruption, & font plus relatives à la bonté & aux proprietés qui leur appartiennent ; & les artificielles, en ce en quoi elles se rapportent mieux à leur principe & à leur regle : que l’on ne devoit pas juger de la beauté des objets, par ce qu’ils ont de surprenant, n’y sur des opinions singulieres, mais suivant le sentiment universel des Esprits les plus éclairés & l’approbation la plus generale, qu’en la Peinture l’on devoit tenir pour beau ce qui imitoit le mieux le naturel dans un choix raisonnable, que dans les choses naturelles il falloit distinguer le naturel simple, d’avec un naturel composé, & entre ces derniers de reguliers & d’autres Rustiques ; dans le regulier, que la beauté consiste en la Cimetrië, & en la belle ordonnance de l’art & dans le rustique, l’irregularité champestre. Dans les objets naturellement simples à l’égard des choses inanimées, la beauté se rencontre dans les bizares productions d’une terre inculte qui forme toutes choses irregulierement, dont les aspects se rencontrent plaisants selon les accidents de lumiere, ou d’autres choses qui y surviennent & qui sont des effets admirables & charmants. C’est en quoi les Peintres trouvent la beauté par les irregularités & ce qui leur fait concevoir, de belles idées, mais la veritable beauté d’un tableau consiste en la conformité de toutes les parties qui entrent en sa composition & en l’ordonnance, avec une judicieuse expression.

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L’on fit observer que chacun voit la nature de differentes façons selon la disposition des organes & du temperament, ce qui fait la diversité des goûts & la difference des manieres. C’est pourquoi on ne pouvoit pas decider de la beauté sur des inclinations particulieres, lesquelles se trouvant differentes dans la diversité des nations & des climats, mais que l’on doit suivant un jugement degagé de toutes preventions faire choix des effets naturels, qui se rapportent mieux aux regles de l’art, se detournant de tout ce qui est manieré, & que pour reconnoître la meilleure des manieres, il falloit non pas les comparer l’une à l’autre, mais confronter celles des plus habiles hommes avec le naturel, pour juger des plus raisonnables. [...] Que la perspective fournissoit des regles universelles pour la representation des objets tant pour la forme que pour la couleur, & pour les degrés de force, des teintes & des ombres, tellement que l’on devoit s’étudier à se rendre trés familieres, afin de les bien mettre en pratique, en observant toûjours de faire un choix avantageux des divers effets de la nature, pour s’efforcer d’atteindre à la beauté & perfection de l’art

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[...] pour imiter quelque chose en Peinture il faut s'imaginer un Quarelage intelectuel pour placer chaque partie à l'endroit où les choses se rencontrent Diametralement opposées ; & à l'égard de la proportion, comparer leurs grandeurs selon la diversité des parties. [...] & il n'est pas possible d'imiter en Peinture la moindre chose sans cette observation du Quarelage ideal, qui est comme regarder les objets au travers d'un vitrage.

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L’autre question fut de sçavoir si l’idée que l’on concevoit du Peintre n’étoit que dans le coloris, & si il étoit inutile de chercher ailleurs cette idée en telle sorte que toute son étude se dût arrêter en cette partie là ; il fut dit là-dessus, qu’à parler proprement, la Peinture comprend tout ce qui se peut representer par le Dessein en quelque maniere que ce soit, & que le coloris n’en est qu’une partie, ce que l’on prouva par divers exemples, & particulierement par la Musique, dont les Compositeurs sont appellés Musiciens, encore qu’ils n’ayent ni Voix ni Instrumens, car comme le Musicien sans la Voix peut avec les Instrumens émouvoir les passions qu’il veut toucher, de même que le Peintre a besoin de la couleur quand il veut rendre ses representations completes & achevées, le Musicien qui chante juste & correct avec une voix mediocre, doit être plus estimé que celui qui chante faux avec une belle voix, de même le Peintre bon dessignateur & correct, qui colorie mediocrement est plus estimable que celui qui avec un beau coloris designe mal. Enfin la belle voix peut charmer les ignorants, quoi qu’elle ne soit pas soûtenuë de la justesse, comme le bel éclat de la couleur peut faire la même chose, encore que le Dessein en soit mauvais.

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[...] le Peintre devoit tellement assujettir toutes les parties qui entrent en la composition de son Tableau, qu'elles concourrent ensemble à former une juste idée du sujet, en sorte qu'elles puissent inspirer dans l'esprit des regardans des émotions convenables à cette idée, & que si il se rencontroit dans la narration de l'Histoire même, quelque circonstance qui y fut contraire, on la devoit supprimer ou si fort negliger quelle n'y pût faire aucune interruption, qu'on peut neanmoins prendre une discrette liberté de choisir des incidens favorables, ou quelque allegorie qui convienne au sujet pour la varieté du Contraste, mais que l'on doit éviter de faire paroître ensemble des choses incompatibles ; par exemple la verité des choses Saintes avec les Prophanes, ou paroître ensemble des personnes qui n'ont été qu'en des tems fort éloignés l'un de l'autre.

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L'on fit remarquer, que lors qu'un muscle fait son action, il se grossit en se retirant vers son principe, cependant qu'il diminue & defaut à la fin, c'est ce qui cause l'inégalité & la beauté des contours. [...] d'où l'on infera que la connoissance du mouvement des muscles étoit d'autant plus necessaire aux Etudiants du Dessein, qu'elle sert à leur apprendre la juste proportion du Corps humain, & ses veritables contours, qu'au contraire l'ignorance de ces choses les portoit à beaucoup d'erreurs

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On a dit en d'autres entrêtiens, que cette difference des proportions pouvoit être causée par la diversité des exercices, celui qui travaille son corps en des mouvemens libres & forts, [...], ce qui les rend beaucoup plus marqués que ceux qui vivent en un doux repos & dans l'oisiveté. [...] L'on representa que toutes les differences remarquées dans les proportions ce doivent aussi observer à l'égard des contours, puisque c'est par leur moyen que l'on peut former leur diversité. Ce qui fit considérer de quatre sortes de sujets qui forment autant de difference de proportions & de contours, que l'on nomma vulgaires, Pastoralles & Champestres, dont on dit que les contours doivent être grossiers, ondoyants & incertains, appellant ondoyants la maniere de dessigner, où l'on ne voit aucuns muscles, qui commande à lautre, mais qui s'entresuivent également, que les grossiers & incertains sont tels, que les muscles paroissent confondus avec les tendons & les artères, & où rien n'est articulé, ce qui est pour des sujets simples & des gens grossiers.
En des sujets serieux, où la nature doit être representée belle & agreable, les contours doivent être nobles & certains, passant doucement de l'un à l'autre, en formant les parties grandes & precises, comme il paroît aux figures des jeunes hommes & des filles, où l'on ne voit rien d'aigu, mais au contraire les contours bien coulants.
La troisiéme sorte de contours que l'on a nommé grands, forts, resolus & arrêtés sont ceux auxquels ne se trouvent rien de douteux, [...] où il n'y a rien de choisi & de bien ordonné, ce qui est propre à representer des Heros  qui ne doivent avoir rien que de parfait, car comme les Poëtes leur ont attribué, des vertus surnaturelles, les Peintres & Sculpteurs de l'Antiquité en avoient fait de même, choisissant en plusieurs corps, ce qu'il y avoit de plus beau pour en composer un, qui fût propre à de telles expressions & capable d'entrer en des sujets heroïques & extraordinaires.
En quatriéme lieu, l'on considera une maniere de contours artistes excedants le naturel, que l'on nomma puissans, austeres & terribles, puissans pour ce qu'ils font paroître les figures grandes & majestueuses, & qu'ils forment de grandes parties ; austeres parce qu'ils n'ont rien que de solide & de necessaire & qu'ils ne soustrent point de choses inutiles, [...], cette manière n'étant propre qu'à representer des divinités, que c'étoit ce que les anciens avoient soigneusement pratiqué [...].

Les contours terribles sont pour les Ouvrages éloignés de la vûë, & pour representer des geans.

[...] un Peintre doit éviter autant qu'il sera possible les contours petits & chetifs, à moins d'y être obligé par la necessité des sujets & la varieté du contraste, que l'oeconomie des contours doit servir à dégager la taille & la proportion, [...]. L'on trouva dans le Tableau de Raphaël un illustre exemple [...], qui fit dire que les proportions & les contours ont du rapport avec le mouvement des esprits, qui donna lieu de parler de lexpression, [...]

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L'on remarqua pour la fin, qu'il n'est pas possible, de prescrire precisement toutes les marques des differentes passions, à cause de la diversité, de la forme, & du temperament : [...] qu'ainsi le Peintre doit avoir égard à toutes ces differences, pour conformer les expressions passions au caractere des figures, à la proportion & aux contours.
L'on rapporta à ce propos, ce que quelques naturalistes ont écrit de la physionomie, à sçavoir, que les affections de l'ame suivent le temperament du corps, & que les marques exterieures sont des signes certains des affections de l'ame [...] 

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A l'égard des plus avancés on les exorta de joindre la Theorie à la Pratique, d'examiner les raisons qu'ont observé les Autheurs des beaux ouvrages Antiques qui se sont servis de la Geometrie pour les proportions, l'Anathomie, pour apprendre l'Ostologie, la situation, la forme & le mouvement des muscles exterieurs seulement, la Perspective, la Physique & la Phisionomie pour connoître les divers caracteres des complections & des passions, car il faut bien sçavoir toutes ses choses pour donner bien à propos ses charges dagremens, en quoi consiste ce que l'on appelle le grand goût, l'on observa que la force des bras procede des muscles forts qui les attachent aux épaules, en laissant les joinctures bien nouées, en quoi les foibles Etudians se peuvent tromper mettant ces grosseurs affectées dans les emboëtemens des bras & des cuisses, au lieu de bien observer la naissance & la fin des plus grands muscles, ce qui fait la veritable beauté des contours, où l'on doit observer que les muscles exterieurs étant agitez par ses mouvemens differens, font un espece de Contraste qui cause une douce opposition dans la rencontre des contours, tellement qu'on ne voit point deux contours enflez ou enfonsés se rencontrer à l'opposite l'un de l'autre, mais ils se coulent comme en ondoyant doucement [...].

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[...] le Peintre devoit tellement assujettir toutes les parties qui entrent en la composition de son Tableau, qu'elles concourrent ensemble à former une juste idée du sujet, en sorte qu'elles puissent inspirer dans l'esprit des regardans des émotions convenables à cette idée, & que si il se rencontroit dans la narration de l'Histoire même, quelque circonstance qui y fut contraire, on la devoit supprimer ou si fort negliger quelle n'y pût faire aucune interruption, qu'on peut neanmoins prendre une discrette liberté de choisir des incidens favorables, ou quelque allegorie qui convienne au sujet pour la varieté du Contraste, mais que l'on doit éviter de faire paroître ensemble des choses incompatibles ; par exemple la verité des choses Saintes avec les Prophanes, ou paroître ensemble des personnes qui n'ont été qu'en des tems fort éloignés l'un de l'autre.

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Toutes ces observations, […] furent jugées tres dignes d’être établies en forme de Preceptes certains & octorisez, mais on conclu neanmoins qu’il n’étoit pas possible de prescrire des regles sur la forme des Ordonnances, parce que chacun y doit agir selon la disposition & la force de son genie, & dans toute la liberté de ses propres conceptions & de son esprit, que cette partie depandoit donc d’un talent surnaturel, & que le conseil qu’on pouvoit donner aux Etudians se reduisoit à ces trois chefs, à sçavoir premierement de bien étudier les Histoires dans les meilleurs Auteurs, afin d’en bien comprendre l’idée principale & les circonstances essentielles : Secondement de menager discretement le Contraste en toutes les parties de son Dessein, pour en former comme un agreable harmonie à la vûe, & enfin s’attacher aux beaux exemples des plus excellens Ouvrages afin de se remplir l’esprit des belles idées pour s’en servir dans la construction des Ordonnances.

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Mais que pour bien pratiquer l’usage des couleurs, l’on devoit soigneusement observer deux choses. La premiere ; d’Etudier qu’elles en sont les propriétés naturelles, en reconnoître bien leur valeur & leurs effets pour les pouvoir appliquer avec oeconomie associant celles qui se peuvent marier ensemble, pour produire une agreable union, & opposer celles qui sont propres à se relever l’une l’autre par un doux contraste.

