SPECTATEUR → connaissance

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Quotation

[...] Et requérant aussi des négocians un peu intéressez, qu’ils fassent leur trafic avec plus de droiture, tant pour leur bien que pour banir ce mot de manie, qu’on donne souvent à tort à plusieurs Curieux et connoissants desdits ouvrages à leur occasion : Car c’est a tort qu’on répute à folie et foiblesse d’être amateur & connaisseur de ce qui est beau & bon ; Mais c’en est bien une tres-grande, de juger de l’intention & pensée d’autruy, autant que d’en estre bien informé.
Mais pour revenir à mon dessein, je dis qu’une personne qui ignore la pratique de la Pourtraiture & Peinture, & ce qui est des particularitez cy-devant deduites en gros, quand il entend dire qu’un Peintre ou autre tel Connoissant qui n’aura jamais veu qu’un ou deux Tableaux d’un autre Peintre, supposé qu’il n’eust point changé de manière, discernera ceux qu’il sera en suitte pour en estre, quoy que differents ; Et de plus s’il y a des Coppies faites sur iceux, sans avoir veu lesdits Originaux, il les reconnoistra tels, & aussi fera la distinction s’ils sont bien ou mal coppiez, ou s’ils sont retouchez par endroits de celui qui a fait l’original ; A grand subjet de s’estonner, & de se persuader qu’il est comme impossible de connoistre ces choses, & encore plus qu’une personne comme luy qui n’est pas dans la pratique de cét Art, puisse parvenir à quelque point de cette mesme Connoissance

Selon Marianne Le Blanc (2004, p. 153), si la double question des manières et de la distinction de l’original et de la copie n’est pas entièrement neuve, Bosse l’utilise d’une manière inédite, forgeant un discours sur l’art qui répond aux attentes des amateurs, mais aussi – et peut-être surtout –, à ses ambitions concernant les peintres et la peinture. Bosse vise en effet, par ce texte, à faire entrer la peinture dans le champ de la connaissance.


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SPECTATEUR → jugement

Quotation

A l'égard de l'Allegorie, on dit, qu'il falloit considerer la difference qu'il y a entre des figures des divinités fabuleuses & des figures allegoriques, qu'à la verité, la fable est incompatible avec la verité : mais que ce seroit faire une injustice à un Peintre doüé d'un excellent genie de l'empêcher de joindre l'Allegorie à l'histoire pour en exprimer les mysteres, lors qu'on le peut faire sans nuire à l'intelligence du sujet, qu'il seroit à souhaiter au contraire, que les Peintre en ne negligeant rien de ce qui est essentiel à leur profession, appliquassent leur esprit à bien connoître le sens mystique des histoires aussi bien que le litteral, leurs ouvrages en seroient beaucoup plus considerables & satisferoient d'avantage la curiosité des Amateurs sçavans ; [...]

Une partie de ce passage de Testelin est repris par Florent Le Comte dans son Cabinet des singularitez (...), plus précisément aux pages 42-43 de son édition de 1699-1700 (Paris, Etienne Picart & Nicolas Le Clerc, tome I, vol. I).


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SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

Les desseins des grands maîtres étant tout esprit, forment une curiosité des plus piquantes ; ils sont la meilleure instruction pour un amateur, c’est une source féconde, où il peut puiser toutes les lumières qui lui sont nécessaires ; il conversera, pour ainsi dire, il s’instruira avec ces grands hommes, en visitant un recueil de leurs desseins, il se familiarisera avec eux, leurs différentes manieres se dévoileront à ses regards. Si même ces desseins (a) sont rangés chronologiquement & par écoles, ils lui rappelleront de suite l’histoire & la vie de ces fameux artistes.
(a) L’auteur a fait une collection des desseins des grands maîtres de tous les pays, qui peut passer pour une des meilleurs de l’Europe, elle est rangée chronologiquement par écoles & composée d’environ neuf mille desseins originaux & choisis, mêlés de morceaux finis, d’études, de pensées, & d’academies.


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SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

Il est presqu’impossible de distinguer le bon & le mauvais d’un ouvrage, & de justifier le jugement qu’on en aura porté, à moins qu’on n’ait acquis la connoissance des principes de la peinture. Par d’heureuses comparaisons, par une pénétration d’esprit, par une forte inclination, on se forme un grand goût, & une juste idée du vrai beau. L’habile peintre jugera mieux que l’amateur de ce qui est bon dans un ouvrage ; rempli des règles de son art qu’il pratique continuellement, il doit mieux les sentir dans un dessein. Si cet amateur (b) cependant, joint à l’amour qu’il a pour la peinture, quelque pratique en cet art, s’il a fait l’étude & les reflexions necessaires pour discerner ce vrai beau, il pourra s’y connoître aussi bien que l’artiste. Toute la difference qu’il y a entr’eux, c’est que le premier connoît le beau & le sçait faire, au lieu que le second ne sçait que le connoître.
(b)
Ut vero imperitiores frequenter admirations quadam artis afficiantur, soli tamen artifices possunt cama cri exploratoquè judicio percensere. Artifices hîc intellige non eos tantum qui ex quotidiano harum artium usu questum faciumt, verum etiam qui ad delicatissimarum artium examen afferunt judicion longâ preparatione subactum. Junius de pictura veterum. Lib. I. cap. 5. p. 34.


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SPECTATEUR → jugement

Quotation

Le second point consiste à distinguer le nom & l’école de chaque maître, l’amateur en ceci vaut mieux que l’homme du métier ; ces deux connoissances tiennent plus de l’histoire de la peinture que de la pratique de la main ; elles sont le fruit d’une grande application pour distinguer les differentes écoles & la varieté des manieres ; à force d’examiner & de confronter quantité de desseins de la même main on se fait une habitude, une idée nette & distincte du caractere & de la pratique de chaque peintre, on se la rend familiere ; si elle ressemble en quelque partie à celle d’un autre maître, elle est toujours differente en quelque chose, & cela suffit, les estampes gravées d’après les peintres en font encore connoître le goût. Une heureuse mémoire, un esprit net pour retenir toutes ces pratiques differentes, sans les confondre, y est absolument necessaire.


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SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

On peut conclure de toutes ces observations, qu’il faut quelque connoissance de l’art & un peu de pratique, pour décider sur l’originalité d’un dessein : il seroit à souhaiter qu’un amateur sçût un peu (a) peindre ou du moins dessiner. Cette pratique de l’art, quelque petite qu’elle fût, le mettroit en état de juger mieux qu’un autre. On ne sçauroit croire combien l’opération de la main forme le goût, & donne l’intelligence à l’esprit : elle vous montre la route qu’ont suivi tant d’habiles gens ; peut-être même que si vous vous y livriez entierement comme eux, vous pourriez les suivre de près.
 