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[...] le Peintre devoit tellement assujettir toutes les parties qui entrent en la composition de son Tableau, qu'elles concourrent ensemble à former une juste idée du sujet, en sorte qu'elles puissent inspirer dans l'esprit des regardans des émotions convenables à cette idée, & que si il se rencontroit dans la narration de l'Histoire même, quelque circonstance qui y fut contraire, on la devoit supprimer ou si fort negliger quelle n'y pût faire aucune interruption, qu'on peut neanmoins prendre une discrette liberté de choisir des incidens favorables, ou quelque allegorie qui convienne au sujet pour la varieté du Contraste, mais que l'on doit éviter de faire paroître ensemble des choses incompatibles ; [...] le devoir du Peintre est de s'étudier soigneusement à rechercher tout ce qui est essentiel au sujet, & bien examiner ce que les bons Autheurs en ont écrit, & ce qui peu mieux faire paroître le Heros, afin d'en bien exprimer l'image & l'idée, & par ce moyen éviter le défaut que l'on voyoit en beaucoup de Tableaux, méprisés à cet égard, quoi que d'ailleurs très-beaux, comme par exemple en un Tableau du Bassant, où est representé le retour de l'Enfant prodigue en la maison de son Pere, dont les figures principales du sujet sont fort petites, éloignées dans le derriere du Tableau, [...]. En un autre du Breugle en la representation de l'une des plus importantes actions de la Magdeleine, où sont reculées dans le lointain les figures principales pour faire paroître sur le devant du Tableau diverses personnes indifferentes au sujet, [...] Que l'on void même en des representations de la Nativité de Nôtre Sauveur, où l'on met en des places les plus apparentes, un Boeuf & un Ane, qui sont des choses indecentes & profanes, [...] qu'ainsi la representation de ces animaux n'étoit nullement de l'essence du sujet & qu'ils ne conviennent point à l'idée que cette histoire doit inspirer dans l'esprit de ceux qui la contemplent.

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Ce sont des lignes qui servent à exprimer la forme des Corps selon leurs differents aspects & situations. Que le trait est le père de tous les Arts & de toutes les superficies, lesquelles ne peuvent avoir d'être sans avoir un terme ; qu'il a des mouvemens droits, circulaires, & mixtes, que sa pratique est d'une merveilleuse étenduë, d'autant qu'il parcourt toutes les choses visibles de la nature, mais son plus glorieux & plus laborieux sujet est le Corps Humain par la multiplicité de ses mouvemens & de ses actions, qu'il est si vaste, que non seulement il entreprend de representer toutes les actions exterieures, & de faire le discernement du sexe & de l'âge, mais qu'il séforce encore d'exprimer les mouvemens de l'ame, enfin que l'oeil n'aperçoit rien, & l'imagination ne peut rien concevoir que le Trait ne puisse representer.

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L'on dit que ce que l'on appelloit action en cet endroit, n'étoit autre chose que le mouvement de quelque partie, & que ce mouvement ne se faisoit que par le changement des muscles, [...] ; ainsi le muscle qui agit le plus reçoit le plus d'esprits, & par consequent devient enflé plus que les autres.
[...] L'on remarqua qu'encore qu'on puisse representer les passions de l'ame par les actions de tout le Corps, neanmoins que c'étoit au visage où les marques s'y faisoient le plus connoître, & non seulement dans les yeux comme quelques-uns l'ont crû, mais principalement en la forme & aux mouvements des sourcils ; que comme il y a deux appetits dans la partie sensitive de l'ame, il y a aussi deux mouvemens qui y ont un parfait rapport, les uns s'élevent au cerveau & les autres inclinent vers le coeur.

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C’est pourquoi il ne les [ndr : le dessin et la couleur] falloit pas mettre en paralelle, n’y dire que c’est elle [ndr : la couleur] qui fait la Peinture & le Peintre, puisque c’est du Dessein qu’elle tire tout ce qu’elle a d’éclat & de gloire. […] Que l’on accordoit volontiers que la couleur contribuoit beaucoup pour perfectionner un Ouvrage de Peinture, de même que la beauté du teint acheve de donner la perfection aux beaux traits d’un visage, & qu’elle ne pouvoit pas être ditte parfaite, si la couleur n’y est doctement employée avec oeconomie, ce qui prouvoit encore sa dependance, que si elle avoit l’avantage de plaire aux yeux, le Dessein a celui de satisfaire à l’esprit ; & comme les Tableaux doivent divertir l’un & l’autre, il n’y avoit point de doute que ces deux parties n’y dussent concourir ensemble, & par un agreable accord tenir chacune sa partie & son rang ; que pour cela on ne la devoit pas negliger, mais en bien étudier l’usage conjoinctement avec la lumiere & le dessein, en sorte que ce Pere des Arts en puisse être le Maître & le Conducteur, comme en effet il doit dominer sur toutes les parties de cette Profession.

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Toutes ces considerations sur le merite du dessein & de la couleur ayants été rapportées en une assemblée particuliere, il fut dit qu’il n’étoit pas difficile de les concillier ensemble, mais que le plus important étoit d’expliquer les regles & les preceptes que l’on pouvoit donner aux étudiants, pour faire bon usage de la couleur ; d’autant qu’il y avoit eu beaucoup de Peintres, lesquels pretendans exceller en cette partie là, non seulement avoient négligé le dessein, mais par cette non chalance s’étoient entierement éloignés de l’imitation du naturel aussi bien dans la couleur que dans la forme affectant de faire paroître de fausses obscurités, sous pretexte de donner plus de force & d’éclat à leurs ouvrages, que par cette maniere on voyoit en plusieurs Tableaux des choses aussi contraires à la raison qu’à la verité. Mais que pour bien pratiquer l’usage des couleurs, l’on devoit soigneusement observer deux choses. La premiere ; d’Etudier qu’elles en sont les propriétés naturelles, en reconnoître bien leur valeur & leurs effets pour les pouvoir appliquer avec oeconomie associant celles qui se peuvent marier ensemble, pour produire une agreable union, & opposer celles qui sont propres à se relever l’une l’autre par un doux contraste.
La seconde chose étoit de bien sçavoir menager leur diminution, pour faire enfoncer les objets dans le Tableau, & imiter le plus qu’il est possible, les beaux effets du naturel.
En parlant de la degradation des Couleurs ou Perspectives aërées, on dit que s’il étoit possible d’en fixer ou déterminer un degré principal de lumiere sur la Couleur, on pouvoit venir à donner quelques régles de degrés fuyants, mais qu’outre les difficultés qu’il y a pour atteindre à cette exactitude cela empêcheroit les beaux effets de l’Art ; qui ne se rencontrent jamais si agreablement par une dégradation de couleur suivie, que par les éclats que produisent le different rencontre des choses opposées, que le naturel ne nous paroît si égal que tres rarement, à cause des differants rencontres des nuages opposez qui forment des effets de lumiere differants, mais que le Peintre peut poser sur la premiere ligne de son Tableau une couleur dans son plus parfait éclat, & dans l’éloignement placer de distance en distance, de semblables couleurs diminuées proportionnement selon la perspective du Trait. De plus on doit observer que dans la distance de laquelle on regarde le Tableau, il y a beaucoup d’air qui efface la force & vivacité des couleurs, ce qui oblige le Peintre à les fortifier plus qu’elle ne devroient être si l’Ouvrage étoit regardé de prés ; c’est pourquoi il importe necessairement d’observer la position du Tableau, & de quelle lumiere il doit être éclairé, pour aproprier la douceur ou la force des couleurs.

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on representa, que les anciens au sortir de la pratique de peindre à détrempe tomberent en quelque sorte de dureté par la grande force des ombres, comme on le peut remarquer en quelques ouvrages de Jule Romain, de Raphael, & autres, tant de l’École des Romains, que celles des Lombards qui ont travaille dans ces premiers tems là, où l’usage des reflexs, n’étoit point encore connu, que les reflexs sont d’une grande utilité pour produire l’union dans les couleurs, portants quelque chose des couleurs voisines dans l’ombre des corps, sur lesquels ils rejalissent, ce qui est l’avantage des siecles suivants où les habilles hommes se sont étudiés à la belle oeconomie & dispensation des couleurs, qui est le plus bel effet que peut produire leur raisonnable mariage ; Il faut de plus considerer leur valeur pour les ranger en sorte qu’elles puissent mutuellement s’entre-aider & se faire valoir par un judicieux contraste, leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancés ou reculées, & leur union pour les associer en une agreable correspondance ; mais on considera aussi qu’en s’attachant à ce menagement harmonieux des couleurs, on ne devoit pas negliger le bon choix des matieres & leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures, & l’avoisinement de celles qui peuvent causer quelque aigreur ou dureté à la vuë & sur tout dans leur Emploi, les appliquer proprement, chaque teinte en sa place ne les brouillant & tourmentant que le moins qu’il est possible, sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage, & l’éclat, en n’y approchant que des couleurs sales pour les faire paroître d’autant plus vives & plus fraiches ; enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.

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on representa, que les anciens au sortir de la pratique de peindre à détrempe tomberent en quelque sorte de dureté par la grande force des ombres, comme on le peut remarquer en quelques ouvrages de Jule Romain, de Raphael, & autres, tant de l’École des Romains, que celles des Lombards qui ont travaille dans ces premiers tems là, où l’usage des reflexs, n’étoit point encore connu, que les reflexs sont d’une grande utilité pour produire l’union dans les couleurs, portants quelque chose des couleurs voisines dans l’ombre des corps, sur lesquels ils rejalissent, ce qui est l’avantage des siecles suivants où les habilles hommes se sont étudiés à la belle oeconomie & dispensation des couleurs, qui est le plus bel effet que peut produire leur raisonnable mariage ; Il faut de plus considerer leur valeur pour les ranger en sorte qu’elles puissent mutuellement s’entre-aider & se faire valoir par un judicieux contraste, leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancés ou reculées, & leur union pour les associer en une agreable correspondance ; mais on considera aussi qu’en s’attachant à ce menagement harmonieux des couleurs, on ne devoit pas negliger le bon choix des matieres & leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures, & l’avoisinement de celles qui peuvent causer quelque aigreur ou dureté à la vuë & sur tout dans leur Emploi, les appliquer proprement, chaque teinte en sa place ne les brouillant & tourmentant que le moins qu’il est possible, sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage, & l’éclat, en n’y approchant que des couleurs sales pour les faire paroître d’autant plus vives & plus fraiches ; enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.

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A l'égard de l'Allegorie, on dit, qu'il falloit considerer la difference qu'il y a entre des figures des divinités fabuleuses & des figures allegoriques, qu'à la verité, la fable est incompatible avec la verité : mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d'un excellent genie de l'empêcher de joindre l'Allegorie à l'histoire pour en exprimer les mysteres, lors qu'on le peut faire sans nuire à l'intelligence du sujet, qu'il seroit à souhaiter au contraire, que les Peintre en ne negligeant rien de ce qui est essentiel à leur profession, appliquassent leur esprit à bien connoître le sens mystique des histoires aussi bien que le litteral, leurs ouvrages en seroient beaucoup plus considerables & satisferoient d'avantage la curiosité des Amateurs sçavans

Quotation

La seconde chose étoit de bien sçavoir menager leur diminution, pour faire enfoncer les objets dans le Tableau, & imiter le plus qu’il est possible, les beaux effets du naturel.
En parlant de la degradation des Couleurs ou Perspectives aërées, on dit que s’il étoit possible d’en fixer ou déterminer un degré principal de lumiere sur la Couleur, on pouvoit venir à donner quelques régles de degrés fuyants, mais qu’outre les difficultés qu’il y a pour atteindre à cette exactitude cela empêcheroit les beaux effets de l’Art ; qui ne se rencontrent jamais si agreablement par une dégradation de couleur suivie, que par les éclats que produisent le different rencontre des choses opposées, que le naturel ne nous paroît si égal que tres rarement, à cause des differants rencontres des nuages opposez qui forment des effets de lumiere differants, mais que le Peintre peut poser sur la premiere ligne de son Tableau une couleur dans son plus parfait éclat, & dans l’éloignement placer de distance en distance, de semblables couleurs diminuées proportionnement selon la perspective du Trait. De plus on doit observer que dans la distance de laquelle on regarde le Tableau, il y a beaucoup d’air qui efface la force & vivacité des couleurs, ce qui oblige le Peintre à les fortifier plus qu’elle ne devroient être si l’Ouvrage étoit regardé de prés ; c’est pourquoi il importe necessairement d’observer la position du Tableau, & de quelle lumiere il doit être éclairé, pour aproprier la douceur ou la force des couleurs.