(a) Ut enim de pictore, sculptore & fictore, nisi artifex judicare non potest.
Plin. jun. lib. I. epist. 10. p. 29. Lug. Bat. 1669.


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SPECTATEUR → perception et regard

1 quotations

Quotation

Chap. XX, Of Antiquities
Out of the Treasury and Storehouse of venerable Antiquities, I have selected these three sorts.
Statues, Inscriptions, and Coynes ; desiring you to take a short view of them, ere you proceed any further.
The pleasure of them is best known to such as have seen them abroad in
France, Spain, and Italy […]. And indeed, the possession of such Rarities, by reason of their dead costliness, doth properly belong to Princes, or rather to princely minds. […]. Sure I am, that he that will travel, most both heed them, and understand them, if he desire to be though ingenious, and to be welcome to the owners. For next men and manners, there is nothing fairly more delightful, nothing worthier observation, than these Copies, and memorials of men, and matters of elder times ; whose lively presence is able to perswade a man, that he now seeth two thousand years ago. Such as are skilded in them, are by the Italians termed Virtuosi, as if others that either neglect or despise them, were idiots, or rake-hels. And to say truth, they are somewhat to be excused, if they have all Leefhebbers (as the Dutch call them) in so high estimatiion, for they themselves are so great lovers of them (& similis simili gaudet) that they purchase them at any rate, and lay up mighty treasures of money in them.


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1 quotations

Quotation

Je m'étois en quelque sorte attendu à ce dernier reproche de la part du Public, & il ne m'a point surpris. Mais je vous avouerai l’avoir beaucoup été à la lecture du Paradoxe que l’on s’est efforcé d’établir, Qu’il est absolument nécessaire de proffesser un Art pour en parler avec justesse, & oser en remarquer les défauts.


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SPECTATEUR → jugement

1 quotations

Quotation

J'aymerois encore mieux n'y point aller [ndr : à Rome], repartit Leonidas, que d'en rapporter un goust artificiel comme font la pluspart de ceux qui en reviennent, & qui apres avoir oüi fort estimer les fresques de ce païs-là, sans distinction de ce qui y est estimable d'avec ce qui ne l'est pas, taschent de se dépoüiller de leur goust naturel pour les estimer aussi. Ils les voyent souvent, & à force de faire violence à leur bon sens, ils accoustument leurs yeux aux manières grises & sèches, lesquelles leur servent ensuite de règle pour juger de la Peinture. Ils content cette habitude comme un mystère qui leur avoit esté caché jusques alors, & croyent qu'il faut laisser aux âmes vulgaires l'admiration des tableaux.

naturel


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SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard

2 quotations

Quotation

Il y a trois sortes de Connaissances sur le fait des Tableaux. La première consiste à découvrir ce qui est bon & ce qui est mauvais dans un même Tableau. La seconde regarde le nom de l'Auteur. Et la troisième va à savoir, si un Tableau est Original ou Copie.

Quotation

Ce n'est donc pas assez pour découvrir l'Auteur d'un Tableau, de connoître le mouvement du Pinceau, si l'on ne pénétre dans celui de l'Esprit: & bien que ce soit beaucoup d'avoir une idée juste du Goût que le Peintre a dans son Dessein, il faut encore entrer dans le caractére de son Génie, & dans le tour qu'il est capable de donner à ses conceptions.


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L’ARTISTE → qualités
MANIÈRE ET STYLE → le faire et la main

1 quotations

Quotation

Voici quel est l’usage que je fais de ma Balance.
Je divise mon poids en vingt degrés, le vingtiéme est le plus haut, & je l’attribue à la souveraine perfection que nous ne connaissons pas dans toute son étendue. Le dix-neuviéme est pour le plus haut degré de perfection que nous connoissons, auquel personne néanmoins n’est encore arrivé. Et le dix-huitiéme est pour ceux qui à notre jugement ont le plus approché de la perfection, comme les plus bas chiffres sont pour ceux qui en paroissent les plus éloignés.
Je n’ai porté mon jugement que sur les Peintres les plus connus, & j’ai divisé la Peinture en quatre colonnes, comme en ses parties les plus essentielles, sçavoir, la Composition, le Dessein, le Coloris, & l’Expression. Ce que j’entens par le mot d’Expression, n’est pas le caractere de chaque objet, mais la pensée du cœur humain. On verra par l’ordre de cette division à quel degré je mets chaque Peintre dont le nom répond au chiffre de chaque colonne.
[…]
Or comme les parties essentielles de la Peinture sont composées de plusieurs autres parties que les mêmes Peintres n’ont pas également possedées, il est raisonnable de compenser l’une par l’autre pour en faire un jugement équitable. Par exemple, la Composition résulte de deux parties ; sçavoir, de l’Invention & de la Disposition. […] Dans le Dessein il y a le Gout & la Correction, l’un peut se trouver dans un Tableau sans être accompagné de l’autre, ou bien ils peuvent se trouver joints ensemble en differens degrés & par la compensation qu’on doit faire, on peut juger de ce que vaut le tout.
[…] j’avertis que pour critiquer judicieusement il faut avoir une parfaite connoissance de toutes les parties qui composent l’ouvrage & des raisons qui en font un bon tout. Car plusieurs jugent d’un Tableau par la partie seulement qu’ils aiment, & ne comptent pour rien celles qu’ils ne connoissent ou qu’ils n’aiment pas.


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L’ARTISTE → qualités
SPECTATEUR → jugement
CONCEPTS ESTHETIQUES → beauté, grâce et perfection

1 quotations

Quotation

[…] Aux curieux de l’Art de l’Architecture et de La Peinture et de la Sculpture. Messieurs J’ay creû ne pouvoir dédier ce petit Ouvrage qu’à vous puisque ne prenant d’autre interest dans ces questions que vous instruire & de profiter dans les connoissances que vous avez ; Il sera facile de vous détromper des erreurs vulgaires, & de vous perfectionner dans les veritables Regles, sur lesquelles la pratique doit estre fondée ; Et quoy qu’il se trouve beaucoup de personnes d’un avis contraire, si l’on considere que c’est par un interest particulier, ou quelque autre passion injuste, qu’ils s’opposent à une vérité connuë, sensible & démontrée ; Je ne doute point que toutes les indiferentes & curieuses comme vous, MESSIEURS, de la seule vérité, & de la perfection des beaux Arts, ne reçoivent favorablement ce petit Ouvrage [...].

"beaux Arts" ne comporte pas de trait d'union.