Quotation

[...] elle [ndr : l'Académie] commança par un entretien sur le Saint Michel de Raphaël, & comme en cet excellent Ouvrage la partie du Dessein est l'une des plus considerables, & d'où l'on peut tirer les plus solides, les plus corrects, & les plus avantageux exemples que l'on puisse proposer aux Etudians ; on s'y étendit premierement en faisant une definition du Trait en toute son étenduë, qui fut ; Que le Trait n'est autre chose qu'une ligne Phisique, ou une demonstration Mechanique, qui a toûjours quelque dimention en sa largeur quelque déliée qu'elle puisse être ; Que c'est ce qui borne & termine l'étenduë de la surface exterieure d'un sujet, & qui marque les diverses parties qu'elle referme ; Ce sont des lignes qui servent à exprimer la forme des Corps selon leurs differents aspects & situations. Que le trait est le père de tous les Arts & de toutes les superficies, lesquelles ne peuvent avoir d'être sans avoir un terme ; qu'il a des mouvemens droits, circulaires, & mixtes, que sa pratique est d'une merveilleuse étenduë, d'autant qu'il parcourt toutes les choses visibles de la nature, mais son plus glorieux & plus laborieux sujet est le Corps Humain par la multiplicité de ses mouvemens & de ses actions, qu'il est si vaste, que non seulement il entreprend de representer toutes les actions exterieures, & de faire le discernement du sexe & de l'âge, mais qu'il séforce encore d'exprimer les mouvemens de l'ame, enfin que l'oeil n'aperçoit rien, & l'imagination ne peut rien concevoir que le Trait ne puisse representer.

Quotation

Et d'autant que la principale étude du Dessein se fait sur un modele vivant, l'Académie jugea que les Etudiants doivent Exquisser leurs figures legerement & promptemement, selon la regle d'oppostion et de comparaison pour concevoir la vivacité du mouvement de l'action & l'esprit dont le naturel est animé afin que par cette promptitude ils s'en impriment l'idée, & s'en remplissent l'esprit tellement que leur Dessein paroisse animé de la même vivacité du naturel [...].

Quotation

On repartit à cela, que la qualité de Peintre n’est pas seulement l’usage de la couleur, mais la faculté de representer à la vuë tous les objets visibles de la nature & ceux mêmes dont l’on peut concevoir quelque idée avec leurs formes, leur proportion & couleur ; que celui qui sçaura bien mettre en usage les couleurs, sans les accompagner des autres parties, pourra être tout au plus nommé bon coloriste, mais non pas un sçavant Peintre, & qu’on ne doit pas estimer un ouvrage de Peinture, par l’éclat de la couleur, qui ne charme ordinairement que les esprits du vulgaire, & que la veritable beauté de la couleur consiste, en un ménagement harmonieux conduit par l’oeconomie du dessein : ce qui fut appuyé par un discours qui contenoit en substance que le veritable merite de quelque chose consistoit en ce qui se soûtient de soi-même sans emprunter rien d’autrui, que suivant ce principe pour connoître la difference du merite entre le dessein & la couleur, il falloit connoître laquelle de ces choses étoit la plus independante : que l’on representa, que le dessein qui se nomme pratique est produit de l’intellect & de l’imagination qu’il s’exprime par la parole & par la main, & que c’est de cette derniere maniere ; qu’avec un crayon on imite toutes les chose visibles, & donne non seulement la forme & la proportion, mais exprime jusqu’aux mouvemens de l’ame sans avoir besoin de la couleur, si ce n’est pour representer la rougeur ou la paleur, n’étant en elle-même qu’un accident dependant des divers effets de lumiere, puisqu’elle change selon qu’elle est éclairée, de telle sorte que la nuit à la lueur d’un flambeau, le verd paroît bleu, & le jaune paroît être blanc. L’on fit considerer, que la couleur qui entre dans la composition d’un Tableau, ne peut produire ni coloris ni teinte que par sa matiere même, elle étoit par consequent moins noble que le Dessein qui ne releve que de l’esprit. L’on ajoûta que la couleur depend tellement du Dessein, qu’il lui est impossible de representer quoi que ce soit sans son Ordonnance & sa conduite. Qu’ainsi il est trés constant que le merite de la Peinture consiste plûtôt dans le Dessein que dans la Couleur, puisque ce qui réleve le merite des choses, est de dépendre moins d’une cause étrangere, qu’il falloit donc tomber d’accord que celui du Dessin étoit infiniment au dessus de celui de la Couleur.

Quotation

L’autre question fut de sçavoir si l’idée que l’on concevoit du Peintre n’étoit que dans le coloris, & si il étoit inutile de chercher ailleurs cette idée en telle sorte que toute son étude se dût arrêter en cette partie là ; il fut dit là-dessus, qu’à parler proprement, la Peinture comprend tout ce qui se peut representer par le Dessein en quelque maniere que ce soit, & que le coloris n’en est qu’une partie, ce que l’on prouva par divers exemples, & particulierement par la Musique, dont les Compositeurs sont appellés Musiciens, encore qu’ils n’ayent ni Voix ni Instrumens, car comme le Musicien sans la Voix peut avec les Instrumens émouvoir les passions qu’il veut toucher, de même que le Peintre a besoin de la couleur quand il veut rendre ses representations completes & achevées, le Musicien qui chante juste & correct avec une voix mediocre, doit être plus estimé que celui qui chante faux avec une belle voix, de même le Peintre bon dessignateur & correct, qui colorie mediocrement est plus estimable que celui qui avec un beau coloris designe mal. Enfin la belle voix peut charmer les ignorants, quoi qu’elle ne soit pas soûtenuë de la justesse, comme le bel éclat de la couleur peut faire la même chose, encore que le Dessein en soit mauvais. Cette contestation fut terminée par un discours auquel on representa pour encourager ceux qui aspirent à l’universalité des parties de la Peinture, & de leur faire connoître toute l’étenduë de l’empire du Dessein ; que c’est par lui que l’Architecture met au jour ses plus belles idées, […].

Quotation

chacune de ses manieres de peindre ont leur proprieté & leur advantage, qu’à la verité la détrempe conserve la beauté des couleurs dans sa pureté & que leur matte imite mieux les apparences des choses naturelles, mais qu’il faut aussi tomber d’accord, que la Peinture à l’huile a generalement plus d’avantage pour donner de la force & de l’union & même pour prendre la teinte des objets dans tous les divers effets des lumieres differentes sur les objets éloignés de la vuë, ces considerations contenterent les deux Aveugles, qui s’en retournerent satisfaits, & le Professeur en ayant fait le recit en une assemblée de conference donna par ce moyen occasion de parler sur la couleur, on representa, que les anciens au sortir de la pratique de peindre à détrempe tomberent en quelque sorte de dureté par la grande force des ombres, comme on le peut remarquer en quelques ouvrages de Jule Romain, de Raphael, & autres, tant de l’École des Romains, que celles des Lombards qui ont travaille dans ces premiers tems là, où l’usage des reflexs, n’étoit point encore connu, que les reflexs sont d’une grande utilité pour produire l’union dans les couleurs, portants quelque chose des couleurs voisines dans l’ombre des corps, sur lesquels ils rejalissent, ce qui est l’avantage des siecles suivants où les habilles hommes se sont étudiés à la belle oeconomie & dispensation des couleurs, qui est le plus bel effet que peut produire leur raisonnable mariage

Quotation

La seconde chose étoit de bien sçavoir menager leur diminution, pour faire enfoncer les objets dans le Tableau, & imiter le plus qu’il est possible, les beaux effets du naturel.
En parlant de la degradation des Couleurs ou Perspectives aërées, on dit que s’il étoit possible d’en fixer ou déterminer un degré principal de lumiere sur la Couleur, on pouvoit venir à donner quelques régles de degrés fuyants, mais qu’outre les difficultés qu’il y a pour atteindre à cette exactitude cela empêcheroit les beaux effets de l’Art ; qui ne se rencontrent jamais si agreablement par une dégradation de couleur suivie, que par les éclats que produisent le different rencontre des choses opposées, que le naturel ne nous paroît si égal que tres rarement, à cause des differants rencontres des nuages opposez qui forment des effets de lumiere differants, mais que le Peintre peut poser sur la premiere ligne de son Tableau une couleur dans son plus parfait éclat, & dans l’éloignement placer de distance en distance, de semblables couleurs diminuées proportionnement selon la perspective du Trait. De plus on doit observer que dans la distance de laquelle on regarde le Tableau, il y a beaucoup d’air qui efface la force & vivacité des couleurs, ce qui oblige le Peintre à les fortifier plus qu’elle ne devroient être si l’Ouvrage étoit regardé de prés ; c’est pourquoi il importe necessairement d’observer la position du Tableau, & de quelle lumiere il doit être éclairé, pour aproprier la douceur ou la force des couleurs.

Quotation

[…] au sujet de l’Ordonnance, nous representons à Vôtre Grandeur [ndr : Colbert], que cette matiere étant comme l’assemblage & la disposition de toutes les parties de la Peinture, sa composition dépend entierement de la qualité & de la liberté des genies, c’est pourquoi l’Academie n’a pas crû en devoir faire des descisions ni en établir des regles precises, jugeant plus à propos d’en donner quelque idée aux éleves par des exemples.

Quotation

De plus on doit observer que dans la distance de laquelle on regarde le Tableau, il y a beaucoup d’air qui efface la force & vivacité des couleurs, ce qui oblige le Peintre à les fortifier plus qu’elle ne devroient être si l’Ouvrage étoit regardé de prés ; c’est pourquoi il importe necessairement d’observer la position du Tableau, & de quelle lumiere il doit être éclairé, pour aproprier la douceur ou la force des couleurs.

Quotation

à quoi l'Academie repartit qu'un Peintre doit être aussi fidelle en ses representations, que l'historien en ses narrations, & tous deux très jaloux de la pureté & verité des histoires sacrées, la Peinture pouvant instruire l'Esprit aussi-bien que le divertir.

Quotation

on representa, que les anciens au sortir de la pratique de peindre à détrempe tomberent en quelque sorte de dureté par la grande force des ombres, comme on le peut remarquer en quelques ouvrages de Jule Romain, de Raphael, & autres, tant de l’École des Romains, que celles des Lombards qui ont travaille dans ces premiers tems là, où l’usage des reflexs, n’étoit point encore connu, que les reflexs sont d’une grande utilité pour produire l’union dans les couleurs, portants quelque chose des couleurs voisines dans l’ombre des corps, sur lesquels ils rejalissent, ce qui est l’avantage des siecles suivants où les habilles hommes se sont étudiés à la belle oeconomie & dispensation des couleurs, qui est le plus bel effet que peut produire leur raisonnable mariage ; Il faut de plus considerer leur valeur pour les ranger en sorte qu’elles puissent mutuellement s’entre-aider & se faire valoir par un judicieux contraste, leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancés ou reculées, & leur union pour les associer en une agreable correspondance ; mais on considera aussi qu’en s’attachant à ce menagement harmonieux des couleurs, on ne devoit pas negliger le bon choix des matieres & leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures, & l’avoisinement de celles qui peuvent causer quelque aigreur ou dureté à la vuë & sur tout dans leur Emploi, les appliquer proprement, chaque teinte en sa place ne les brouillant & tourmentant que le moins qu’il est possible, sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage, & l’éclat, en n’y approchant que des couleurs sales pour les faire paroître d’autant plus vives & plus fraiches

Quotation

[...] un Peintre doit éviter autant qu'il sera possible les contours petits & chetifs, à moins d'y être obligé par la necessité des sujets & la varieté du contraste, que l'oeconomie des contours doit servir à dégager la taille & la proportion, [...]. L'on trouva dans le Tableau de Raphaël un illustre exemple [...], qui fit dire que les proportions & les contours ont du rapport avec le mouvement des esprits, qui donna lieu de parler de lexpression, [...].

Quotation

on representa, que les anciens au sortir de la pratique de peindre à détrempe tomberent en quelque sorte de dureté par la grande force des ombres, comme on le peut remarquer en quelques ouvrages de Jule Romain, de Raphael, & autres, tant de l’École des Romains, que celles des Lombards qui ont travaille dans ces premiers tems là, où l’usage des reflexs, n’étoit point encore connu, que les reflexs sont d’une grande utilité pour produire l’union dans les couleurs, portants quelque chose des couleurs voisines dans l’ombre des corps, sur lesquels ils rejalissent, ce qui est l’avantage des siecles suivants où les habilles hommes se sont étudiés à la belle oeconomie & dispensation des couleurs, qui est le plus bel effet que peut produire leur raisonnable mariage ; Il faut de plus considerer leur valeur pour les ranger en sorte qu’elles puissent mutuellement s’entre-aider & se faire valoir par un judicieux contraste, leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancés ou reculées, & leur union pour les associer en une agreable correspondance ; mais on considera aussi qu’en s’attachant à ce menagement harmonieux des couleurs, on ne devoit pas negliger le bon choix des matieres & leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures, & l’avoisinement de celles qui peuvent causer quelque aigreur ou dureté à la vuë & sur tout dans leur Emploi, les appliquer proprement, chaque teinte en sa place ne les brouillant & tourmentant que le moins qu’il est possible, sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage, & l’éclat, en n’y approchant que des couleurs sales pour les faire paroître d’autant plus vives & plus fraiches ; enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.