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SPECTATEUR → jugement
L’ARTISTE → règles et préceptes

1 quotations

Quotation

Du Grand, de la Grande, & Riche Maniere ou bon Goust,
Ne veut dire ou signifier autre chose, qu’un Tableau bien fait & suivant le Goust ou opinion des plus sçavants Peintres.

grande manière · riche manière · grand goût


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CONCEPTS ESTHETIQUES → grandeur et noblesse
L’ARTISTE → qualités

1 quotations

Quotation

Mais pour moy je conclus par ce qui a esté cy-devant dit, que la plus belle connoissance est, d’estimer les Tableaux, Desseins, & Tailles-Douces, par la bonté qui est en eux, & non par la reputation de leur Autheur, en sçachant ou reconnoissant en gros s’ils sont bien faits par regle, ou à veue d’œil ; Et en destail, pourquoy telle chose est belle ou laide ; Car de reïterer souvent quand on considere ces choses, qu’elles sont tres-belles & admirables, & de plus y adjoustant de ces divers mots de l’Art, cela n’est rien dire d’assuré


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SPECTATEUR → jugement

1 quotations

Quotation

Voici quel est l’usage que je fais de ma Balance.
Je divise mon poids en vingt degrés, le vingtiéme est le plus haut, & je l’attribue à la souveraine perfection que nous ne connaissons pas dans toute son étendue. Le dix-neuviéme est pour le plus haut degré de perfection que nous connoissons, auquel personne néanmoins n’est encore arrivé. Et le dix-huitiéme est pour ceux qui à notre jugement ont le plus approché de la perfection, comme les plus bas chiffres sont pour ceux qui en paroissent les plus éloignés.
Je n’ai porté mon jugement que sur les Peintres les plus connus, & j’ai divisé la Peinture en quatre colonnes, comme en ses parties les plus essentielles, sçavoir, la Composition, le Dessein, le Coloris, & l’Expression. Ce que j’entens par le mot d’Expression, n’est pas le caractere de chaque objet, mais la pensée du cœur humain. On verra par l’ordre de cette division à quel degré je mets chaque Peintre dont le nom répond au chiffre de chaque colonne.
[…]
Or comme les parties essentielles de la Peinture sont composées de plusieurs autres parties que les mêmes Peintres n’ont pas également possedées, il est raisonnable de compenser l’une par l’autre pour en faire un jugement équitable. Par exemple, la Composition résulte de deux parties ; sçavoir, de l’Invention & de la Disposition. […] Dans le Dessein il y a le Gout & la Correction, l’un peut se trouver dans un Tableau sans être accompagné de l’autre, ou bien ils peuvent se trouver joints ensemble en differens degrés & par la compensation qu’on doit faire, on peut juger de ce que vaut le tout.
[…] j’avertis que pour critiquer judicieusement il faut avoir une parfaite connoissance de toutes les parties qui composent l’ouvrage & des raisons qui en font un bon tout. Car plusieurs jugent d’un Tableau par la partie seulement qu’ils aiment, & ne comptent pour rien celles qu’ils ne connoissent ou qu’ils n’aiment pas.


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L’ARTISTE → qualités
SPECTATEUR → jugement
CONCEPTS ESTHETIQUES → beauté, grâce et perfection

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Quotation

Mais son principal usage [ndr : la peinture] n’est pas seulement en de semblables observations, ny, comme dit Aristote {L. 8. Polit. c. 3.}, à donner une si parfaite connoissance des tableaus qu’on n’y puisse jamais estre trompé, soit pour la main ou la maniere des grands maistres, soit pour le fin discernement des copies d’avec les originaux, soit pour le prix qui depend presque tousjours de la fantaisie. Le plus grand avantage qu’on en tire vient de ce qu’elle nous apprend en quoy consiste la derniere beauté de tout ce qu’elle represente, & sur tout celle du corps humain. 
Car il ne faut point douter que les Peintres ne jugent ordinairement mieux que le reste des hommes de la beauté humaine, tant à cause des regles qu’ils ont à l’esgard de la proportion des membres & des couleurs qui leur conviennent, que pource qu’ils exerçent incessamment leur imagination à former des Idées les plus accomplies qui se puissent concevoir.


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SPECTATEUR → jugement

Quotation

[...] Et quant à ce que plusieurs personnes ont creu, que cette Connoissance & Curiosité estoit une manie, & qu’il n’y avoit lieu d’y assoir aucune bonne resolution ou fondement, pour avoir veu quelque Curieux & Praticiens de cét Art, & non des moins Experts, qui prenoient quelquefois une maniere pour une autre & des Coppies pour des Originaux, je les advertis en passant que cette mesprise ne doit pas donner lieu de conclurre de la sorte, d’autant que s’il y a quelques uns desdits Praticiens qui ne sont point adonnez à tant esplucher ces particularitez, il s’en trouve d’autres qui s’y estant adonnez en ont acquis une grande connoissance, & aussi comme j’ay dit des Curieux, Puis d’autres moins Experts qu’eux qui l’ont & d’autres qui ne l’ont pas. 
Par ainsi lon peut dire qu’il y a en cela comme en d’autres Arts, de naturelles inclinations pour ces choses, puis que mesme ceux qui n’ont point de pratique, en ont ou peuvent avoir quelque connoissance ; Mais de dire qu’elle soit approchante de celle qu’en peut avoir un Excellent Praticien exercé en icelles, cela est impossible à mon advis, qui sera en son lieu proposé plus au long.

Quotation

Raisons des Curieux non Praticiens qui n’ont aucune connoissance de ces manieres, ny desdits Originaux & Copies.
Cette sorte de Curieux declarent, qu’ils ayment les Tableaux pour les voir & servir d’ornemens chez eux ; Mais que de sçavoir & connoistre la manière & le nom de ceux qui les ont faits, & s’ils sont Originaux ou Copies, c’est jusques à present une passion qui ne les touche point ; Et mesme qu’ils croyent comme impossible de pouvoir acquerir la pratique de cette connoissance, Et que ce qui les confirme davantage est, d’avoir sceu que plusieurs Curieux non Praticiens se disans l’avoir, auroient esté souvent trompez en l’acquisition de plusieurs Tableaux. 

Quotation

Raisons des Curieux non Praticiens qui se sont portez ès connaissances desdites manieres & distinctions d’Originaux & Copies.
Ces Curieux-cy trouvent que ce seroit une curiosité tres-imparfaite, d’avoir des Tableaux & ne sçavoir s’ils sont bons ou mauvais, ny qui les peut avoir faits, & qu’il n’y a guere d’assurance de faire acheter de telles choses par autruy, si lon le peut faire soy mesme, à cause qu’il y a des Curieux soy disants connoissants en icelles & mesme des Praticiens qui s’y sont souvent trompez, sans y comprendre ceux qui se meslent de tromper les autres ; de plus qu’il arrive d’ordinaire dans leurs commencements de curiosité desdits Tableaux, qu’ils choisissent ou font choisir, par des personnes qui n’y ont souvent guere plus de connoissances qu’eux ; de sorte qu’en estant advertis, ils prennent resolution de s’en deffaire pour en avoir de meilleurs, desquels il en arrive bien souvent la mesme chose.
Or tout ce que dessus ils ne le disent point seulement des autres, mais aussi d’eux-mesmes qui ne l’ont que trop experimenté ; Ce qui leur a donné lieu de s’instruire en quelque façon sur ces connoissances, & de faire election d’un sçavant Praticien connoissant, & de plus honneste homme, afin qu’il puisse suppleer aux occasions où la connoissance de telles choses passe leurs portées : Mais la conclusion de leurs Sentiments est, qu’ils croyent que la connaissance bien qu’en partie seulement, de la beauté & bonté desdits Tableaux, donne bien plus de contentement que celle de n’avoir que l’agrément à la veuë, par éclat d’un nombre de belles Couleurs.

Quotation

Je sçay bien que plusieurs diront que chacun a son goust, & c’est ce que j’avouë, mais je croy aussi que celuy qui est le mieux receu & reconnu des Sçavants en cét Art, doit estre tenu pour le meilleur, principalement quand on ne peut pas dire que dans le Temps qu’on fait ce discernement, l’on soit privé d’excellens hommes ainsi qu’en celuy-cy, duquel le grand nombre a fait, que la connaissance & curiosité de ces choses, a augmenté au point que les plus excellens Ouvrages de Peinture, qui n’estoient tenus pour tels que de peu de personnes, le sont à présent de la plus grande partie, & que ce qui venoit que tres-rarement à la connaissance de peu de Praticiens assez avancez, commence à present de ce faire connoistre & gouster aux petits Disciples, qui est ce grand Goust cy-devant dit, pris ou tiré des beaux Antiques, & de Raphaël d’Urbin, Jules Romain & autres, sur les manieres desquels je m’estendray icy de suite le trouvant à propos, pour faire voir aux Curieux & autres, que la connoissance que les excellens Praticiens ont de ses choses à comparaison des autres Manieres, est fondée sur quelque sorte de raison, & ne doit pas estre appelée une manie

Antiques


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L’ARTISTE → qualités

Quotation

Mais pour moy je conclus par ce qui a esté cy-devant dit, que la plus belle connoissance est, d’estimer les Tableaux, Desseins, & Tailles-Douces, par la bonté qui est en eux, & non par la reputation de leur Autheur, en sçachant ou reconnoissant en gros s’ils sont bien faits par regle, ou à veue d’œil ; Et en destail, pourquoy telle chose est belle ou laide ; Car de reïterer souvent quand on considere ces choses, qu’elles sont tres-belles & admirables, & de plus y adjoustant de ces divers mots de l’Art, cela n’est rien dire d’assuré


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SPECTATEUR → jugement

Quotation

Il y a des Copies qui ne se peuvent gueres remarquer telles, que par des Praticiens bien versez en cette connoissance, à cause qu’elles auront esté executées par de bons Copistes, & dans le mesme temps des Originaux, & qui mesme les aura retouchez en divers endroits.


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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → statut de l'oeuvre : copie, original...

Quotation

[...] Ainsi par cette seule particularité, & sans avoir aucune connoissance de la pratique de l’Art, lon peut aisement reconnoistre l’Original d’avec la Copie ; Je sçay bien qu’un Graveur pourroit, & avec dessein, imiter par la Graveure toutes ces rayes, pailles & trous, mais cela ne se pratique pas, & en plusieurs telles rencontres il est comme impossible de ce faire : Toutefois les sçavants Graveurs, qui se sont adonnez à la distinction de ces choses, ne fondent pas leurs connoissances sur de telles particularitez.
Je diray encore avant de finir, qu’il y a aussi bien que des Peintres & Curieux, des Graveurs qui ont connoissance de ces choses, & d’autres qui n’en ont point, & pareillement des Curieux, tesmoins ceux qui le sont de diverses petites Tailles Douces, dont les hacheures si pressées paroissent aux yeux les unes dans les autres, ausquelles on a donné le nom de pieces fines, parmy les Marchands de Stampes & tels Curieux peu connoissans ; Il y a aussi un grand nombre d’autres Curieux, qui sçavent bien distinguer les bonnes d’avec les mauvaises, & si ce n’est pas en toutes, par une veritable connoissance ce sera suivant les moyens cy-devant dits.


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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → définition de la gravure

Quotation

Ainsi ladite regle de la Perspective donnera la connoissance universelle à celuy qui sera exercé à celle du trait & proportion des Corps visibles de la Nature, & aussi d’en composer de son Invention, ensemble au maniement du Pinceau & alliage des Couleurs, à Fraisq, à Destrempe, ou à Huile, de representer tous les Corps imaginables de la Nature, tant en general qu’en particulier, afin que la Copie ou Tableau qui s’en fera, fasse aux yeux de ceux qui le regarderont autant que l’Art & la capacité de l’Ouvrier le peut permettre, la mesme sentation ou vision que feroient lesdits Corps ; Et pour ce faire elle vous donnera non seulement la precision de la place des Contours ou Traits de la plus grande partie desdits Corps ; Mais aussi celle de leurs Jours, Ombres, Ombrages, ensemble l’endroit de la Force & Foiblesse de leurs Touches, Teintes ou Couleurs


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SPECTATEUR → perception et regard
L’ARTISTE → règles et préceptes

Quotation

Remarquez plûtost, luy repartis-je, combien il importe à un excellent homme d’avoir pour Juge de son travail des personnes connoissantes, qui sçachent en quoy consiste la perfection de l’Art, & qui ne s’arrestent pas à la superficie des choses.
Il y a peu de gens, reprit Pymandre, capables de cette haute connoissance, & cependant il faut qu’un Peintre fasse des Tableaux qui soient agreables à tout le monde.
Je sçay bien, luy dis-je, que tous ceux qui regardent un Ouvrage n’en connoissent pas le merite. Mais ne m’avoüerez-vous pas qu’il vaut mieux faire quelque chose dont les sçavants soient satisfaits, que de plaire à une multitude d’ignorans ? Vous sçavez bien que le Poëte Anthimachus ayant assemblé un jour quantité de personnes pour lire en leur présence une piece qu’il avait composée, & voyant que ses Auditeurs l’avoient tous quitté, à la reserve de Platon : « Je ne laisseray pas, dit-il, de continuer ma lecture, parce que Platon vaut tout seul des milliers d’Auditeurs. » En effet un Poëme & un Tableau sont des productions dont tous les hommes ne sçavent pas le prix qui dépend de l’approbation d’un petit nombre de personnes sçavantes.