Quotation

Mais que pour bien pratiquer l’usage des couleurs, l’on devoit soigneusement observer deux choses. La premiere ; d’Etudier qu’elles en sont les propriétés naturelles, en reconnoître bien leur valeur & leurs effets pour les pouvoir appliquer avec oeconomie associant celles qui se peuvent marier ensemble, pour produire une agreable union, & opposer celles qui sont propres à se relever l’une l’autre par un doux contraste.

Quotation

[...] le Peintre devoit tellement assujettir toutes les parties qui entrent en la composition de son Tableau, qu'elles concourrent ensemble à former une juste idée du sujet, en sorte qu'elles puissent inspirer dans l'esprit des regardans des émotions convenables à cette idée, & que si il se rencontroit dans la narration de l'Histoire même, quelque circonstance qui y fut contraire, on la devoit supprimer ou si fort negliger quelle n'y pût faire aucune interruption, qu'on peut neanmoins prendre une discrette liberté de choisir des incidens favorables, ou quelque allegorie qui convienne au sujet pour la varieté du Contraste, mais que l'on doit éviter de faire paroître ensemble des choses incompatibles ; par exemple la verité des choses Saintes avec les Prophanes, ou paroître ensemble des personnes qui n'ont été qu'en des tems fort éloignés l'un de l'autre.

Quotation

Et d'autant que la principale étude du Dessein se fait sur un modele vivant, l'Académie jugea que les Etudiants doivent Exquisser leurs figures legerement & promptemement, selon la regle d'oppostion et de comparaison pour concevoir la vivacité du mouvement de l'action & l'esprit dont le naturel est animé afin que par cette promptitude ils s'en impriment l'idée, & s'en remplissent l'esprit tellement que leur Dessein paroisse animé de la même vivacité du naturel [...].

Quotation

[...] l'étude des belles figures Antiques étoit très necessaire dans le commencement, & même plus avantageuse que le naturel, mais l'on assura qu'en l'un & en l'autre on étoit obligé de s'assujettir à imiter exactement son objet pour en receuillir le fruit qu'on en desire, & s'habituer l'oeil & la main à la justesse & precision, ce qui est le fondement de la Pratique de la Peinture [...].
A l'égard des plus avancés on les exorta de joindre la Theorie à la Pratique, d'examiner les raisons qu'ont observé les Autheurs des beaux ouvrages Antiques qui se sont servis de la Geometrie pour les proportions, l'Anathomie, pour apprendre l'Ostologie, la situation, la forme & le mouvement des muscles exterieurs seulement, la Perspective, la Physique & la Phisionomie pour connoître les divers caracteres des complections & des passions, car il faut bien sçavoir toutes ses choses pour donner bien à propos ses charges dagremens, en quoi consiste ce que l'on appelle le grand goût, [...] Quant à l'imitation precise des modelles, l'on avoüa enfin que même les plus habiles hommes doivent observer cette regle de dessigner le naturel justement & precisement, comme ils le voient pour ne s'écarter point de la verité, quand ils étudient leurs morceaux sur le naturel ; afin que s'en voulant servir en l'execution de l'Ouvrage, ses Desseins representent la verité du naturel, les laissant dans la liberté de donner à leurs figures tels caracteres de force ou de foiblesse convenables à leurs sujets, ce qui est la principale fin à laquelle toutes leurs études ce doivent raporter.

Quotation

L'on fit remarquer, que lors qu'un muscle fait son action, il se grossit en se retirant vers son principe, cependant qu'il diminue & defaut à la fin, c'est ce qui cause l'inégalité & la beauté des contours. [...] d'où l'on infera que la connoissance du mouvement des muscles étoit d'autant plus necessaire aux Etudiants du Dessein, qu'elle sert à leur apprendre la juste proportion du Corps humain, & ses veritables contours, qu'au contraire l'ignorance de ces choses les portoit à beaucoup d'erreurs, ne pouvants representer les organes dans leurs veritables offices, & que les jeunes gens suivants aveuglement les manieres qui flattent leurs inclinations font paroître les muscles dans la contraction également comme dans la relaxation, & les contours toûjours semblables, enfin que cette connoissance aprend à éviter la rencontre ou parallellité des contours, laquelle ne peut arriver aux articles, puisque les muscles opposés les uns aux autres sont dissemblables en forme & en action. Quelqu'un repartit à cela, qu'il ne suffisoit pas de sçavoir exactement les noms des muscles, leurs situations, & leurs formes, que le principal étoit d'en connoître les effets exterieurs, ce que l'on ne pouvoit apprendre que sur un naturel vivant & animé, & qu'il ne falloit pas trop s'arrêter l'esprit à l'étude de l'Anatomie, ni s'y engager trop avant, parce qu'il ny a rien de certain que la mesure des proportions, qu'on ne peut prendre que sur l'Ostollogie, [...].

Quotation

Toutes ces observations, […] furent jugées tres dignes d’être établies en forme de Preceptes certains & octorisez, mais on conclu neanmoins qu’il n’étoit pas possible de prescrire des regles sur la forme des Ordonnances, parce que chacun y doit agir selon la disposition & la force de son genie, & dans toute la liberté de ses propres conceptions & de son esprit, que cette partie depandoit donc d’un talent surnaturel, & que le conseil qu’on pouvoit donner aux Etudians se reduisoit à ces trois chefs, à sçavoir premierement de bien étudier les Histoires dans les meilleurs Auteurs, afin d’en bien comprendre l’idée principale & les circonstances essentielles : Secondement de menager discretement le Contraste en toutes les parties de son Dessein, pour en former comme un agreable harmonie à la vûe, & enfin s’attacher aux beaux exemples des plus excellens Ouvrages afin de se remplir l’esprit des belles idées pour s’en servir dans la construction des Ordonnances.

Quotation

[...] en la Peinture l'on doit comprendre tout d'un coup l'idée du sujet, qu'ainsi un Peintre se doit restreindre à ces trois unités, à sçavoir ce qui arrive en un seul tems ; ce que la vüë peut découvrir d'une seule oeillade ; & ce qui se peut representer dans l'espace d'un Tableau, où l'idée de l'expression se doit rassembler à l'endroit du Heros du sujet comme la Perspective assujettit tout à un seul point ; que le devoir du Peintre est de s'étudier soigneusement à rechercher tout ce qui est essentiel au sujet, & bien examiner ce que les bons Autheurs en ont écrit, & ce qui peu mieux faire paroître le Heros, afin d'en bien exprimer l'image & l'idée, & par ce moyen éviter le défaut que l'on voyoit en beaucoup de Tableaux, méprisés à cet égard, quoi que d'ailleurs très-beaux, comme par exemple en un Tableau du Bassant, où est representé le retour de l'Enfant prodigue en la maison de son Pere, dont les figures principales du sujet sont fort petites, éloignées dans le derriere du Tableau, [...].

Quotation

A l'égard de l'expression des passions particulieres l'on remarqua, que la passion est un mouvement de l'ame, qui reside en la partie sensitive [...] ; que d'ordinaire tout ce qui cause à l'ame de la passion fait faire quelque action au Corps, & qu'ainsi de sçavoir quelles sont les actions du Corps qui expriment les passions de l'ame, L'on dit que ce que l'on appelloit action en cet endroit, n'étoit autre chose que le mouvement de quelque partie, & que ce mouvement ne se faisoit que par le changement des muscles, [...] ; ainsi le muscle qui agit le plus reçoit le plus d'esprits, & par consequent devient enflé plus que les autres.
[...] L'on remarqua qu'encore qu'on puisse representer les passions de l'ame par les actions de tout le Corps, neanmoins que c'étoit au visage où les marques s'y faisoient le plus connoître, & non seulement dans les yeux comme quelques-uns l'ont crû, mais principalement en la forme & aux mouvements des sourcils ; que comme il y a deux appetits dans la partie sensitive de l'ame, il y a aussi deux mouvemens qui y ont un parfait rapport, les uns s'élevent au cerveau & les autres inclinent vers le coeur.

Quotation

L'on remarqua pour la fin, qu'il n'est pas possible, de prescrire precisement toutes les marques des differentes passions, à cause de la diversité, de la forme, & du temperament : [...] qu'ainsi le Peintre doit avoir égard à toutes ces differences, pour conformer les expressions passions au caractere des figures, à la proportion & aux contours.
L'on rapporta à ce propos, ce que quelques naturalistes ont écrit de la physionomie, à sçavoir, que les affections de l'ame suivent le temperament du corps, & que les marques exterieures sont des signes certains des affections de l'ame [...] ; que le mot de Physionomie est un mot composé du Grec, qui signifie regle ou loi de nature, par lesquelles les affections de l'ame ont du rapport à la forme du corps : qu'ainsi il y a des signes fixes & permanents qui font connoître les passions de l'ame, à sçavoir celle qui reside en la partie sensitive.

Quotation

A l'égard de l'Allegorie, on dit, qu'il falloit considerer la difference qu'il y a entre des figures des divinités fabuleuses & des figures allegoriques, qu'à la verité, la fable est incompatible avec la verité : mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d'un excellent genie de l'empêcher de joindre l'Allegorie à l'histoire pour en exprimer les mysteres, lors qu'on le peut faire sans nuire à l'intelligence du sujet, qu'il seroit à souhaiter au contraire, que les Peintre en ne negligeant rien de ce qui est essentiel à leur profession, appliquassent leur esprit à bien connoître le sens mystique des histoires aussi bien que le litteral, leurs ouvrages en seroient beaucoup plus considerables & satisferoient d'avantage la curiosité des Amateurs sçavans

Quotation

Il faut de plus considerer leur valeur pour les ranger en sorte qu’elles puissent mutuellement s’entre-aider & se faire valoir par un judicieux contraste, leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancés ou reculées, & leur union pour les associer en une agreable correspondance ; mais on considera aussi qu’en s’attachant à ce menagement harmonieux des couleurs, on ne devoit pas negliger le bon choix des matieres & leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures, & l’avoisinement de celles qui peuvent causer quelque aigreur ou dureté à la vuë & sur tout dans leur Emploi, les appliquer proprement, chaque teinte en sa place ne les brouillant & tourmentant que le moins qu’il est possible, sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage, & l’éclat, en n’y approchant que des couleurs sales pour les faire paroître d’autant plus vives & plus fraiches

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[…] au sujet de l’Ordonnance, nous representons à Vôtre Grandeur [ndr : Colbert], que cette matiere étant comme l’assemblage & la disposition de toutes les parties de la Peinture, sa composition dépend entierement de la qualité & de la liberté des genies, c’est pourquoi l’Academie n’a pas crû en devoir faire des descisions ni en établir des regles precises, jugeant plus à propos d’en donner quelque idée aux éleves par des exemples.

Quotation

On fit remarquer que les figures qui sont d'une belle proportion, font ordinairement des actions grandes & majestueuses par la relation qu'il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent, que la Noblesse & la Majesté des actions consistent en la grandeur & en la liberté des parties, que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d'agilité, que la force d'un homme paroit à avoir la poitrine large, les épaules grosses & pleines, les bras puissants, dont les muscles soient ressentis & les articles bien noüez, que l'agilité se remarque par les hanches étroites, les genoux & les chevilles des pieds resserrés, le gras de la jambe troussé & peu charnu [...].

Quotation

Le Peintre doit en second lieu concevoir de grandes parties comme de puissantes, soit dans les groupes, soit dans les ombres, soit dans les couleurs, parce que c’est ce qui donne de la beauté & de la noblesse à l’Ouvrage, & qui par cette grandeur le distingue des manieres chifones & mesquines.

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Toutes ces observations, […] furent jugées tres dignes d’être établies en forme de Preceptes certains & octorisez, mais on conclu neanmoins qu’il n’étoit pas possible de prescrire des regles sur la forme des Ordonnances, parce que chacun y doit agir selon la disposition & la force de son genie, & dans toute la liberté de ses propres conceptions & de son esprit, que cette partie depandoit donc d’un talent surnaturel, & que le conseil qu’on pouvoit donner aux Etudians se reduisoit à ces trois chefs, à sçavoir premierement de bien étudier les Histoires dans les meilleurs Auteurs, afin d’en bien comprendre l’idée principale & les circonstances essentielles : Secondement de menager discretement le Contraste en toutes les parties de son Dessein, pour en former comme un agreable harmonie à la vûe, & enfin s’attacher aux beaux exemples des plus excellens Ouvrages afin de se remplir l’esprit des belles idées pour s’en servir dans la construction des Ordonnances.

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[...] le Peintre devoit tellement assujettir toutes les parties qui entrent en la composition de son Tableau, qu'elles concourrent ensemble à former une juste idée du sujet, en sorte qu'elles puissent inspirer dans l'esprit des regardans des émotions convenables à cette idée, & que si il se rencontroit dans la narration de l'Histoire même, quelque circonstance qui y fut contraire, on la devoit supprimer ou si fort negliger quelle n'y pût faire aucune interruption, qu'on peut neanmoins prendre une discrette liberté de choisir des incidens favorables, ou quelque allegorie qui convienne au sujet pour la varieté du Contraste, mais que l'on doit éviter de faire paroître ensemble des choses incompatibles ; par exemple la verité des choses Saintes avec les Prophanes, ou paroître ensemble des personnes qui n'ont été qu'en des tems fort éloignés l'un de l'autre. [...] quelqu'un objecta qu'il seroit dangereux d'établir la suppression des circonstances, parce qu'elle porteroit les jeunes Peintres à négliger celles qui doivent accompagner les Histoires [...]. [...] Que les Histoires Saintes sont d'écrites pour exciter en nous des pensées & des émotions de pieté, par les bons exemples quelles nous proposent, & que ce doit aussi être l'effet de la Peinture, ce qui seroit detourné par des circonstances qui porteroient des caracteres differens ou opposez à l'idée du sujet.

Quotation

A l'égard de l'Allegorie, on dit, qu'il falloit considerer la difference qu'il y a entre des figures des divinités fabuleuses & des figures allegoriques, qu'à la verité, la fable est incompatible avec la verité : mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d'un excellent genie de l'empêcher de joindre l'Allegorie à l'histoire pour en exprimer les mysteres, lors qu'on le peut faire sans nuire à l'intelligence du sujet, qu'il seroit à souhaiter au contraire, que les Peintre en ne negligeant rien de ce qui est essentiel à leur profession, appliquassent leur esprit à bien connoître le sens mystique des histoires aussi bien que le litteral, leurs ouvrages en seroient beaucoup plus considerables & satisferoient d'avantage la curiosité des Amateurs sçavans

Quotation

[…] dans les divers sujets qu’un Peintre peut avoir à representer, il doit premierement déterminer la situation du lieu, & à l’égard des actions des figures se proposer la diversité des mouvemens qui peuvent convenir à son sujet, leurs ponderation ou soûtien en équilibre, leurs position sur un plan perspectif, le contraste, les jours & les ombres, & enfin les couleurs ; puis qu’on doit également avoir égard à toutes ces choses dans le projet qu’on fait de l’Ordonnance pour les disposer, de sorte qu’elles concourent ensemble à l’expression de la principale idée du sujet.

Quotation

[...] pour imiter quelque chose en Peinture il faut s'imaginer un Quarelage intelectuel pour placer chaque partie à l'endroit où les choses se rencontrent Diametralement opposées ; & à l'égard de la proportion, comparer leurs grandeurs selon la diversité des parties. [...] & il n'est pas possible d'imiter en Peinture la moindre chose sans cette observation du Quarelage ideal, qui est comme regarder les objets au travers d'un vitrage.

Quotation

à quoi l'Academie repartit qu'un Peintre doit être aussi fidelle en ses representations, que l'historien en ses narrations, & tous deux très jaloux de la pureté & verité des histoires sacrées, la Peinture pouvant instruire l'Esprit aussi-bien que le divertir.

Quotation

On fit remarquer que les figures qui sont d'une belle proportion, font ordinairement des actions grandes & majestueuses par la relation qu'il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent, que la Noblesse & la Majesté des actions consistent en la grandeur & en la liberté des parties, que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d'agilité, que la force d'un homme paroit à avoir la poitrine large, les épaules grosses & pleines, les bras puissants, dont les muscles soient ressentis & les articles bien noüez, que l'agilité se remarque par les hanches étroites, les genoux & les chevilles des pieds resserrés, le gras de la jambe troussé & peu charnu [...].

Quotation

[...] le Peintre devoit tellement assujettir toutes les parties qui entrent en la composition de son Tableau, qu'elles concourrent ensemble à former une juste idée du sujet, en sorte qu'elles puissent inspirer dans l'esprit des regardans des émotions convenables à cette idée, & que si il se rencontroit dans la narration de l'Histoire même, quelque circonstance qui y fut contraire, on la devoit supprimer ou si fort negliger quelle n'y pût faire aucune interruption, qu'on peut neanmoins prendre une discrette liberté de choisir des incidens favorables, ou quelque allegorie qui convienne au sujet pour la varieté du Contraste, mais que l'on doit éviter de faire paroître ensemble des choses incompatibles ; par exemple la verité des choses Saintes avec les Prophanes, ou paroître ensemble des personnes qui n'ont été qu'en des tems fort éloignés l'un de l'autre.

Quotation

[…] au sujet de l’Ordonnance, nous representons à Vôtre Grandeur [ndr : Colbert], que cette matiere étant comme l’assemblage & la disposition de toutes les parties de la Peinture, sa composition dépend entierement de la qualité & de la liberté des genies, c’est pourquoi l’Academie n’a pas crû en devoir faire des descisions ni en établir des regles precises, jugeant plus à propos d’en donner quelque idée aux éleves par des exemples.

Quotation

on s'y étendit premierement en faisant une definition du Trait en toute son étenduë, qui fut ; Que le Trait n'est autre chose qu'une ligne Phisique, ou une demonstration Mechanique, qui a toûjours quelque dimention en sa largeur quelque déliée qu'elle puisse être ; Que c'est ce qui borne & termine l'étenduë de la surface exterieure d'un sujet, & qui marque les diverses parties qu'elle referme ; Ce sont des lignes qui servent à exprimer la forme des Corps selon leurs differents aspects & situations.

Quotation

En parlant de la degradation des Couleurs ou Perspectives aërées, on dit que s’il étoit possible d’en fixer ou déterminer un degré principal de lumiere sur la Couleur, on pouvoit venir à donner quelques régles de degrés fuyants, mais qu’outre les difficultés qu’il y a pour atteindre à cette exactitude cela empêcheroit les beaux effets de l’Art ; qui ne se rencontrent jamais si agreablement par une dégradation de couleur suivie, que par les éclats que produisent le different rencontre des choses opposées, que le naturel ne nous paroît si égal que tres rarement, à cause des differants rencontres des nuages opposez qui forment des effets de lumiere differants, mais que le Peintre peut poser sur la premiere ligne de son Tableau une couleur dans son plus parfait éclat, & dans l’éloignement placer de distance en distance, de semblables couleurs diminuées proportionnement selon la perspective du Trait. De plus on doit observer que dans la distance de laquelle on regarde le Tableau, il y a beaucoup d’air qui efface la force & vivacité des couleurs, ce qui oblige le Peintre à les fortifier plus qu’elle ne devroient être si l’Ouvrage étoit regardé de prés ; c’est pourquoi il importe necessairement d’observer la position du Tableau, & de quelle lumiere il doit être éclairé, pour aproprier la douceur ou la force des couleurs.

Quotation

L’on dit qu’à la verité, l’on ne pouvoit pas avec des couleurs artificielles imiter le grand éclat des lumieres naturelles, que par l’opposition des obscurités n’y faire paroitre le relief, que par les divers degrez des Teintes & des Ombres, mais aussi qu’il y auroit de la temerité d’entreprendre l’impossible : que pour cette raison l’on étoit convenu dans les conferences precedentes de ne point faire paroître en un Tableau le Corps de quelque lumiere que ce soit, & que ne pouvant atteindre à l’éclat du naturel, il se falloit contenter d’en approcher autant par les moyens de l’art le pouvoient permettre proportionnant le brun au clair, & tenant avec une sage mediocrité le milieu, entre les manieres qui sont outrées, comme en l’Ecole des Lombards, & celles qui sont fades & mesquines, ainsi que dans les manieres Gottiques qui affectoient d’éviter les ombres.

Quotation

On fit remarquer que les figures qui sont d'une belle proportion, font ordinairement des actions grandes & majestueuses par la relation qu'il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent, que la Noblesse & la Majesté des actions consistent en la grandeur & en la liberté des parties, que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d'agilité, que la force d'un homme paroit à avoir la poitrine large, les épaules grosses & pleines, les bras puissants, dont les muscles soient ressentis & les articles bien noüez, que l'agilité se remarque par les hanches étroites, les genoux & les chevilles des pieds resserrés, le gras de la jambe troussé & peu charnu [...].

Quotation

Ce qui fit considérer de quatre sortes de sujets qui forment autant de difference de proportions & de contours, que l'on nomma vulgaires, Pastoralles & Champestres, dont on dit que les contours doivent être grossiers, ondoyants & incertains, appellant ondoyants la maniere de dessigner, où l'on ne voit aucuns muscles, qui commande à lautre, mais qui s'entresuivent également, que les grossiers & incertains sont tels, que les muscles paroissent confondus avec les tendons & les artères, & où rien n'est articulé, ce qui est pour des sujets simples & des gens grossiers.
En des sujets serieux, où la nature doit être representée belle & agreable, les contours doivent être nobles & certains, passant doucement de l'un à l'autre, en formant les parties grandes & precises, comme il paroît aux figures des jeunes hommes & des filles, où l'on ne voit rien d'aigu, mais au contraire les contours bien coulants.
La troisiéme sorte de contours que l'on a nommé grands, forts, resolus & arrêtés sont ceux auxquels ne se trouvent rien de douteux, [...] où il n'y a rien de choisi & de bien ordonné, ce qui est propre à representer des Heros  qui ne doivent avoir rien que de parfait, car comme les Poëtes leur ont attribué, des vertus surnaturelles, les Peintres & Sculpteurs de l'Antiquité en avoient fait de même, choisissant en plusieurs corps, ce qu'il y avoit de plus beau pour en composer un, qui fût propre à de telles expressions & capable d'entrer en des sujets heroïques & extraordinaires.
En quatriéme lieu, l'on considera une maniere de contours artistes excedants le naturel, que l'on nomma puissans, austeres & terribles, puissans pour ce qu'ils font paroître les figures grandes & majestueuses, & qu'ils forment de grandes parties ; austeres parce qu'ils n'ont rien que de solide & de necessaire & qu'ils ne soustrent point de choses inutiles, [...], cette manière n'étant propre qu'à representer des divinités, que c'étoit ce que les anciens avoient soigneusement pratiqué [...].

Les contours terribles sont pour les Ouvrages éloignés de la vûë, & pour representer des geans.

Quotation

L’on fit observer que chacun voit la nature de differentes façons selon la disposition des organes & du temperament, ce qui fait la diversité des goûts & la difference des manieres. C’est pourquoi on ne pouvoit pas decider de la beauté sur des inclinations particulieres, lesquelles se trouvant differentes dans la diversité des nations & des climats, mais que l’on doit suivant un jugement degagé de toutes preventions faire choix des effets naturels, qui se rapportent mieux aux regles de l’art, se detournant de tout ce qui est manieré, & que pour reconnoître la meilleure des manieres, il falloit non pas les comparer l’une à l’autre, mais confronter celles des plus habiles hommes avec le naturel, pour juger des plus raisonnables. [...] que pour cette raison l’on étoit convenu dans les conferences precedentes de ne point faire paroître en un Tableau le Corps de quelque lumiere que ce soit, & que ne pouvant atteindre à l’éclat du naturel, il se falloit contenter d’en approcher autant par les moyens de l’art le pouvoient permettre proportionnant le brun au clair, & tenant avec une sage mediocrité le milieu, entre les manieres qui sont outrées, comme en l’Ecole des Lombards, & celles qui sont fades & mesquines, ainsi que dans les manieres Gottiques qui affectoient d’éviter les ombres.

Quotation

L’on dit qu’à la verité, l’on ne pouvoit pas avec des couleurs artificielles imiter le grand éclat des lumieres naturelles, que par l’opposition des obscurités n’y faire paroitre le relief, que par les divers degrez des Teintes & des Ombres, mais aussi qu’il y auroit de la temerité d’entreprendre l’impossible : que pour cette raison l’on étoit convenu dans les conferences precedentes de ne point faire paroître en un Tableau le Corps de quelque lumiere que ce soit, & que ne pouvant atteindre à l’éclat du naturel, il se falloit contenter d’en approcher autant par les moyens de l’art le pouvoient permettre proportionnant le brun au clair, & tenant avec une sage mediocrité le milieu, entre les manieres qui sont outrées, comme en l’Ecole des Lombards, & celles qui sont fades & mesquines, ainsi que dans les manieres Gottiques qui affectoient d’éviter les ombres.