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SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

Aux curieux de l’Art de l’Architecture et de La Peinture et de la Sculpture. Messieurs J’ay creû ne pouvoir dédier ce petit Ouvrage qu’à vous puisque ne prenant d’autre interest dans ces questions que vous instruire & de profiter dans les connoissances que vous avez ; Il sera facile de vous détromper des erreurs vulgaires, & de vous perfectionner dans les veritables Regles, sur lesquelles la pratique doit estre fondée ; Et quoy qu’il se trouve beaucoup de personnes d’un avis contraire, si l’on considere que c’est par un interest particulier, ou quelque autre passion injuste, qu’ils s’opposent à une vérité connuë, sensible & démontrée ; Je ne doute point que toutes les indiferentes & curieuses comme vous, MESSIEURS, de la seule vérité, & de la perfection des beaux Arts, ne reçoivent favorablement ce petit Ouvrage [...].

"Connaissance" s'applique ici aux "curieux".

Quotation

61. [Veu que les plus belles choses ne se peuvent souvent exprimer faute de termes.] J’ay [ndr : Roger de Piles] appris de la bouche de Monsieur du Fresnoy, qu’il avoit plusieurs fois oüi dire au Guide, Qu’on ne pouvoit donner de Preceptes des plus belles choses, & que les connoissances en estoient si cachées, qu’il n’y avoit point de maniere de parler qui les pût découvrir. Cela revient assez à ce que dit Quint. {Declam. 19.} Les choses incroyables n'ont point de paroles pour estre exprimées, il y en a quelques-unes qui sont trop grandes & trop relevées, pour pouvoir estre comprises dans les discours des hommes. D'où vient que les Connoisseurs, quand ils admirent un beau Tableau, semblent y estre collez ; & quand ils en reviennent, vous diriez qu'ils auroient perdu l'usage de la parole. {Liv. 2. Sat. 7.} Pausiaca torpes insane Tabella. Dit Horace. {L. 10. Ep. 22} Et Symmachus dit, Que la grandeur de l'étonnement ne permet pas que l'on donne des loüanges & des applaudissemens. Les Italiens disent Opera da stupire, pour dire qu'une chose est fort belle. 


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SPECTATEUR → jugement

Quotation

Mais à vous dire les choses comme elles sont la véritable connoissance de la Peinture, consiste à sçavoir si un Tableau est bon, ou mauvais ; à faire la distinction de ce qui est bien dans un mesme Ouvrage, d'avec ce qui est mal, & de rendre raison du jugement qu'on en aura porté. Voilà la véritable connoissance de la Peinture. II y en a encore une autre, laquelle bien qu'inférieure de beaucoup à celle-cy, ne laisse pas d'avoir son prix & c'est la connoissance des manières. Et en quoy la mettez-vous, dit Damon, cette connoissance des manières. Vous le diriez mieux que moy, répondit Pamphile ; car vous sçavez fort bien que ce n'est autre chose que de juger de qui est un Tableau, quand nous en avons déja veu d'autres de la mesme Main.


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SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

Pour ce caractère d'esprit, & ce Génie du Peintre, répliqua Damon, je vous avoue que je n'y ay pas encore bien pénétré , & que toute ma connoissance n'est fondé que sur des marques fort sensibles que j'ay observées le mieux que j'ay pu , comme sont les touches du Pinceau , les couleurs fortes ou foibles , certains airs de testes que quelques Peintres ont affectez , certaines répétitions de draperies , de coiffures, d'ajustemens, &de figures toutes entières , enfin un je ne say quoy d'extérieur qui frappe tellement la veuë, qu'il est impossible de ne s'en pas souvenir ; mais je sens fort bien que toutes ces marques extérieures viennent plustost de la main du Peintre que de sa teste, & qu'ainsi elles ne répondent tout au plus qu'au dessus de lettre. C'est toujours quelque chose, dit Pamphile ; mais il faut que vous passiez plus avant, & que vous connoissiez aussi les manieres par le caractère de l'esprit du Peintre. Je n'en desespere pas, reprit Damon, si vous voulez, bien que nous en parlions quelquefois mais la chose dont ie desespere c'est d'acquérir cette connoissance que vous appeliez la véritable, & de savoir juger sainement d'un ouvrage de Peinture. Quoy cette connoissance fine, répliqua Pamphile, qui sait trouver
le bien & le mal d'un Tableau, & qui rend raison des beautez & des défauts qu'elle y découvre? Celle-là mesme, continua Damon; trouvez-vous que ce soit une témérité que d'y prétendre
.


Other conceptual field(s)

SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

Pour connaître si un Dessein est d’un tel Maître, il faut en avoir vû beaucoup d’autres de la même main avec attention, & avoir dans l’Esprit une Idée juste du Caractere de son Génie, & du Caractere de sa Pratique. La connaissance du Caractere du Génie demande une grande étendue, & une grande netteté d’Esprit pour retenir les Idées sans les confondre ; & la connaissance du Caractére de la Pratique dépend plus d’une grande habitude, que d’une grande capacité : c’est pour cela que les plus habiles Peintres ne sont pas toujours ceux qui décident avec plus de justesse en cette matiére.

Quotation

Il y a trois sortes de Connaissances sur le fait des Tableaux. La première consiste à découvrir ce qui est bon & ce qui est mauvais dans un même Tableau. La seconde regarde le nom de l'Auteur. Et la troisième va à savoir, si un Tableau est Original ou Copie.


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SPECTATEUR → jugement
SPECTATEUR → marché de l'art

Quotation

Ce n'est donc pas assez pour découvrir l'Auteur d'un Tableau, de connoître le mouvement du Pinceau, si l'on ne pénétre dans celui de l'Esprit: & bien que ce soit beaucoup d'avoir une idée juste du Goût que le Peintre a dans son Dessein, il faut encore entrer dans le caractére de son Génie, & dans le tour qu'il est capable de donner à ses conceptions.

Quotation

Here being a full Period, and the first Opportunity I have had, I will inform the Publick that I have at length found a Name for the Science of a Connoisseur of which I am treating, and which I observed at the entrance of this Subject wanted One. After some of these Sheets were printed I was complaining of this Defect to a Friend, who I knew, and Every Body will readily acknowledge was very proper to be advised with on This, or a Much Greater Occasion ; and the next Day had the honour of a Letter from him on another Affair, wherein however the Term CONNOISSANCE was us’d ; This I immediately found was That he recommended, and which I shall use hereafter. And indeed since the Term Connoisseur, tho’ it has a General Significance, has been received as denoting One skilful in this particular Science ; there can be no reason why the Science it selft should not be called Connoissance.