Quotation

L’on dit qu’à la verité, l’on ne pouvoit pas avec des couleurs artificielles imiter le grand éclat des lumieres naturelles, que par l’opposition des obscurités n’y faire paroitre le relief, que par les divers degrez des Teintes & des Ombres, mais aussi qu’il y auroit de la temerité d’entreprendre l’impossible : que pour cette raison l’on étoit convenu dans les conferences precedentes de ne point faire paroître en un Tableau le Corps de quelque lumiere que ce soit, & que ne pouvant atteindre à l’éclat du naturel, il se falloit contenter d’en approcher autant par les moyens de l’art le pouvoient permettre proportionnant le brun au clair, & tenant avec une sage mediocrité le milieu, entre les manieres qui sont outrées, comme en l’Ecole des Lombards, & celles qui sont fades & mesquines, ainsi que dans les manieres Gottiques qui affectoient d’éviter les ombres.

Quotation

Il faut de plus considerer leur valeur pour les ranger en sorte qu’elles puissent mutuellement s’entre-aider & se faire valoir par un judicieux contraste, leur force, pour les placer aux endroits que l’on veut faire paroître avancés ou reculées, & leur union pour les associer en une agreable correspondance ; mais on considera aussi qu’en s’attachant à ce menagement harmonieux des couleurs, on ne devoit pas negliger le bon choix des matieres & leur application, évitant le mélange de celles qui sont corruptibles avec celles qui sont pures, & l’avoisinement de celles qui peuvent causer quelque aigreur ou dureté à la vuë & sur tout dans leur Emploi, les appliquer proprement, chaque teinte en sa place ne les brouillant & tourmentant que le moins qu’il est possible, sur tout dans les carnations, où à l’imitation du Titien, on doit donner tout l’avantage, & l’éclat, en n’y approchant que des couleurs sales pour les faire paroître d’autant plus vives & plus fraiches ; enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.

Quotation

qu’on ne doit pas estimer un ouvrage de Peinture, par l’éclat de la couleur, qui ne charme ordinairement que les esprits du vulgaire, & que la veritable beauté de la couleur consiste, en un ménagement harmonieux conduit par l’oeconomie du dessein : ce qui fut appuyé par un discours qui contenoit en substance que le veritable merite de quelque chose consistoit en ce qui se soûtient de soi-même sans emprunter rien d’autrui, que suivant ce principe pour connoître la difference du merite entre le dessein & la couleur, il falloit connoître laquelle de ces choses étoit la plus independante : que l’on representa, que le dessein qui se nomme pratique est produit de l’intellect & de l’imagination qu’il s’exprime par la parole & par la main, & que c’est de cette derniere maniere ; qu’avec un crayon on imite toutes les chose visibles, & donne non seulement la forme & la proportion, mais exprime jusqu’aux mouvemens de l’ame sans avoir besoin de la couleur, si ce n’est pour representer la rougeur ou la paleur, n’étant en elle-même qu’un accident dependant des divers effets de lumiere, puisqu’elle change selon qu’elle est éclairée, de telle sorte que la nuit à la lueur d’un flambeau, le verd paroît bleu, & le jaune paroît être blanc. L’on fit considerer, que la couleur qui entre dans la composition d’un Tableau, ne peut produire ni coloris ni teinte que par sa matiere même, elle étoit par consequent moins noble que le Dessein qui ne releve que de l’esprit. L’on ajoûta que la couleur depend tellement du Dessein, qu’il lui est impossible de representer quoi que ce soit sans son Ordonnance & sa conduite. Qu’ainsi il est trés constant que le merite de la Peinture consiste plûtôt dans le Dessein que dans la Couleur, puisque ce qui réleve le merite des choses, est de dépendre moins d’une cause étrangere, qu’il falloit donc tomber d’accord que celui du Dessin étoit infiniment au dessus de celui de la Couleur.

Quotation

Et d'autant que la principale étude du Dessein se fait sur un modele vivant, l'Académie jugea que les Etudiants doivent Exquisser leurs figures legerement & promptemement, selon la regle d'oppostion et de comparaison pour concevoir la vivacité du mouvement de l'action & l'esprit dont le naturel est animé afin que par cette promptitude ils s'en impriment l'idée, & s'en remplissent l'esprit tellement que leur Dessein paroisse animé de la même vivacité du naturel [...].

Quotation

A l'égard de l'expression des passions particulieres l'on remarqua, que la passion est un mouvement de l'ame, qui reside en la partie sensitive [...] ; que d'ordinaire tout ce qui cause à l'ame de la passion fait faire quelque action au Corps, & qu'ainsi de sçavoir quelles sont les actions du Corps qui expriment les passions de l'ame, L'on dit que ce que l'on appelloit action en cet endroit, n'étoit autre chose que le mouvement de quelque partie, & que ce mouvement ne se faisoit que par le changement des muscles, [...] ; ainsi le muscle qui agit le plus reçoit le plus d'esprits, & par consequent devient enflé plus que les autres.
[...] L'on remarqua qu'encore qu'on puisse representer les passions de l'ame par les actions de tout le Corps, neanmoins que c'étoit au visage où les marques s'y faisoient le plus connoître, & non seulement dans les yeux comme quelques-uns l'ont crû, mais principalement en la forme & aux mouvements des sourcils ; que comme il y a deux appetits dans la partie sensitive de l'ame, il y a aussi deux mouvemens qui y ont un parfait rapport, les uns s'élevent au cerveau & les autres inclinent vers le coeur.

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A l'égard de l'expression des passions particulieres l'on remarqua, que la passion est un mouvement de l'ame, qui reside en la partie sensitive [...] ; que d'ordinaire tout ce qui cause à l'ame de la passion fait faire quelque action au Corps, & qu'ainsi de sçavoir quelles sont les actions du Corps qui expriment les passions de l'ame, L'on dit que ce que l'on appelloit action en cet endroit, n'étoit autre chose que le mouvement de quelque partie, & que ce mouvement ne se faisoit que par le changement des muscles, [...] ; ainsi le muscle qui agit le plus reçoit le plus d'esprits, & par consequent devient enflé plus que les autres.
[...] L'on remarqua qu'encore qu'on puisse representer les passions de l'ame par les actions de tout le Corps, neanmoins que c'étoit au visage où les marques s'y faisoient le plus connoître, & non seulement dans les yeux comme quelques-uns l'ont crû, mais principalement en la forme & aux mouvements des sourcils ; que comme il y a deux appetits dans la partie sensitive de l'ame, il y a aussi deux mouvemens qui y ont un parfait rapport, les uns s'élevent au cerveau & les autres inclinent vers le coeur.

Quotation

La seconde chose étoit de bien sçavoir menager leur diminution, pour faire enfoncer les objets dans le Tableau, & imiter le plus qu’il est possible, les beaux effets du naturel.
En parlant de la degradation des Couleurs ou Perspectives aërées, on dit que s’il étoit possible d’en fixer ou déterminer un degré principal de lumiere sur la Couleur, on pouvoit venir à donner quelques régles de degrés fuyants, mais qu’outre les difficultés qu’il y a pour atteindre à cette exactitude cela empêcheroit les beaux effets de l’Art ; qui ne se rencontrent jamais si agreablement par une dégradation de couleur suivie, que par les éclats que produisent le different rencontre des choses opposées, que le naturel ne nous paroît si égal que tres rarement, à cause des differants rencontres des nuages opposez qui forment des effets de lumiere differants, mais que le Peintre peut poser sur la premiere ligne de son Tableau une couleur dans son plus parfait éclat, & dans l’éloignement placer de distance en distance, de semblables couleurs diminuées proportionnement selon la perspective du Trait.

Quotation

enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.
Quelqu’un de l’Academie prit de là occasion de proposer une question de sçavoir, ce que l’on doit entendre par le beau naturel, & en quoi consiste cette beauté, laquelle le Peintre doit imiter, disant que si l’on en devoit croire le sens naturel & commun, (les choses étant ordonnées dans une reguliere Cimetrie,) un air serein, des arbres fort bien dressés, un terrain uni, & des objets plaisants, lui paroissoient d’une très agreable beauté, qu’il pensoit que l’on devoit du moins approprier les choses à la nature des sujets, pour former la beauté d’un Tableau, par une convenance raisonnable, & que neantmoins il avoit remarqué dans les ouvrages de tres-habilles hommes une affectation de faire paroître les choses dans l’irregularité, le désordre & l’obscurité, comme l’on voyoit en beaucoup d’endroits des Bacchanalles representées en des lieux sombres & mal plaisants, contre l’usage ordinairement pratiqué par tout de chercher des lieux agreables pour les rejouissances [...] que l’on ne devoit pas juger de la beauté des objets, par ce qu’ils ont de surprenant, n’y sur des opinions singulieres, mais suivant le sentiment universel des Esprits les plus éclairés & l’approbation la plus generale, qu’en la Peinture l’on devoit tenir pour beau ce qui imitoit le mieux le naturel dans un choix raisonnable, que dans les choses naturelles il falloit distinguer le naturel simple, d’avec un naturel composé, & entre ces derniers de reguliers & d’autres Rustiques ; dans le regulier, que la beauté consiste en la Cimetrië, & en la belle ordonnance de l’art & dans le rustique, l’irregularité champestre.

Quotation

On fit remarquer que les figures qui sont d'une belle proportion, font ordinairement des actions grandes & majestueuses par la relation qu'il y a entre la forme des corps & la disposition des esprits qui les animent, que la Noblesse & la Majesté des actions consistent en la grandeur & en la liberté des parties, que les belles proportions sont toûjours accompagnées de force & d'agilité, que la force d'un homme paroit à avoir la poitrine large, les épaules grosses & pleines, les bras puissants, dont les muscles soient ressentis & les articles bien noüez, que l'agilité se remarque par les hanches étroites, les genoux & les chevilles des pieds resserrés, le gras de la jambe troussé & peu charnu [...].

Quotation

Le Peintre doit en second lieu concevoir de grandes parties comme de puissantes, soit dans les groupes, soit dans les ombres, soit dans les couleurs, parce que c’est ce qui donne de la beauté & de la noblesse à l’Ouvrage, & qui par cette grandeur le distingue des manieres chifones & mesquines.

Quotation

[...] en la Peinture l'on doit comprendre tout d'un coup l'idée du sujet, qu'ainsi un Peintre se doit restreindre à ces trois unités, à sçavoir ce qui arrive en un seul tems ; ce que la vüë peut découvrir d'une seule oeillade ; & ce qui se peut representer dans l'espace d'un Tableau, où l'idée de l'expression se doit rassembler à l'endroit du Heros du sujet comme la Perspective assujettit tout à un seul point ; que le devoir du Peintre est de s'étudier soigneusement à rechercher tout ce qui est essentiel au sujet, & bien examiner ce que les bons Autheurs en ont écrit, & ce qui peu mieux faire paroître le Heros, afin d'en bien exprimer l'image & l'idée, & par ce moyen éviter le défaut que l'on voyoit en beaucoup de Tableaux, méprisés à cet égard, quoi que d'ailleurs très-beaux, comme par exemple en un Tableau du Bassant, où est representé le retour de l'Enfant prodigue en la maison de son Pere, dont les figures principales du sujet sont fort petites, éloignées dans le derriere du Tableau, [...]. En un autre du Breugle en la representation de l'une des plus importantes actions de la Magdeleine, où sont reculées dans le lointain les figures principales pour faire paroître sur le devant du Tableau diverses personnes indifferentes au sujet, [...] Que l'on void même en des representations de la Nativité de Nôtre Sauveur, où l'on met en des places les plus apparentes, un Boeuf & un Ane, qui sont des choses indecentes & profanes, [...] qu'ainsi la representation de ces animaux n'étoit nullement de l'essence du sujet & qu'ils ne conviennent point à l'idée que cette histoire doit inspirer dans l'esprit de ceux qui la contemplent.

Quotation

L’on dit qu’à la verité, l’on ne pouvoit pas avec des couleurs artificielles imiter le grand éclat des lumieres naturelles, que par l’opposition des obscurités n’y faire paroitre le relief, que par les divers degrez des Teintes & des Ombres, mais aussi qu’il y auroit de la temerité d’entreprendre l’impossible : que pour cette raison l’on étoit convenu dans les conferences precedentes de ne point faire paroître en un Tableau le Corps de quelque lumiere que ce soit, & que ne pouvant atteindre à l’éclat du naturel, il se falloit contenter d’en approcher autant par les moyens de l’art le pouvoient permettre proportionnant le brun au clair, & tenant avec une sage mediocrité le milieu, entre les manieres qui sont outrées, comme en l’Ecole des Lombards, & celles qui sont fades & mesquines, ainsi que dans les manieres Gottiques qui affectoient d’éviter les ombres.

Quotation

Ce qui fit considérer de quatre sortes de sujets qui forment autant de difference de proportions & de contours, que l'on nomma vulgaires, Pastoralles & Champestres, dont on dit que les contours doivent être grossiers, ondoyants & incertains, appellant ondoyants la maniere de dessigner, où l'on ne voit aucuns muscles, qui commande à lautre, mais qui s'entresuivent également, que les grossiers & incertains sont tels, que les muscles paroissent confondus avec les tendons & les artères, & où rien n'est articulé, ce qui est pour des sujets simples & des gens grossiers.

Quotation

[…] au sujet de l’Ordonnance, nous representons à Vôtre Grandeur [ndr : Colbert], que cette matiere étant comme l’assemblage & la disposition de toutes les parties de la Peinture, sa composition dépend entierement de la qualité & de la liberté des genies, c’est pourquoi l’Academie n’a pas crû en devoir faire des descisions ni en établir des regles precises, jugeant plus à propos d’en donner quelque idée aux éleves par des exemples.
[…] dans les divers sujets qu’un Peintre peut avoir à representer, il doit premierement déterminer la situation du lieu, & à l’égard des actions des figures se proposer la diversité des mouvemens qui peuvent convenir à son sujet, leurs ponderation ou soûtien en équilibre, leurs position sur un plan perspectif, le contraste, les jours & les ombres, & enfin les couleurs ; puis qu’on doit également avoir égard à toutes ces choses dans le projet qu’on fait de l’Ordonnance pour les disposer, de sorte qu’elles concourent ensemble à l’expression de la principale idée du sujet. Le Peintre doit en second lieu concevoir de grandes parties comme de puissantes, soit dans les groupes, soit dans les ombres, soit dans les couleurs, parce que c’est ce qui donne de la beauté & de la noblesse à l’Ouvrage, & qui par cette grandeur le distingue des manieres chifones & mesquines.
[…] quelqu’un de la Compagnie soûtenant que l’on devoit aussi bien garder la même oeconomie dans un sujet de plusieurs figures, que dans une seule tête, & pour appuyer sa proposition, il dit, que la faculté de la vûe agit beaucoup mieux lors qu’elle n’est occupée que par un seul objet, qu’ainsi il étoit necessaire d’admettre une unité d’objet dans les Ordonnances quelque nombreuse que soit la quantité des figures qu’on y introduit, & comme la rondeur est la forme la plus proportionnée & la plus agreable à la vûë ; il estimoit que les figures qui entrent dans l’Ordonnance d’un Tableau devoient (autant que les sujets le peuvent permettre) être disposée à peu prés comme celle d’une tête. Cette proposition fut combatuë par une raison differante, à sçavoir que dans les compositions de diverses figures il étoit plus à propos d’éviter la cimetrie, c’est à dire la rencontre de quelque forme reguliere que ce puissse être ; que la beauté de l’Ordonnance en des figures qui doivent paroître mouvantes se rencontrent plus avantageusement dans le Contraste, & qu’au lieu de se gêner l’esprit en la forme des Ordonnances & des Groupes, il falloit mieux y agir librement sans l’affectation d’aucunes figures Geometriques, que les formes angulaires y conviendroient mieux que les rondes, étant plus conformes aux rayons visuels & à la Perspective, qui sont choses à quoi l’on doit assujettir tout ce qu’on represente, soit pour les Corps solides, soit pour la position des figures & pour authoriser ce sentiment, on raporta pour exemple le Tableau de l’Ecole d’Athene, de Raphaël, lequel est estimé par tous les Savants pour un parfaitement beau modele d’Ordonnance, & où la disposition des figures forme plûtôt des Angles qui tendent au point Perspectif qu’aucune autre figure, qu’ainsi l’unique regle & l’observation principale dans la disposition de plusieurs figures est, de reduire toutes les parties en telle sorte qu’elles conduisent la vûe à l’endroit où sera le heros du sujet.

Quotation

Quand au troisiéme Tableau [ndr : Nicolas Poussin, Les Israélites recueillant la manne dans le désert], l’on fit remarquer que cette partie de l’Ordonnance comprenoit trois choses : 1. La conception du lieu : 2. La disposition des figures : 3. Le plan perspectif. Dans la premiere l’on considera, que le Poussain y avoit formé de grandes terraces pour servir de fond aux figures de devant & pousser le lointain, des Rochers grands & terribles qui donne l’idée d’un affreux desert, […] ; que quand à la disposition des figures, divers groupes détachez les uns des autres composoient de grandes parties si distinctes, que la vûe s’y peut promener sans peine, & pourtant si bien liés l’un à l’autre qu’ils s’unissent pour faire un beau tout ensemble. On remarqua particulierement en chaque groupe un judicieux Contraste ; & nonobstant la diversité des mouvemens un concours admirable à l’expression du sujet. Enfin pour ce qui regarde le plan perspectif on tomba d’accord qu’il ne ce pouvoit rien voir de plus regulier, chaque choses étant proportionnée suivant les regles de la situation naturelle, de sorte que l’Auteur de cet ouvrage avoit dans un sujet de desordre trouvé le moyen de faire paroître beaucoup de monde bien ordonné & sans aucune confusion, ayant pû sur tout placer son Heraut en un lieu eminant où la vûë est conduite par les actions de toutes les figures.

Quotation

Toutes ces observations, […] furent jugées tres dignes d’être établies en forme de Preceptes certains & octorisez, mais on conclu neanmoins qu’il n’étoit pas possible de prescrire des regles sur la forme des Ordonnances, parce que chacun y doit agir selon la disposition & la force de son genie, & dans toute la liberté de ses propres conceptions & de son esprit, que cette partie depandoit donc d’un talent surnaturel, & que le conseil qu’on pouvoit donner aux Etudians se reduisoit à ces trois chefs, à sçavoir premierement de bien étudier les Histoires dans les meilleurs Auteurs, afin d’en bien comprendre l’idée principale & les circonstances essentielles : Secondement de menager discretement le Contraste en toutes les parties de son Dessein, pour en former comme un agreable harmonie à la vûe, & enfin s’attacher aux beaux exemples des plus excellens Ouvrages afin de se remplir l’esprit des belles idées pour s’en servir dans la construction des Ordonnances.

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[…] au sujet de l’Ordonnance, nous representons à Vôtre Grandeur [ndr : Colbert], que cette matiere étant comme l’assemblage & la disposition de toutes les parties de la Peinture, sa composition dépend entierement de la qualité & de la liberté des genies, c’est pourquoi l’Academie n’a pas crû en devoir faire des descisions ni en établir des regles precises, jugeant plus à propos d’en donner quelque idée aux éleves par des exemples. [...] Le Peintre doit en second lieu concevoir de grandes parties comme de puissantes, soit dans les groupes, soit dans les ombres, soit dans les couleurs, parce que c’est ce qui donne de la beauté & de la noblesse à l’Ouvrage, & qui par cette grandeur le distingue des manieres chifones & mesquines.

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L'on remarqua ensuite, que la pratique de la mesure étoit plus propre à la Sculpture qu'à la Peinture, parce que le Peintre ne peut pas mesurer facilement à cause du racourci qu'il ne peut pas éviter de faire en quelque partie, pour peu de mouvement que fasse un Corps animé, [...], tellement qu'un Peintre qui voudroit s'assujettir aux mesures par l'observation des regles, [...], il feroit toûjours un Ouvrage amorti & sans vivacité, la fatigue du travail éteignant le feu de l'esprit, c'est pourquoi il doit se remplir l'entendement de la precision des Regles, & les imprimer fortement dans la memoire, pour en travaillant de jugement, en avoir toûjours les idées presentes, afin qu'elles puissent precisement le conduire avec justesse dans ses ouvrages, au lieu que dans la Sculpture il est très-aisé de mesurer toutes les parties d'une figure, ce qui a fait dire que le Sculpteur doit avoir toûjours le Compas à la main, & le Peintre au contraire dans l'oeil. On observa que ceux qui ont fait les belles figures Antiques ont augmenté les mesures selon la distance, dont elles devoient être vûës, se servant des Regles de l'Optique pour les faire paroître en leur legitime grandeur, [...].

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[...] le Peintre devoit tellement assujettir toutes les parties qui entrent en la composition de son Tableau, qu'elles concourrent ensemble à former une juste idée du sujet, en sorte qu'elles puissent inspirer dans l'esprit des regardans des émotions convenables à cette idée, & que si il se rencontroit dans la narration de l'Histoire même, quelque circonstance qui y fut contraire, on la devoit supprimer ou si fort negliger quelle n'y pût faire aucune interruption, qu'on peut neanmoins prendre une discrette liberté de choisir des incidens favorables, ou quelque allegorie qui convienne au sujet pour la varieté du Contraste, mais que l'on doit éviter de faire paroître ensemble des choses incompatibles ; par exemple la verité des choses Saintes avec les Prophanes, ou paroître ensemble des personnes qui n'ont été qu'en des tems fort éloignés l'un de l'autre. [...] quelqu'un objecta qu'il seroit dangereux d'établir la suppression des circonstances, parce qu'elle porteroit les jeunes Peintres à négliger celles qui doivent accompagner les Histoires [...]. [...] en la Peinture l'on doit comprendre tout d'un coup l'idée du sujet, qu'ainsi un Peintre se doit restreindre à ces trois unités, à sçavoir ce qui arrive en un seul tems ; ce que la vüë peut découvrir d'une seule oeillade ; & ce qui se peut representer dans l'espace d'un Tableau, où l'idée de l'expression se doit rassembler à l'endroit du Heros du sujet comme la Perspective assujettit tout à un seul point ; que le devoir du Peintre est de s'étudier soigneusement à rechercher tout ce qui est essentiel au sujet, & bien examiner ce que les bons Autheurs en ont écrit, & ce qui peu mieux faire paroître le Heros, afin d'en bien exprimer l'image & l'idée, & par ce moyen éviter le défaut que l'on voyoit en beaucoup de Tableaux, méprisés à cet égard, quoi que d'ailleurs très-beaux, comme par exemple en un Tableau du Bassant, où est representé le retour de l'Enfant prodigue en la maison de son Pere, dont les figures principales du sujet sont fort petites, éloignées dans le derriere du Tableau, [...]. En un autre du Breugle en la representation de l'une des plus importantes actions de la Magdeleine, où sont reculées dans le lointain les figures principales pour faire paroître sur le devant du Tableau diverses personnes indifferentes au sujet, [...] Que l'on void même en des representations de la Nativité de Nôtre Sauveur, où l'on met en des places les plus apparentes, un Boeuf & un Ane, qui sont des choses indecentes & profanes, [...] qu'ainsi la representation de ces animaux n'étoit nullement de l'essence du sujet & qu'ils ne conviennent point à l'idée que cette histoire doit inspirer dans l'esprit de ceux qui la contemplent.

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L'Academie aprouvant ces raisonnemens determina que le Peintre se doit attacher aux caracteres qui conviennent à l'Idée du sujet & negliger les circonstances qui n'y sont pas absolument essentielles. [...] Que le Peintre pouvoit en certains Tableaux de devotion s'attacher d'avantage à la representation des mysteres qu'aux circonstances historiques ; à quoi l'Academie repartit qu'un Peintre doit être aussi fidelle en ses representations, que l'historien en ses narrations, & tous deux très jaloux de la pureté & verité des histoires sacrées, la Peinture pouvant instruire l'Esprit aussi-bien que le divertir.
A l'égard de l'Allegorie, on dit, qu'il falloit considerer la difference qu'il y a entre des figures des divinités fabuleuses & des figures allegoriques, qu'à la verité, la fable est incompatible avec la verité : mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d'un excellent genie de l'empêcher de joindre l'Allegorie à l'histoire pour en exprimer les mysteres, lors qu'on le peut faire sans nuire à l'intelligence du sujet, qu'il seroit à souhaiter au contraire, que les Peintre en ne negligeant rien de ce qui est essentiel à leur profession, appliquassent leur esprit à bien connoître le sens mystique des histoires aussi bien que le litteral, leurs ouvrages en seroient beaucoup plus considerables & satisferoient d'avantage la curiosité des Amateurs sçavans

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L'on remarqua pour la fin, qu'il n'est pas possible, de prescrire precisement toutes les marques des differentes passions, à cause de la diversité, de la forme, & du temperament : [...] qu'ainsi le Peintre doit avoir égard à toutes ces differences, pour conformer les expressions passions au caractere des figures, à la proportion & aux contours. [...] [...] à propos de se reduire à ce qui pouvoit être necessaire aux Peintres, & on dit qu'encore que le geste de tout le corps soit un des plus considerables signes, qui marque la disposition de l'Esprit, l'on pouvoit neantmoins s'arrêter aux signes qui se rencontrent en la tête, [...].