Quotation

Let us now see whether in the Science I am treating of [ndr : Connoissance], as much Certainty is not to be had as perhaps in any other whatsoever. With an Exception always to what is Incontestably Divinely Reveal’d, both as to the Revelation it self, and the Sense of it ; and to what is Mathematically Demonstrable.
A very little Reflection on what has been said, and on what is seen abroad in the World will give us an Idea of Other Sciences as to the particular we are at present upon.
I will now shew how That matter stands with relation to Connoissance in its several Branches, The Knowledge of the Goodness of a Picture, Drawing, &c. The Distinguishing of Hands, and Originals, and Copies.

Quotation

After all it must be acknowledg’d that as in Other Sciences there are certain Branches of them wherein One Man excels, and Another in Others, but knows little of the rest ; So in Connoissance, No One Man can be acquainted with the Hands of All, even of the most considerable Masters ; nor with all the Manners perhaps of any One of those who have had great Variety of them ; Nor to be very Expert in more than a few of These : He must be contented with a Moderate Skill in many, and to be Utterly Ignorant in Some of them : Such is the Narrowness of our Faculties, the Extent of the Science, or the want of Helps, and Materials for the Study.
However let it be remember’d too That Every
Connoisseur may judge concerning the Goodness of a Picture, or Drawing as to all the Parts of it except the Invention, and Expression in History, and the Resemblance in Portraits ; and these no One Man can judge Accurately of in All Cases, because no One Man can be acquainted with all the Stories, or Fables, or other Subjects of the Picture ; as no One Man can know Every Body.


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That the Pleasure of Connoissance is a Virtuous, and a Useful one, and such a one therefore as is worthy the Pursuit of a Wise, and Good Man appears by what has been said heretofore. Wherein this Pleasure consists is what I am Now about to shew : Which will also serve as a Specimen of what may be done in other Instances, a Vast many of which I have observ’d are overlook’d and neglected as well as This :
What is Beautiful, and Excellent is naturally adapted to Please ; but all Beauties, and Excellencies are not naturally Seen. Most Gentlemen see Pictures, and Drawings as the Generality of People see the Heavens in a Clear, Starry Night, they perceive a sort of Beauty there, but such a one as produces no great Pleasure in the Mind : But when one considers the Heavenly Bodies as other Worlds, and that there are an Infinite Number of these in the Empire of God, Immensity ; and Worlds which our Eyes assisted by the best Glasses can never reach, and so far removed from the most distant of what we see (which yet are so far removed from us that when we consider it our Minds are fill’d with Astonishment) that These Visible ones are as it were our Neighbours, as the Continent of France is to Great Britain ; When one considers farther, That as there Inhabitants on this Continent tho’ we see them not when we see That, ‘tis altogether unreasonable to Imagine that those Innumerable Words are Uninhabited, and Desart ; there must be Beings There, Some perhaps More, Others Less Noble, and Excellent than Men : When one Thus views this Vast Prospect, the Mind is Otherwise affected than Before, and feels a Delight which Common Notions never can administer. So those who at Present cannot comprehend there can be such Pleasure in a good Picture, or Drawing as Connoisseurs pretend to find, may Learn to see the same thing in Themselves, their Eyes being once open’d ‘tis like a New Sense, and New Pleasures flow in as often as the Objects of that Superinduc’d Sight present themselves, which (to People of Condition Especially) very frequently happens, or may be procur’d, whether Here at Home, or in their Travels Abroad. When a Gentleman has learn’d to see the Beauties and Excellencies that are really in good Pictures, and Drawings, and which may be learnt by conversing with Such, and applying himself to the consideration of them, he will look upon That with Joy which he Now passes over with very little Pleasure, if not with Indifference : Nay a Sketch, a Scrabble of the Hand of a Great Master will be capable of administering to him a Greater Degree of Pleasure than those who know it not by Experience will easily believe. Besides the Graceful, and Noble Attitudes, the Beauty of Colours, and forms, and the fine Effects of Light, and Shadow, which none sees as a Connoisseur does, Such a one enters farther than any other Can into the Beauties of the Invention, Expression, and other Parts of the Work he is considering : He sees Strokes of Art, Contrivances, Expedients, a Delicacy, and Spirit that others see not, or very Imperfectly.


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SPECTATEUR → perception et regard

Quotation

Pour donner des principes certains de cette connoissance, il faut, en voyant un dessein, faire deux examens, le premier consiste à en connoître le goût, & le second à découvrir le nom & le caractere de celui qui l’a fait. [...] Il naîtra de ces remarques une connoissance naturelle du goût des nations. En voyant un dessein, on le rapportera sur le champ à l’école dont il approche le plus, & l’on dira : il est dans un tel goût. Ainsi l’on sçaura le pays dans lequel le dessein a été fait, & par conséquent l’école du maître.


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MANIÈRE ET STYLE → école

Quotation

L’originalité est le troisième point essentiel à la connoissance des desseins. Cette originalité n’est pas souvent bien aisée à constater. Pour juger si un dessein est original ou copie, il faut du discernement, de la pénétration, de la finesse d’esprit, une grande pratique, & une notion des principes de l’art moins (c) grande cependant que pour les tableaux.
(c) Quoiqu’un tableau terminé dise tout & ne laisse ordinairement rien a y ajoûter, qu’au contraire un dessein esquissé oblige d’y deviner plusieurs choses, il faut convenir qu’un tableau renfermant plus de parties de la peinture, demande aussi plus de connoissances.


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SPECTATEUR → jugement
PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → statut de l'oeuvre : copie, original...

Quotation

L’histoire d’un dessein & sa filiation qui nous apprennent les noms des amateurs à qui il a appartenu, les grandes collections dont il est sorti, ne conviennent qu’à des Marchands qui ont intérêt de s’en défaire avec plus d’avantage. Ces connoissances stériles n’éblouissent que les ignorans ; on prouve foiblement par cette prétenduë authenticité l’originalité d’un dessein ; c’est la chose même, à la VALEUR INTRINSEQUE de l’ouvrage qu’il faut s’attacher.


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MANIÈRE ET STYLE → le faire et la main

Quotation

On peut conclure de toutes ces observations, qu’il faut quelque connoissance de l’art & un peu de pratique, pour décider sur l’originalité d’un dessein : il seroit à souhaiter qu’un amateur sçût un peu (a) peindre ou du moins dessiner. Cette pratique de l’art, quelque petite qu’elle fût, le mettroit en état de juger mieux qu’un autre. On ne sçauroit croire combien l’opération de la main forme le goût, & donne l’intelligence à l’esprit : elle vous montre la route qu’ont suivi tant d’habiles gens ; peut-être même que si vous vous y livriez entierement comme eux, vous pourriez les suivre de près.
 