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en la Peinture l'on doit comprendre tout d'un coup l'idée du sujet, qu'ainsi un Peintre se doit restreindre à ces trois unités, à sçavoir ce qui arrive en un seul tems ; ce que la vüë peut découvrir d'une seule oeillade ; & ce qui se peut representer dans l'espace d'un Tableau, où l'idée de l'expression se doit rassembler à l'endroit du Heros du sujet comme la Perspective assujettit tout à un seul point ; que le devoir du Peintre est de s'étudier soigneusement à rechercher tout ce qui est essentiel au sujet [...] Que les Histoires Saintes sont d'écrites pour exciter en nous des pensées & des émotions de pieté, par les bons exemples quelles nous proposent, & que ce doit aussi être l'effet de la Peinture, ce qui seroit detourné par des circonstances qui porteroient des caracteres differens ou opposez à l'idée du sujet.

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à quoi l'Academie repartit qu'un Peintre doit être aussi fidelle en ses representations, que l'historien en ses narrations, & tous deux très jaloux de la pureté & verité des histoires sacrées, la Peinture pouvant instruire l'Esprit aussi-bien que le divertir. [...] d'où l'on conclut qu'un Peintre peut bien accompagner l'expression de son sujet de quelques figures allegoriques pour marquer & citer le lieu, où il se rencontre, mais comme par des statuës qui n'ont nulle part aux mouvements des figures qui expriment le sujet, que n'ayant que cette sorte de langage pour exprimer ses belles conceptions, il ne seroit pas juste de lui en ôter la liberté, c'est ce qui a fait dire que la Peinture est une Poesie muette, & la Rhetorique des Peintres.

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C’est pourquoi il ne les [ndr : le dessin et la couleur] falloit pas mettre en paralelle, n’y dire que c’est elle [ndr : la couleur] qui fait la Peinture & le Peintre, puisque c’est du Dessein qu’elle tire tout ce qu’elle a d’éclat & de gloire. […] Que l’on accordoit volontiers que la couleur contribuoit beaucoup pour perfectionner un Ouvrage de Peinture, de même que la beauté du teint acheve de donner la perfection aux beaux traits d’un visage, & qu’elle ne pouvoit pas être ditte parfaite, si la couleur n’y est doctement employée avec oeconomie, ce qui prouvoit encore sa dependance, que si elle avoit l’avantage de plaire aux yeux, le Dessein a celui de satisfaire à l’esprit ; & comme les Tableaux doivent divertir l’un & l’autre, il n’y avoit point de doute que ces deux parties n’y dussent concourir ensemble, & par un agreable accord tenir chacune sa partie & son rang ; que pour cela on ne la devoit pas negliger, mais en bien étudier l’usage conjoinctement avec la lumiere & le dessein, en sorte que ce Pere des Arts en puisse être le Maître & le Conducteur, comme en effet il doit dominer sur toutes les parties de cette Profession.

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L’autre question fut de sçavoir si l’idée que l’on concevoit du Peintre n’étoit que dans le coloris, & si il étoit inutile de chercher ailleurs cette idée en telle sorte que toute son étude se dût arrêter en cette partie là ; il fut dit là-dessus, qu’à parler proprement, la Peinture comprend tout ce qui se peut representer par le Dessein en quelque maniere que ce soit, & que le coloris n’en est qu’une partie, ce que l’on prouva par divers exemples, & particulierement par la Musique, dont les Compositeurs sont appellés Musiciens, encore qu’ils n’ayent ni Voix ni Instrumens, car comme le Musicien sans la Voix peut avec les Instrumens émouvoir les passions qu’il veut toucher, de même que le Peintre a besoin de la couleur quand il veut rendre ses representations completes & achevées, le Musicien qui chante juste & correct avec une voix mediocre, doit être plus estimé que celui qui chante faux avec une belle voix, de même le Peintre bon dessignateur & correct, qui colorie mediocrement est plus estimable que celui qui avec un beau coloris designe mal. Enfin la belle voix peut charmer les ignorants, quoi qu’elle ne soit pas soûtenuë de la justesse, comme le bel éclat de la couleur peut faire la même chose, encore que le Dessein en soit mauvais. Cette contestation fut terminée par un discours auquel on representa pour encourager ceux qui aspirent à l’universalité des parties de la Peinture, & de leur faire connoître toute l’étenduë de l’empire du Dessein ; que c’est par lui que l’Architecture met au jour ses plus belles idées, […].

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qu’en la Peinture l’on devoit tenir pour beau ce qui imitoit le mieux le naturel dans un choix raisonnable, que dans les choses naturelles il falloit distinguer le naturel simple, d’avec un naturel composé, & entre ces derniers de reguliers & d’autres Rustiques ; dans le regulier, que la beauté consiste en la Cimetrië, & en la belle ordonnance de l’art & dans le rustique, l’irregularité champestre. [...] Que l’on trouve ordinairement les choses belles, estimables suivant ces quatre égards, premierement à l’égard de l’utilité, secondement à l’Egard de la commodité, tiercement de la rareté, & en quatriéme celui de la nouveauté, que l’utilité de la Peinture est de plaire aux yeux & de satisfaire à l’esprit par la representation des choses absentes, ce qui oblige le Peintre d’imiter le naturel en sa verité & de choisir les plus agreables aspects.

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chacune de ses manieres de peindre ont leur proprieté & leur advantage, qu’à la verité la détrempe conserve la beauté des couleurs dans sa pureté & que leur matte imite mieux les apparences des choses naturelles, mais qu’il faut aussi tomber d’accord, que la Peinture à l’huile a generalement plus d’avantage pour donner de la force & de l’union & même pour prendre la teinte des objets dans tous les divers effets des lumieres differentes sur les objets éloignés de la vuë, ces considerations contenterent les deux Aveugles, qui s’en retournerent satisfaits, & le Professeur en ayant fait le recit en une assemblée de conference donna par ce moyen occasion de parler sur la couleur, on representa, que les anciens au sortir de la pratique de peindre à détrempe tomberent en quelque sorte de dureté par la grande force des ombres, comme on le peut remarquer en quelques ouvrages de Jule Romain, de Raphael, & autres, tant de l’École des Romains, que celles des Lombards qui ont travaille dans ces premiers tems là, où l’usage des reflexs, n’étoit point encore connu, que les reflexs sont d’une grande utilité pour produire l’union dans les couleurs, portants quelque chose des couleurs voisines dans l’ombre des corps, sur lesquels ils rejalissent, ce qui est l’avantage des siecles suivants où les habilles hommes se sont étudiés à la belle oeconomie & dispensation des couleurs, qui est le plus bel effet que peut produire leur raisonnable mariage

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L'on remarqua de même dans la pratique des regles deux manieres de representer un sujet, l'une que l'on nomme Geometrale & l'autre quon appelle Perspective. La premiere à trois figures, le plan, le profil, & l'élevation. La deuzieme s'aperçoit par la surface extérieure, & que l'on découvre d'un simple coup d'oeil, sur laquelle on fit diverses observations generales ; premierement la lumiere, secondement la determination de l'endroit où ce rencontre la lumière & l'ombre, troisiémement qu'on voit le sujet par un seul endroit d'une seule vûë, par le rayonnement de certaines lignes droites, qui s'assemblent en l'oeil & vont passer à chaque point apparent du sujet, en sorte que ces lignes font entr'elles des Angles differens, dont la base est au sujet, & la pointe en l'oeil. Quatriémement, que l'oeil ne voit aucun sujet que l'un & l'autre ne soient arrêtez & imobilles, & qu'il n'y ait de l'intervalle entr'eux. Cinquiémement, qu'il faut concevoir une surface plate & transparante en une place où traverse tous les rayonnemens, & sur laquelle toutes les apparences du sujet soient pointées, ce que l'on apelle Tableau, dont il s'ensuit que, le sujet, le tableau, & l'oeil, doivent être situez de distance convenable. Cette situation étant ainsi determinée est le principe sur lequel est fondé le moyen de representer quelque chose en Perspective.

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en la Peinture l'on doit comprendre tout d'un coup l'idée du sujet, qu'ainsi un Peintre se doit restreindre à ces trois unités, à sçavoir ce qui arrive en un seul tems ; ce que la vüë peut découvrir d'une seule oeillade ; & ce qui se peut representer dans l'espace d'un Tableau, où l'idée de l'expression se doit rassembler à l'endroit du Heros du sujet comme la Perspective assujettit tout à un seul point ; que le devoir du Peintre est de s'étudier soigneusement à rechercher tout ce qui est essentiel au sujet, & bien examiner ce que les bons Autheurs en ont écrit, & ce qui peu mieux faire paroître le Heros, afin d'en bien exprimer l'image & l'idée, & par ce moyen éviter le défaut que l'on voyoit en beaucoup de Tableaux, méprisés à cet égard, quoi que d'ailleurs très-beaux, comme par exemple en un Tableau du Bassant, où est representé le retour de l'Enfant prodigue en la maison de son Pere, dont les figures principales du sujet sont fort petites, éloignées dans le derriere du Tableau, [...]. En un autre du Breugle en la representation de l'une des plus importantes actions de la Magdeleine, où sont reculées dans le lointain les figures principales pour faire paroître sur le devant du Tableau diverses personnes indifferentes au sujet, [...] Que l'on void même en des representations de la Nativité de Nôtre Sauveur, où l'on met en des places les plus apparentes, un Boeuf & un Ane, qui sont des choses indecentes & profanes, [...] qu'ainsi la representation de ces animaux n'étoit nullement de l'essence du sujet & qu'ils ne conviennent point à l'idée que cette histoire doit inspirer dans l'esprit de ceux qui la contemplent.

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La seconde chose étoit de bien sçavoir menager leur diminution, pour faire enfoncer les objets dans le Tableau, & imiter le plus qu’il est possible, les beaux effets du naturel.
En parlant de la degradation des Couleurs ou Perspectives aërées, on dit que s’il étoit possible d’en fixer ou déterminer un degré principal de lumiere sur la Couleur, on pouvoit venir à donner quelques régles de degrés fuyants, mais qu’outre les difficultés qu’il y a pour atteindre à cette exactitude cela empêcheroit les beaux effets de l’Art ; qui ne se rencontrent jamais si agreablement par une dégradation de couleur suivie, que par les éclats que produisent le different rencontre des choses opposées, que le naturel ne nous paroît si égal que tres rarement, à cause des differants rencontres des nuages opposez qui forment des effets de lumiere differants, mais que le Peintre peut poser sur la premiere ligne de son Tableau une couleur dans son plus parfait éclat, & dans l’éloignement placer de distance en distance, de semblables couleurs diminuées proportionnement selon la perspective du Trait. De plus on doit observer que dans la distance de laquelle on regarde le Tableau, il y a beaucoup d’air qui efface la force & vivacité des couleurs, ce qui oblige le Peintre à les fortifier plus qu’elle ne devroient être si l’Ouvrage étoit regardé de prés ; c’est pourquoi il importe necessairement d’observer la position du Tableau, & de quelle lumiere il doit être éclairé, pour aproprier la douceur ou la force des couleurs.

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enfin que dans cette partie de la couleur, l’on doit considerer ces trois choses conjointement pour y exceller, la belle oeconomie des couleurs, la propreté dans leur mêlange & application, & la liberté du Pinceau ; ces trois choses (qui bien souvent font chacune tout le talant d’un homme) ne se doivent jamais separer, encore qu’ils requierent chacun un soin particulier pour imiter la beauté du naturel.

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En l'actitude l'on remarqua la position de la figure & le contraste de ses parties, en l'une on trouva parfaitement bien observée la Ponderation, qui est la regle de la bien poser sur son plan, & que le creux du col porte à plomb sur la cheville du pied, qui soûtient tout le corps : & dans l'autre on fit observer cette maxime à l'égard des actions agissantes, à sçavoir, que quand un bras avance & se hausse, la jambe du même côté doit baisser & reculer, ainsi du reste.

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[...] l'étude des belles figures Antiques étoit très necessaire dans le commencement, & même plus avantageuse que le naturel, mais l'on assura qu'en l'un & en l'autre on étoit obligé de s'assujettir à imiter exactement son objet pour en receuillir le fruit qu'on en desire, & s'habituer l'oeil & la main à la justesse & precision, ce qui est le fondement de la Pratique de la Peinture [...].
A l'égard des plus avancés on les exorta de joindre la Theorie à la Pratique, d'examiner les raisons qu'ont observé les Autheurs des beaux ouvrages Antiques qui se sont servis de la Geometrie pour les proportions, l'Anathomie, pour apprendre l'Ostologie, la situation, la forme & le mouvement des muscles exterieurs seulement, la Perspective, la Physique & la Phisionomie pour connoître les divers caracteres des complections & des passions, car il faut bien sçavoir toutes ses choses pour donner bien à propos ses charges dagremens, en quoi consiste ce que l'on appelle le grand goût,