(a) Ut enim de pictore, sculptore & fictore, nisi artifex judicare non potest.
Plin. jun. lib. I. epist. 10. p. 29. Lug. Bat. 1669.


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SPECTATEUR → jugement

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Ce que l’on vient de dire au sujet des desseins des grands maîtres, se peut aisément appliquer à la connoissance des tableaux. Il s’agit toujours de juger de la bonté d’un ouvrage, du goût naturel des écoles, du nom du maître & de l’originalité. Il suffit de substituer au mot de dessein, celui de tableau, & au lieu des différens crayons & des hachures de la plume, entendre le maniment du pinceau & le goût de la couleur.


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SPECTATEUR → jugement
MANIÈRE ET STYLE → le faire et la main
PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → statut de l'oeuvre : copie, original...

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[…] La connoissance est une lumiere répandue dans notre ame : le sentiment est un mouvement qui l’agite. L’une éclaire : l’autre échauffe. L’une nous fait voir l’objet : l’autre nous y porte, ou nous en détourne.
Le Goût est donc un sentiment. Et comme, dans la matière dont il s’agit ici, ce sentiment a pour objet les Ouvrages de l’Art ; & que les Arts, comme nous l’avons prouvé, ne sont que des imitations de la belle Nature ; le Goût doit être un sentiment qui nous avertit si la belle Nature est bien ou mal imitée. […]


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SPECTATEUR → jugement

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[…] Le Goût qui s’exerce sur les Arts n’est point un Gout factice. C’est une partie de nous-même qui est née avec nous, & dont l’office est de nous porter à ce qui est bon. La connoissance le précede : c’est le flambeau. Mais que nous serviroit-il de connoître, s’il nous étoit indifférent de jouir ? La Nature étoit trop sage pour séparer ces deux parties : & nous en donnant la faculté de connoître, elle ne pouvoit nous refuser celle de sentir le rapport de l’objet connu avec notre utilité, & d’y être attiré par ce sentiment. C’est ce sentiment qu’on appelle le Goût naturel, parce que c’est la Nature qui nous l’a donné. Mais pourquoi nous l’a-t’elle donné ? Etoit-ce pour juger des Arts qu’elle n’a point faits ? Non : c’étoit pour juger des choses naturelles par rapport à nos plaisirs ou à nos besoins.
L’industrie humaine ayant ensuite inventé les beaux Arts sur le modèle de la Nature, & ces Arts ayant eu pour objet l’agrément & le plaisir, qui sont, dans la vie, un second ordre de besoins ; la ressemblance des Arts avec la Nature, la conformité de leur but, sembloient exiger que le Goût naturel fût aussi le Juge des Arts : c’est ce qui arriva. Il fut reconnu, sans nulle contradiction : les Arts devinrent pour lui de nouveaux Sujets, si j’ose parler ainsi, qui se rangerent paisiblement sous sa Juridiction, sans l’obliger de faire pour eux le moindre changement à ses loix. Le Goût resta le même constamment : & il ne promit aux Arts son approbation, que quand ils lui feroient éprouver la même impression que la Nature elle-même ; & les chefs-d’œuvres des Arts ne l’obtinrent jamais qu’à ce prix.
Mais cette perfection n’a rien changé dans son essence. Il est toujours tel qu’il etoit auparavant : indépendant du caprice. Son objet est toujours essentiellement le bon. Que ce soît l’Art qui le lui présente, ou la Nature, il ne lui importe, pourvu qu’il jouisse. C’est sa fonction.

goût


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SPECTATEUR → jugement

Quotation

le goût est une connoissance des regles par le sentiment. Cette maniere de les connoître est beaucoup plus fine & plus sure que celle de l’esprit : & même sans elle, toutes les lumieres de l’esprit sont presque inutiles à quiconque veut composer.

connoissance


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SPECTATEUR → jugement

4 quotations

Quotation

[...] Et requérant aussi des négocians un peu intéressez, qu’ils fassent leur trafic avec plus de droiture, tant pour leur bien que pour banir ce mot de manie, qu’on donne souvent à tort à plusieurs Curieux et connoissants desdits ouvrages à leur occasion : Car c’est a tort qu’on répute à folie et foiblesse d’être amateur & connaisseur de ce qui est beau & bon ; Mais c’en est bien une tres-grande, de juger de l’intention & pensée d’autruy, autant que d’en estre bien informé.
Mais pour revenir à mon dessein, je dis qu’une personne qui ignore la pratique de la Pourtraiture & Peinture, & ce qui est des particularitez cy-devant deduites en gros, quand il entend dire qu’un Peintre ou autre tel Connoissant qui n’aura jamais veu qu’un ou deux Tableaux d’un autre Peintre, supposé qu’il n’eust point changé de manière, discernera ceux qu’il sera en suitte pour en estre, quoy que differents ; Et de plus s’il y a des Coppies faites sur iceux, sans avoir veu lesdits Originaux, il les reconnoistra tels, & aussi fera la distinction s’ils sont bien ou mal coppiez, ou s’ils sont retouchez par endroits de celui qui a fait l’original ; A grand subjet de s’estonner, & de se persuader qu’il est comme impossible de connoistre ces choses, & encore plus qu’une personne comme luy qui n’est pas dans la pratique de cét Art, puisse parvenir à quelque point de cette mesme Connoissance

Selon Marianne Le Blanc (2004, p. 153), si la double question des manières et de la distinction de l’original et de la copie n’est pas entièrement neuve, Bosse l’utilise d’une manière inédite, forgeant un discours sur l’art qui répond aux attentes des amateurs, mais aussi – et peut-être surtout –, à ses ambitions concernant les peintres et la peinture. Bosse vise en effet, par ce texte, à faire entrer la peinture dans le champ de la connaissance.


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SPECTATEUR → jugement

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Ainsi lon peut juger, que tous les bons Praticiens qui se sont appliquez ou adonnez à esplucher toutes ces particularitez [ndr : à propos de la façon de distinguer les copies des originaux], peuvent estre les plus entendus à discerner toutes ces diverses manieres, & distinctions d’Originaux & Copies, & de plus les bonnes d’avec les mauvaises ; & aussi qu’il est facile de juger que c’est par le moyen de tels connoissans, que les Curieux non Praticiens, peuvent avoir esté & estre instruits à faire la distinction de toutes ces diverses choses.


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PEINTURE, TABLEAU, IMAGE → statut de l'oeuvre : copie, original...
SPECTATEUR → jugement

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Bref, je croy estre obligé de dire, que s’il [ndr : Albrecht Dürer] eust esté touché pour le dessein & Peinture de ce bon goust cy-devant dit, on l’eust peu dire le nom pareil, veu l’universalité de son esprit. [...] Je me contenteray d’en nommer [ndr : graveurs cités p. 75-78 : Dürer, Lucas de Leyde, Aldegrever, Marcantonio Raimondi, Augustin Venetiano, Parmesan, Augustin Carrache, Cornelis Cort, les Sadeler, etc.] parmy plusieurs quelques uns que les vrays connoissans tiennent pour tres-excellens, tant de ceux qui ont gravé d’apres de belles choses, que des autres.


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SPECTATEUR → jugement

Quotation

[...] Ainsi par cette seule particularité, & sans avoir aucune connoissance de la pratique de l’Art, lon peut aisement reconnoistre l’Original d’avec la Copie ; Je sçay bien qu’un Graveur pourroit, & avec dessein, imiter par la Graveure toutes ces rayes, pailles & trous, mais cela ne se pratique pas, & en plusieurs telles rencontres il est comme impossible de ce faire : Toutefois les sçavants Graveurs, qui se sont adonnez à la distinction de ces choses, ne fondent pas leurs connoissances sur de telles particularitez.
Je diray encore avant de finir, qu’il y a aussi bien que des Peintres & Curieux, des Graveurs qui ont connoissance de ces choses, & d’autres qui n’en ont point, & pareillement des Curieux, tesmoins ceux qui le sont de diverses petites Tailles Douces, dont les hacheures si pressées paroissent aux yeux les unes dans les autres, ausquelles on a donné le nom de pieces fines, parmy les Marchands de Stampes & tels Curieux peu connoissans ; Il y a aussi un grand nombre d’autres Curieux, qui sçavent bien distinguer les bonnes d’avec les mauvaises, & si ce n’est pas en toutes, par une veritable connoissance ce sera suivant les moyens cy-devant dits.

5 quotations

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[...] Et requérant aussi des négocians un peu intéressez, qu’ils fassent leur trafic avec plus de droiture, tant pour leur bien que pour banir ce mot de manie, qu’on donne souvent à tort à plusieurs Curieux et connoissants desdits ouvrages à leur occasion : Car c’est a tort qu’on répute à folie et foiblesse d’être amateur & connaisseur de ce qui est beau & bon ; Mais c’en est bien une tres-grande, de juger de l’intention & pensée d’autruy, autant que d’en estre bien informé.
Mais pour revenir à mon dessein, je dis qu’une personne qui ignore la pratique de la Pourtraiture & Peinture, & ce qui est des particularitez cy-devant deduites en gros, quand il entend dire qu’un Peintre ou autre tel Connoissant qui n’aura jamais veu qu’un ou deux Tableaux d’un autre Peintre, supposé qu’il n’eust point changé de manière, discernera ceux qu’il sera en suitte pour en estre, quoy que differents ; Et de plus s’il y a des Coppies faites sur iceux, sans avoir veu lesdits Originaux, il les reconnoistra tels, & aussi fera la distinction s’ils sont bien ou mal coppiez, ou s’ils sont retouchez par endroits de celui qui a fait l’original ; A grand subjet de s’estonner, & de se persuader qu’il est comme impossible de connoistre ces choses, & encore plus qu’une personne comme luy qui n’est pas dans la pratique de cét Art, puisse parvenir à quelque point de cette mesme Connoissance

Selon Marianne Le Blanc (2004, p. 153), si la double question des manières et de la distinction de l’original et de la copie n’est pas entièrement neuve, Bosse l’utilise d’une manière inédite, forgeant un discours sur l’art qui répond aux attentes des amateurs, mais aussi – et peut-être surtout –, à ses ambitions concernant les peintres et la peinture. Bosse vise en effet, par ce texte, à faire entrer la peinture dans le champ de la connaissance.


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SPECTATEUR → jugement

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61. [Veu que les plus belles choses ne se peuvent souvent exprimer faute de termes.] J’ay [ndr : Roger de Piles] appris de la bouche de Monsieur du Fresnoy, qu’il avoit plusieurs fois oüi dire au Guide, Qu’on ne pouvoit donner de Preceptes des plus belles choses, & que les connoissances en estoient si cachées, qu’il n’y avoit point de maniere de parler qui les pût découvrir. Cela revient assez à ce que dit Quint. {Declam. 19.} Les choses incroyables n'ont point de paroles pour estre exprimées, il y en a quelques-unes qui sont trop grandes & trop relevées, pour pouvoir estre comprises dans les discours des hommes. D'où vient que les Connoisseurs, quand ils admirent un beau Tableau, semblent y estre collez ; & quand ils en reviennent, vous diriez qu'ils auroient perdu l'usage de la parole. {Liv. 2. Sat. 7.} Pausiaca torpes insane Tabella. Dit Horace. {L. 10. Ep. 22} Et Symmachus dit, Que la grandeur de l'étonnement ne permet pas que l'on donne des loüanges & des applaudissemens. Les Italiens disent Opera da stupire, pour dire qu'une chose est fort belle. 


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SPECTATEUR → jugement

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LE PRESIDENT. Cependant, ce n'est pas là le sentiment commun ; & si l'on en croit les Connoisseurs, les moindres tableaux des Anciens vont devant les plus beaux des Modernes.
L'ABBE. Vous croyez sans doute que cela vient du peu d'habileté de nos Peintres & de la grande capacité de ceux qui en jugent, je vous declare que c'est tout le contraire.
Si nos Peintres vouloient bien prendre moins de peine a leurs tableaux, en faire la composition plus simple & sans Art, marquer le proche & le loin presque également, & ne s'attacher qu'à la belle couleur ; en un mot faire des especes d'enlumineures plûtost que de vrais tableaux, nos pretendus Connoisseurs en seroient mille fois plus contens ; mais les Peintres aiment mieux ne plaire qu’à un petit nombre de gens qui s'y connoissent, qu'à une multitude peu éclairée. Un seul homme du métier qu'ils estiment ou qu'ils craignent, les anime plus & les fait plus suer que tout le reste du monde ensemble.
LE CHEVALIER. Je trouve qu'ils ont raison, & qu'il seroit plus à propos de nous instruire dans la Peinture pour en bien juger, que de vouloir qu'ils peignent mal pour nous satisfaire.
LE PRESIDENT. Est-ce que tant de gens d'esprit, dont le siecle est rempli ne se connoissent pas en peinture ?
L'ABBE. Il y en a beaucoup qui s'y connoissent, mais il y en a encore davantage qui n'estant point nez pour les Arts, & n'en ayant fait aucune étude n'y entendent rien du tout.